L’affiche est bleue, accompagnée de couleurs crèmes. Ces couleurs, ce sont celles des comédiens. Une pâleur angélique illustre le film de Jeanne HERRY, qui met en avant ce qu’il advient des enfants nés sous X en France. Le casting est excellent, avec Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Miou-Miou, Gilles Lellouche, Clotilde Mollet ou encore Olivia Côte. Sorti dans les salles en août 2018, c’est en avril 2019 que je le regarde pour la première fois et décide d’en écrire quelques mots.
Pupille est le nom donné aux enfants nés sous X en France. Ce terme, initialement utilisé pour les enfants orphelins de guerre (alors appelés « pupilles de la nation »), a par la suite été donné aux enfants que les parents abandonnent volontairement. Si l’abandon est difficile, c’est également un parcours du combattant pour celles et ceux qui souhaitent adopter.
J’ai vu l’affiche il y a déjà plusieurs mois, mais par peur d’un scénario trop laconique, j’ai remis au lendemain ce moment de cinéma. Contrariée par le duo Kiberlain et Lellouche, je ne pensais pas regarder ce film, qui me semblait être du « déjà vu ». Je me suis finalement lancée, souhaitant me détendre passivement après une journée de travail.
Un scénario au compte-gouttes
Le début commence par une jeune fille, dont on apprendra par la suite qu’elle est étudiante. Elle souffle et se fatigue sur son scooter, en direction de l’hôpital. Je découvre qu’elle vient accoucher. Tout se passe rapidement. S’en suivent les étapes qui composent une naissance sous X. La première est celle d’une assistante sociale appelée. Interprétée à merveille par Clotilde Mollet, cette dernière se montre très à l’écoute de la jeune femme, encore allongée. Elle lui énonce toutes les possibilités, de la rétractation sous deux mois pour reprendre ses droits sur l’enfant, à l’abandon définitif. Sous des airs très classiques, je pense alors que l’assistante encouragera la jeune femme à garder le bébé, mais pas du tout. Elle se montre très tolérante et propose même à cette femme de 21 ans de laisser une lettre pour son bébé au dossier.
Clara, interprétée par Leila Muse, part et laisse aux mains d’une administration aseptisée ce petit être. On sent toute la difficulté, mais aussi la responsabilité, à le faire. Responsable de reconnaître qu’elle ne sera pas capable de l’élever. Je découvre un nourrisson qui m’illumine. La réalisation, si elle force un peu trop sur les plans serrés pour créer en environnement intimiste, le fait très bien avec le petit Théo. J’ai été extrêmement émue par sa beauté. Attendrie par ce tout jeune comédien. C’est avec une grande délicatesse qu’il nous est présenté.
À cela s’ajoute le jeu de Gilles Lellouche. Depuis son rôle dans les infidèles, et malgré un talent d’acteur indéniable, je n’avais plus de plaisir à le voir jouer, souvent dans le même registre du « vieux beaux ». Ici, il est magistral. Éducateur d’adolescents, Jean n’arrive plus à aider ceux dont le sort que l’état leur réserve dépasse. Il est sur le point de faire une pause quand la garde de cet enfant lui est confiée, jusqu’à son adoption. Sandrine Kiberlain, assistante familiale, orchestrera cette garde de l’enfant par l’éducateur avec qui elle travaille et qu’elle connaît bien. Seul bémol à la réalisation : l’amour que témoigne Karine à Jean, qui n’a pas sa place dans le scénario et qui jure quelque peu.


Tel un documentaire, le film expose ce qui se joue lorsque deux êtres en mal d’être aimer doivent se trouver.
Une femme en suspend
À celles et ceux qui ne le savent pas encore, adopter un enfant est un parcours du combattant. Une armada de personnes se chargent, entre psychologues et conseils familiaux, de tout savoir, de convoquer et de traduire chaque mot ou chaque fait qui pourrait mettre à mal, ou favoriser, l’obtention d’un agrément. Ce sont des procédures longues qui peuvent fragiliser les plus motivés. Un dossier fait votre vie. Là où un rapport sexuel de quelques minutes vous donne la chance de procréer, l’administration vous impose le poids des années.
Alice, interprétée par Élodie Bouchez, suit ce parcours. Un flash-back nous montre, successivement, ses entretiens avec celle qui aura un rôle centrale : celui de se mettre au service d’une rencontre. Olivia Côte, au caractère entier et brut que j’aime tant, joue le rôle d’un personnage qui jongle entre fermeté et encouragement. Si les séquences sont très saccadées et peuvent hacher la pureté du film, on s’attache au personnage d’Alice. Au départ en couple, c’est ensuite seule qu’elle poursuivra sa démarche. Audio-descriptrice de théâtre pour les aveugles, elle ira jusqu’au bout de son envie née il y a 8 ans : devenir mère. On découvre un métier peu connu, comme on découvre un personnage pudique et fin. Son attente est aussi la nôtre, car si on s’étonne des années qui passent, on se demande quand elle finira par obtenir l’agrément. Circonspecte, son instabilité me mettra en doute concernant la possibilité d’élever un enfant seule. Mais Alice fait une mue et nous offre le visage d’une femme qui, si elle devient maman, se découvre et prend confiance en elle. Entre fragilité et persévérance, le coup de cœur avec l’enfant est immédiat. Le film trace alors, en fin de parcours, ses premières visites, quotidiennes, chez celui qui accueille dans son foyer le petit Théo.

Mes belles surprises
Pour reprendre l’expression de la plus belle critique que j’ai pu lire sur ce film, Pupille est une « ode au collectif ». Toutes mes projections négatives se sont évanouies à la vue de cette œuvre accomplie mettant en lumière la bienveillance, l’émotion, les combats d’une « administration incroyablement humanisée », et la conscience professionnelle. Certains points m’interrogent, comme lorsque le bébé ne parvient pas à grandir normalement. J’étais étonnée, au début du film, que l’assistante sociale insiste auprès de la maman pour que cette dernière lui fasse ses aurevoirs. Lui parle. Je ne comprenais pas pourquoi. Il semblerait que ce soit important, puisqu’elle ne le fera pas et que le bébé rencontrera des problèmes de « développement ». Dès lors, la simple intervention de Mathilde, seule personne ayant vu la maman et lu la lettre laissée, aidera par de simples mots le bébé à grandir.
« Tout est douceur, simplicité, tendresse. »
Le personnage d’une auxiliaire, interprétée par la belle Stéfi Celma, me touche également. Telle une mère, elle veillera sur le petit jusqu’à la venue de Jean.
Tout est douceur, simplicité, tendresse et souci du détail. Certaines critiques me choquent. Comme celle du Monde, qui s’insurge de la trop grande « gentillesse » du film, ou encore de Libération, qui ira même jusqu’à noter « l’abus de bons sentiments ». Effectivement, pas de police, pas de violence, pas de méchant, pas de pervers, pas de bagarre, pas d’agitation inutile, pas d’excès,…nous n’avons pas l’habitude, dans un climat de violence et de défiance, qu’un film mette en avant l’homme et sa nature bienfaisante. Le scénario nous rappelle au contraire que des êtres extraordinaires existent. Ces hommes nous redonnent foi en l’humanité. Des défauts de scénario, il y en a. Mais comme je ne suis pas pour la perfection, qui ne caractérise pas le genre humain, je suis agréablement surprise par ce film aux contours de coton.
Le film rencontre un franc succès, à en juger les notes des internautes :

Dans le registre de la définition médicale, une pupille est « un diaphragme par lequel pénètre la lumière ». C’est l’effet du film : la lumière, autrement traduite l’étincelle, pénètre. Il nous rappelle les luttes menées dans l’ombre.
