Le Petit Prince

Le Petit Prince, film d’animation adapté du célèbre livre de l’écrivain Antoine de Saint-Exupery, est dans les salles depuis le 29 juillet 2015. Le réalisateur Mark Osborne nous offre un décor lumineux et contrasté.

Dimanche 3 janvier 2016. J’ai une envie de film sur grand écran. Ce qu’il y a de pratique à vivre en face d’une salle de cinéma qui propose 4 films, c’est que le choix est vite fait. Je regarde les bandes annonces accompagnée d’un temps plombant qui m’invite à la chaleur ! Je me décide donc à aller voir « Le Petit Prince ».

Relation mère et fille
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Le début du film est consacré au rapport qu’entretiennent une mère et sa fille. La maman, souhaitant que son enfant intègre une prestigieuse école, fait travailler dur l’enfant au bandeau blanc. La discipline est stricte et ne laisse pas de place à l’improvisation. Ce qui coûtera à la fillette l’échec du premier passage d’examen. A s’être trop préparée à répondre à une question particulière, cette dernière restera muette face à une nouvelle (que serez-vous lorsque vous serez adulte?). Question pourtant affichée en grand dans un couloir lugubre où chacun attendait son tour.

La maman est bienveillante mais ne s’interroge pas sur les désirs de sa fille, persuadée qu’un prestigieux parcours la rendra heureuse. Elle décide alors de créer un « tableau de vie » où tout est organisé à la minute près. A l’aide d’une baguette, cette mère dicte ce que sa fille doit faire avec cette affirmation « tu deviendras une adulte exceptionnelle » . Qu’est-ce donc ?
Le tableau de vie est très significatif de ce que l’on peut dresser tout autour de nous pour parvenir à ce que nous souhaitons, et pour affirmer nos certitudes. C’est un avis personnel, bien entendu.
Une chose m’a intriguée chez cette femme, coiffée d’un chignon et doublée par la voix de Florence Foresti. Elle est impeccable sur elle et s’exprime très bien. En revanche, une mèche dépasse de sa coiffure parfaite. J’ai alors imaginé que cette mèche signifiait la rébellion d’un corps enfermé dans la rigueur. Une fois de plus, c’est une opinion qui m’est propre, mais ces cheveux ont suscité mon interrogation. Retenons que, contrairement aux autres « grandes personnes » du film, ce personnage est tout de même pétillant.

Un décor et un message
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Le décor est gris et carré. Les hommes et les femmes sont affairés derrière leur ordinateur, sans sourire, sans lumière. Les rues sont parallèles et perpendiculaires. Il n’y a pas de place pour des courbes et de l’aléatoire. Il n’y a pas de verdure, pas de fleurs, pas de couleurs. La chambre de la petite fille est également sans vie. Mark Osborne, le réalisateur, a sans doute souhaité marquer le contraste entre une vie sans fantaisie et une vie laissant de la place à l’incertitude.

En évoquant l’exploration, un voisin bien particulier va semer le trouble dans cet espace. Sa maison m’a fait pensé au film d’animation « La haut », de Pixar. Du désordre, des objets éparpillés, une nature indomptée. Ici, un vieil homme barbu est tout aussi dispersé que les biens de sa propriété. Il est fantasque, vif et curieux. La joie de vivre de Charles Trenet résonne dans son jardin, « boum, le monde entier fait boum. » Il est effectivement improbable qu’il prenne le thé avec des voisins aseptisés. L’esprit grégaire des adultes empêcherait-il ces derniers de passer les portes, alors qu’ils peuvent si facilement passer les frontières ?

Un aviateur et une fillette
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La petite fille reste une petite fille. Poussée par sa curiosité d’enfant, elle va être intriguée par un voisin qui ne ressemble pas aux adultes qu’elle a pour habitude de côtoyer. Alors qu’elle travaille sagement à son bureau, un avion en papier vient se poser sur son plan de travail. Elle le rejettera d’abord, puis s’intéressera à ce message. C’est de ce simple avion en papier que tout va commencer.

Si le cinéma et la littérature permettent d’illustrer nos utopies, ce film le fait tout aussi bien. Nous assistons souvent à des rencontres improbables à travers l’art. Que ce soit une question d’âge, d’origine ou de genre. La complémentarité de deux êtres complètement différents nous surprend toujours. Nous surprend, mais nous ravit également. C’est ce qui va se passer entre ces personnages que tout oppose. Chacun va alors apporter à l’autre ce dont il a besoin. Un peu d’ordre et de sérieux pour l’aviateur. Du lâcher prise et de l’amusement pour la fillette.
A l’image du petit prince et de son renard, la jeune fille va découvrir la joie de se lier à quelqu’un. Une joie certes dangereuse, mais essentielle et affirmée par de beaux aphorismes (dictés par le renard au sein du film) : « Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. » ou encore « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé. »

Une histoire et deux styles
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En évoquant la complémentarité des êtres, il y a la complémentarité des styles. Les images en stop motion accompagnant les images de synthèses apportent un rythme assez intéressant. On ne décroche pas. Les visages des personnages en infographie 3D sont apaisants et leurs discours me semblent être plus impactants qu’au sein d’une ambiance onirique. Beaucoup de douceur et une certaine lenteur apportent du poids aux propos. Je dis souvent que le voyage n’est pas que le fait de dépasser les barrages physiques, ce passage m’a par exemple particulièrement parlé :

« Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure. »

Un autre encore

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »


La possession et le partage
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Autre moment important. Celui de ce personnage, animé en volume, et doublé par Vincent Lindon. Ce dernier possède de nombreuses étoiles que le petit prince et l’aviateur recherchent. Le petit prince ne semble pas comprendre ce désir d’avoir. L’homme, lui, rigole de vive voix lorsqu’il voit le petit être blond étonné. Ce grand baraqué représenterait-il la quête du pouvoir ? Mais si l’aviateur amasse dans sa maison, quelle est la différence entre cet homme d’affaire souhaitant lui aussi amasser toutes les étoiles ? Le partage. L’un montre à l’autre et l’autre souhaite les laisser emprisonnées dans une cloche. Une cloche, comme celle qu’envoie le père de la petite chaque année pour son anniversaire. Un père absent du scénario.
Ce film a soulevé beaucoup de questions. Il y a celle du besoin de posséder, celle de nos relations à l’autre et du danger de s’attacher. L’amitié et les liens que l’on tisse avec le temps. Ce qui est essentiel dans la vie et ce qui l’est moins.

L’essentiel est invisible avec les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur
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Si le phrase « dessine moi un mouton » est très connue, il en est une autre également et c’est celle de cet intertitre. J’ai été bien longue pour exprimer les messages qui me semblent être importants. Il y a des films sans âme et il y a celui-là. Mon dimanche soir a été peuplé de questions. Des questions rhétoriques mais des questions quand même. Alors, pour ne pas perdre son âme d’enfant (message au cœur de ce film d’animation) tentons de nous montrer toujours ouvert aux autres et à leurs différences (classique n’est-ce pas, pourtant essentiel!).

Source des illustrations : http://bit.ly/1kHQEa9

Les petits plus :
La bande annonce
Le site officiel

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