Et je danse aussi, entre profondeur et légèreté

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« Et je danse aussi » est un roman épistolaire écrit par les auteurs Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat. Ce livre, paru en 2015 chez Fleuve éditions et sorti en version Pocket début 2016, est une correspondance entre un écrivain en mal d’inspiration et l’une de ses fidèles lectrices.

Qui, au XXIe siècle, n’a jamais entretenu une correspondance 2.0, si courte soit-elle ?  Je fais parti des personnes ayant cette affinité pour l’écriture, donc pour les liens des mots qui se tissent sur la toile. À l’entrée d’une librairie, l’illustration de Raphaëlle Faguer m’a sautée aux yeux, bien qu’elle ne me plaise pas. J’ai saisi ce livre coloré et le nom des deux auteurs sur la couverture m’a surprise. Je me dirige alors vers la quatrième de couverture : c’est l’histoire d’une correspondance. Je fais voler les pages entre mon pouce et mon index et entrevois des échanges entre une Adeline Parmelan et un Pierre-Marie Sotto. Échanges agrémentés de petits dessins. Je considère ce livre comme étant adressé aux adolescents. Pourtant, intriguée j’achète.

Des personnages mystérieux et attachants
Tout commence par un colis envoyé à l’adresse de Pierre-Marie Sotto, auteur à succès en panne d’inspiration. Le destinateur est une destinatrice : Adeline Parmelan. Cette femme, qui n’avait pas prévu d’entamer une telle correspondance, engagera toujours avec humour et originalité leurs échanges. À l’image des enfants en bas ages se rapprochant tout naturellement sur un terrain de jeux, les deux personnages vont se livrer au jeu des confidences décomplexées avec un naturel déconcertant. Après seulement 42 jours, ces personnalités que tout oppose deviendront dépendantes de cette relation si particulière. Ce passage, page 154, met en mots l’intensité de leur liaison écrite :

« Mais vous avez raison : quoi qu’il arrive désormais, il ne faudra pas renier ces quelques semaines passées à nous écrire. J’y ai trouvé un grand plaisir, et même plus que ça, ne riez pas : quelque chose qui ressemble au sentiment amoureux. Vous savez : votre vie va son train, vous êtes dans une somnolence du corps et du cœur, et puis soudain quelqu’un apparaît et vous apporte la révolution. Vous n’êtes plus qu’impatience : je vais la revoir, elle va m’appeler, elle va m’écrire. Ça occupe tout votre esprit. Et comme l’autre vous aime en retour, vous êtes dans cette fièvre, dans cette fête. »

Quand un colis suspect crée l’échange
Comment entrons-nous en relation avec les autres ? D’un simple ajout Facebook à une question anodine, les vraies raisons d’une mise en relation ne sont pas toujours explicites. Et pourtant. Le colis, au cœur de l’histoire, se fera oublier le temps de quelques pages pour laisser le temps aux personnages de se livrer avant la prise en considération de ce qui a entraîné cette relation épistolaire. Nous suivrons les méandres de cet écrivain, Pierre-Marie Sotto, définissant son manque d’inspiration comme une « pétole », absence de vent pour les marins. Mais alors qu’il est dans une mer trop calme pour avancer, il va voir ses voiles se gonfler et l’amener vers un nouvel horizon surprenant. Avec la découverte d’une personnalité spontanée et attachante, il va découvrir une plume. Leur liaison littéraire va durer grâce à cette légèreté saupoudrée de profondeur lorsque cette dernière évoque son passé difficile et ses passages à vide. Comment mettre en humour les événements les plus noirs de nos existences ? C’est ce qu’illustre ce roman.La fin sera plus sérieuse, car concentrée sur ce colis et le voile de cette Adeline qui, peu à peu, se lèvera. Entre temps nous avons des anecdotes amusantes, des complexes exhibés nous rappelant les nôtres, beaucoup d’esprit entre les lignes, de candeur et d’élan pour la vie. À la lecture, si vous n’avez jamais vécu l’expérience d’une correspondance, il est possible que vous en ayez la curiosité.

Le talent des solitaires
Chose importante que nous découvrons de pages en pages, c’est la solitude des protagonistes. Les deux vivent seuls, abandonnés des êtres aimés, soit par la mort, soit par la séparation. Cette rencontre est alors la rencontre de deux êtes isolés. La stupeur de l’écrivain Pierre-Marie Sotto, ayant remporté le prix Goncourt en 2005,  sera de découvrir le talent d’écriture de sa correspondante, lui faisant même remarquer que la plupart des gens d’exception vivent dans l’anonymat le plus complet. Effectivement, la verve d’Adeline nous surprend, et on prend plus de plaisir à la lire, qu’à le lire. Sa simplicité jouera énormément dans cette danse, cette valse, qui nous fait dévorer le livre. Leur amitié vous surprendra. Leur humour toujours intact après les années qui malmènent vous fera rire.

Entre profondeur et légèreté, ce roman s’inscrit parfaitement dans le style épistolaire moderne. C’est une réflexion sur notre rapport à l’écriture, mais également à notre laisser aller face à l’inconnu. Si vous êtes las des actualités morbides et des lectures plus « sérieuses », ce livre vous fera un bien fou. Gérard Collard, chroniqueur littéraire, parle de « livre médicament » et c’est vrai ! La fin est surprenante et laisse dans l’intrigue que nous avons pressenti pendant tout le roman. Celle où l’on se demande à chaque fois ce que l’on va découvrir.

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