L’amour m’a sauvé du naufrage

Michel Vaujour, grand nom du banditisme, se livre en 528 pages sur son parcours. Ses erreurs, ses colères, la prison, l’évasion puis la reconstruction sont au cœur de ce livre publié en novembre 2018 aux éditions XO. En remettant un pied dans le passé, il retrace les raisons qui font qu’un homme dérive. Il revient aussi sur ses forces et sur Jamila, la femme qui l’aidera à reprendre sa liberté. Celle des murs et celle d’une sérénité trouvée.  

Michel Vaujour, outre ses multiples échappées de structures pénitentiaires relatées par les médias, s’est fait connaître du grand public en 2005 avec la publication de son premier livre « Ma plus belle évasion ». Il y retrace son évasion spectaculaire de la prison de la santé en 1986. C’est ensuite au sein d’un documentaire, réalisé par Fabienne Godet, que l’homme se dévoilera vraiment. Diffusé en 2009, ce dernier donne la parole à cet homme qui, cigarette sur cigarette, revient sur sa vie et sur la prison. J’ai pu découvrir ce film, qui fait l’objet d’un article sur ce blog, et j’ai été très touchée par cet homme. Si je n’admire par ses déboires, je peux dire, comme l’a fait le journaliste Christophe Hondelatte, que j’admire sa force mentale et sa ténacité.

Une enfance sans re(pere)s

C’est une litanie classique, mais pourtant si juste : Michel Vaujour a été traumatisé par son enfance. Il n’a que 4 ans lorsque ses parents le laissent chez une tante, pour le reprendre 4 ans plus tard lorsque cette dernière ne survit pas à un cancer. S’il ne s’étend pas beaucoup sur ses relations familiales, on comprend vite qu’il vient d’un milieu pauvre avec un père violent. Malgré des capacités scolaires révélées par de bons résultats, Michel désertera très vite l’école pour faire des petits boulots, et abandonner à son tour le « nid » familial.

Voitures « empruntées » et premières peines

À 19 ans, cet ouvrier d’usine vit avec une femme dit « Babeth » et ensemble ils ont une petite fille, Célia. Le couple bat rapidement de l’aile dans une France isolée où pour des jeunes sans permis ni véhicule la routine s’installe vite. Michel décide alors « d’emprunter » des voitures. Il les conduit la nuit, pour toujours les remettre à leur place à la fin d’une soirée ou au levé du jour. Un matin il ne se réveille pas et la police sonne à sa porte. Sans suis la prison et une peine : 30 mois de réclusion avec interdiction de séjourner dans 21 départements. Face à cette injustice, l’homme arrêté fait aussi face à l’abandon de sa conjointe. Seul, la colère monte. Par la suite, Michel Vaujour s’évadera, commettra de multiples braquages pour repasser encore et toujours par la case prison.

Une relation épistolaire soutenue

Miche Vaujour est connu pour s’être évadé en 1986 de la prison de la santé en hélicoptère. Nadine, son ex-compagne, est alors aux commandes. Les médias s’empareront de ce fait d’actualité qui défraie alors la chronique. Une histoire d’amour au-delà des peines. Quelques années plus tard, une autre femme prendra des cours de pilotage pour libérer son homme. Il s’agira ici de Jamila, jeune étudiante en droit venue un jour interroger Michel Vaujour en prison dans le cadre de ses études. Condamné à 27 ans d’enfermement, dont de nombreuses années en QHS (Quartier de Haute sécurité), ce dernier attise la curiosité de cette future Juriste. Sans suivra une correspondance enflammée et soutenue. Un amour naquit et des projets, malgré les conditions de détention difficiles et les peines affligées. Jusqu’au bout ils se battront pour libérer Michel, dispositions légales ou non. Cette femme sera même incarcérée 7 ans pour avoir participé à une tentative d’évasion, en hélicoptère également. Après des années sans se voir, c’est à sa sortie de prison à elle qu’ils se marieront et se verront lors des visites autorisées.

Un livre qui met en relief les forces mentales de son auteur

Si l’abandon ne détruit pas toujours, il abîme. Michel Vaujour en gardera des traces une bonne partie de sa vie, exprimée par des colères et des rebellions. Ce livre est un pavé, et ce pavé, comme une longue lettre, commente par son propre auteur les années d’une vie d’un homme enfermé. Enfermé entre des murs et dans un mal-être profond.

L’écriture est authentique et rend la lecture fluide et entraînante. Si sur la forme il est agréable à lire, le fond est palpitant. On s’accroche à son récit en se demandant comment il se sortira de ses vieux démons et de ses incarcérations. Cet homme, ayant vécu des humiliations répétées, n’a jamais plié et ne s’est jamais découragé de vivre libre. À chaque préparation d’évasion, la confiance qu’il se porte et ses élans d’optimisme le rendent très attachant. Pour autant, si par bien des moments il dresse aussi ses désespoirs, ses échanges de lettres avec Jamila le feront tenir. Au fil des pages, on se demande quel aurait été son avenir sans elle. On se demande également s’il revoit ses enfants (1 de Babeth et 3 de Nadine), dont à aucun moment il ne parle. Ni dans son livre, ni dans le documentaire qui lui sera consacré en 2009.

Un bandit en quête de liberté, un homme en quête de paix intérieure

Si Michel Vaujour n’a eu de cesse de préparer ses évasions, c’est au sein même de sa cellule qu’il entreprendra un cheminement intérieur grâce au Yoga. La pratique régulière de cette activité l’a aidé à s’extraire d’un quotidien difficile. L’une des critiques du livre par la journaliste Corine Chabaud est très juste « sa force mentale laisse pantois. Et son récit, limpide, se dévore ». Je reste moi-même épatée par sa force mentale. Lui qui dans l’ouvrage nous pousse à nous demander quelles sont nos propres murs et nos propres chaines. Si la prison c’est terminée, on sent dans ce livre le poids des années et l’envie d’entreprendre. Entreprendre, il a commencé à le faire en prison à l’aide d’un ordinateur. L’histoire de sa rencontre avec un réalisateur est intéressante et s’il n’a pas toujours eu de la chance, on se dit que de belles rencontres se sont dressées sur son chemin. À vous de le découvrir si vous lisez ce livre.

Ici, pas d’expression empruntée ou de citation à noter, juste des lignes de vie écrites par un homme entier et philosophe. Si les médias recourent certainement à sa reconstruction, ce livre devrait sans nul doute le faire avancer vers plus de sérénité. C’est un gangster qui nous interpelle. Pour autant, gangster il ne l’est plus. Je crois que je reste assez surprise par cet homme qui, tout en étant éraflé, a su emprunter les chemins du courage et de l’abnégation. Michel Vaujour nous laisse, dans les dernières pages, sur un beau jeu de mots. Il note vouloir à sa sortie de prison se concentrer sur ses « faims de vie ». Après s’être interrogé pendant des années sur ses « fins » possibles, il se concentre à présent sur ses envies, dont il pourra à présent profiter. Je termine enfin cet article avec un extrait du livre :

« J’avais déjà connu ce genre de sensation, quand, au bout de bien des efforts, bien des luttes et des sacrifices, on se rend compte que tout cela n’a servi à rien. À rien ? Non, car au fil des efforts et des échecs, on apprend que se retourner sur le passé, sur ses défaites, compromet les chances que porte l’avenir. Alors, quand le cœur dit que nous sommes pleinement dans notre droit, il faut se battre, encore et encore. »

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Pour en savoir plus, suivez les deux épisodes de Christophe Hondelatte sur Europe 1 :
>> https://www.youtube.com/watch?v=sircK4f7A3E
Son témoignage aux éditions XO :
>> https://www.youtube.com/watch?v=Kj3EjIEdz70

2 réflexions sur “L’amour m’a sauvé du naufrage

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