Lovely Bones

Réalisé par Peter Jackson et sorti en salle en février 2010, Lovely bones est un film qui mêle la vie après la mort et les vivants endeuillés. Ce dernier est tiré d’une histoire vraie et du livre « la nostalgie de l’ange », de Alice Sebold. C’est le triste récit d’une jeune fille de 14 ans, Susie Salmon, cruellement assassinée en 1973 lorsqu’elle rentre de l’école. Si en anglais le titre semble angélique, littéralement il signifie « adorables ossements ». Pour ce qu’il reste d’un corps meurtri après le pire qu’un être humain puisse commettre.

Un sujet bien réel et terrifiant

Il y a des sujets qui nous touchent plus que d’autres, pour ne pas dire nous affectent plus que d’autre. Il en est un qui me poigne et me pétrifie : celui des enlèvements et assassinats d’enfants. Je me souviens de la surprotection de mon père à ce sujet. De ses angoisses dès que nous sortions de la maison, de ses inquiétudes sur nos sorties après les cours et de ses multiples recommandations si nous venions à croiser un inconnu. Je me souviens des noms « Julie et Mélissa », qui résonnent encore dans ma tête. J’étais petite et nous vivions à la campagne lorsque cette affaire éclate. De ce monstre de Dutroux et de ce qu’il y a de pire en l’homme.

L’horreur et le rêve s’entremêlent

Briand Eno, Cocteau Twins et This Mortal Coil signent une bande originale qui transporte et qui mêlera, tout au long du film, une ambiance à la fois sereine et mélancolique. Si Susie Salmon est partie, elle reste présente du début à la fin. Elle est dans un autre monde fait de couleurs, accompagnée par d’autres victimes de son meurtrier. Encore faut-il y croire. Il se trouve que je crois à une certaine existence après la mort, à une âme qui « vie » une autre expérience. « Song to the siren » m’enivre et je pense à l’au-delà. À ces questions qui ne trouveront jamais de réponses. Ce genre de scénario détournera le regard des gens qui ne croient en rien, mais il rendra songeur les autres.

La funeste trame d’un fait divers

J’aime les films qui retracent de vraies histoires, mais je voudrais pourtant que celle-ci soit fictive. Susie Salmon a 14 ans en 1973. Elle aime la photographie et use ses pellicules à tout capturer, avec le plaisir de l’attente et la joie de la découverte. Malgré un fond sombre, le réalisateur a mis beaucoup de lumière dans ce film. Cette jolie petite fille blonde aux yeux bleus est insouciante et entourée d’amour. Ses parents, sa grande sœur et son petit frère comblent les journées de cette adolescente en devenir. Mais à l’aube d’un premier rendez-vous galant, en traversant un champ après l’école, sa route et son expérience sur terre s’arrêtent. Elle fera la mauvaise rencontre et suivra innocemment un homme, son voisin. Ce dernier lui dit avoir une chose incroyable à lui montrer. Elle hésite puis se laisse guider par sa curiosité. Le spectateur sait que c’est un malade. Stanley Tucci joue à merveille un rôle ô combien difficile : celui d’un pervers et d’un tueur. Sa solitude, son air sinistre et son regard vicieux ne trompent pas : c’est le mal. À cet instant du film on crie intérieurement. Cette scène marque la fin de Susie. De ces scènes que l’on ne verra jamais et qui ont marqué d’autres fin de vie. À ces questions sans réponses : que lui a t’il fait subir ? Combien de temps a t’elle souffert ? Où est ce corps que l’on ne retrouvera jamais ?

S’en suivra des parents éplorés. Un père en colère et une sœur en quête de vérité. Au fil des années, le papa développera les photos de sa fille et sur l’une d’elle : monsieur Harvey, l’assassin. Il y a deux histoires en parallèle, celle de parents qui se reconstruisent comme ils le peuvent, et celle de Susie qui est au ciel et accède tout doucement à ce que nous appelons le paradis. Dans un entre deux, elle observe sa famille et envoie des messages à ses proches.

Dans l’univers de Susie les tons sont vifs et l’atmosphère pacifique. Sur terre, la douleur prend toute la place mais la vie continue, même après l’insoutenable. Parce que nos morts sont présents. Parce que nous n’avons pas le choix.

Un entre-deux monde onirique

Si le souhait pour ce réalisateur néo-Zélandais est de représenter l’entre-deux monde, je suis quelque peu dérangée par l’image qu’il donne à voir de cet univers. Le numérique y prend trop de place avec des changements d’environnements trop brutaux. Comme lorsque Susie passe d’un champ de fleurs à un prés enneigé. Il semblerait, d’après les critiques, que le livre ne fasse pas état de cet entre-deux, trop exploité par Peter Jackson. Malgré cela, Saoirse Ronan, qui interprète Susie Salmon, est incroyable. Douce et céleste. Dans les limbes, cette dernière peine à comprendre qu’elle est morte et porte encore ses vêtements du jour fatidique. On laisse de côté le crime pour se plonger dans son regard.

Les intermèdes oniriques permettent de prendre de la hauteur sur ce drame qui nous est raconté et qui en raconte tant d’autres. C’est aussi pour cela que je suis touchée. Car dans les yeux de Susie, je vois ceux de ces enfants qui ont un jour croisé la pulsion destructrice d’un malade. Je regrette la fin de ce dernier, qui mourra bêtement. Je m’interroge également : peut-on de toute façon punir un « être » dépourvu d’affect ?

Un film rayonnant

Ce film reste néanmoins rayonnant malgré son scénario et c’est en cela que c’est du beau travail avec de très bons acteurs (on retrouve également Mark Wahlberg). La BO est sublime et je vous conseille d’écouter certaines musiques. Pas de pathos ici, on ne pleure pas à chaudes larmes car Susie est toujours là : c’est la force de Lovely Bones, car la personne assassinée ne disparaît pas. C’est l’absence qui bouleverse, mais ici le spectateur peut suivre ce qu’il advient de cette jeune victime.

Une réflexion sur “Lovely Bones

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