Nos rendez-vous

Paru en janvier 2020 aux éditions Grasset, « Nos rendez-vous » est un roman de l’auteure Éliette Abécassis. Ce dernier explore les rendez-vous manqués qui peuvent rendre certains chemins escarpés. Le couple est au cœur du livre et interroge notre rapport au temps et aux rencontres qui nous font. S’il manque un mot au titre, les réflexions qu’il inspire dépassent largement le nombre de lignes, tant il faut y lire à travers.

Je commence la lecture un matin pluvieux. Je ne ferai qu’une traite de ces 153 pages, et pourtant. Pourtant au départ tout me semble trop simple : le scénario, l’écriture, les personnages. L’histoire est également prévisible avec une succession d’amours contrariés. Sans en dire plus, deux jeunes parisiens se rencontrent, s’attirent, mais chacun est pris ensuite ailleurs, dans la valse des devoirs et des opportunités incertaines. D’autres rencontres et d’autres vies les détournent d’une union, pour les faire se rencontrer de nouveau bien des années plus tard.

Si je n’ai pas interrompu ma lecture, c’est justement parce que la Philosophe Normalienne a fait ce qu’il y a de plus difficile : faire simple et entraîner ses lecteurs. Ce récit nous est familier, car s’il ne nous concerne pas directement, il concerne une amie, un voisin, un collègue. Ces chapitres explorent des vies qui se croisent, des gens qui se perdent, des occasions manquées et des déceptions.

Alors que je pensais me confronter à une histoire d’amour attendue, je me suis ravisée. Je vois à travers la vie de ces deux êtres, Vincent et Amélie, celle de tant d’autres. Éliette Abécassis nous interroge sur nos propres parcours. Sommes-nous heureux en couple ? Accomplis au travail ? Avons-nous décidé pour nous ou pour le regard des autres ? Assumons-nous nos choix ? Ces questions que l’on se pose un jour.

Histoire et dénouement

Dans ce roman, personne ne semble avoir trouvé sa place. Comme Clara, la grande copine d’Amélie, qui à 45 ans enchaîne les conquêtes et organise des soirées entre anciens lycéens. Que ce soit les principaux protagonistes ou leurs amis, nous sommes dans le gris de Paris, car tout s’y passe. Comme le dit si bien Sophie Jaussi, Journaliste, c’est le troisième personnage de l’histoire. La « province » n’est mentionnée que pour évoquer les parents d’Amélie, en Normandie. Ces derniers représentent une stabilité, à l’opposé du quotidien inconstant de leur fille.

On comprend mal pourquoi les unions de ces gens bien dans la vie, avec un bon bagage, partent à ce point-là à vau-l’eau. On voudrait savoir, ne serait-ce que pour nous prémunir.

Le dénouement est surprenant, s’il n’avait pas été le bon, je crois que cela aurait pu tout altérer. Une conclusion sauve certaines romances. C’est ici le cas, car ce point final donne tout le sens à ce livre qui, s’il parle d’amour, ne se veut pas romantique. Pour les fleurs bleues s’abstenir : il ne se passe rien. Pas de mots tendres, pas de baisers, pas de promesses. Juste une caresse de la main, rien de plus. Éliette déroule deux tapis rouge entremêlés qui ont perdu de leur éclat avec le temps.

Un style simple

Le style d’écriture, s’il est simple, est parfois alourdi par de trop nombreuses énumérations et anaphores. Si j’ai aimé le livre, je ne pense pas qu’il mette en valeur le talent d’écriture de sa narratrice. Ici, pas de maxime ni de citation à garder en mémoire. Pour autant, et une fois de plus, c’est sa clarté qui nous rend fidèle à la lecture et qui fait la réussite de cet énième roman rédigé par cette femme de lettres. On s’attache et on s’accroche. Jusqu’au bout on souhaite savoir : vont-ils se retrouver ?

Des rendez-vous qui changent tout

La romancière évoque les réseaux sociaux, car c’est grâce à cela qu’Amélie retrouvera Vincent, puis, quelques années plus tard, Vincent Amélie. Néanmoins, cela changera-t-il le cours des choses ? Pas certain. Je crois que c’est justement ce qu’elle nous dit. Un rendez-vous d’une vie a été manqué et même le virtuel ne peut y pallier.

Si la forme est limpide et si elle nous donne le sentiment de lire un ouvrage pour adolescent, le fond est tout autre. À vous de vous confronter aux questions qu’il fait naître. La puissance de ce livre, c’est qu’il nous dit que les rendez-vous changent tout, même à l’heure où l’on pense tout contrôler. Certains nous offrent le meilleur, d’autres le moins bien, et d’autres le pire.

Enfin, il m’a fait penser à mon propre rendez-vous, pas manqué celui-ci. J’étais à Paris pour l’anniversaire d’une amie. Paris, qui justement est présente dans tout le roman. Je suis venue vers lui, bien aidée par les verres qui désinhibent, et j’ai pris les devants. C’est un rendez-vous que je n’attendais pas. Clément souhaitait également rester entre amis ce soir-là. Depuis quelques années nous sommes heureux et je crois, pour ma part, avoir rencontré le meilleur.

Et vous, quel rendez-vous a changé votre vie ?

En savoir plus

Cet échange entre les deux femmes est très intéressant et c’est avec beaucoup de douceur qu’Éliette répond aux questions posées. J’ai particulièrement aimé les réflexions sur les réseaux sociaux et le numérique. Ce que les outils pourraient annihiler dans nos rapports et l’imprévisibilité qu’ils pourraient également étouffer. Il y a bien d’autres points évoqués qui interpellent et je vous conseille de regarder.

2 réflexions sur “Nos rendez-vous

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