J’ai lu pratiquement d’une traite cette autobiographie sortie fin 2020. Le style est entrainant, cela aidé par l’histoire : celle d’un homme que l’on connait trop de nom, mais trop peu de nature. Cet homme, c’est Xavier Dupont de Ligonnès. En savoir plus sur le jeune versaillais tient en haleine. La promesse du livre est grande, puisque si XDDL est un ami de Bruno de Stabenrath, il nous en apprendra certainement d’avantage que les magazines. Hélas, on se retrouve face à du déjà dit, déjà écrit, déjà vu.

Si l’affaire n’avait pas eu lieu, celle d’écrire ce livre sur cette amitié en aurait-elle eu ? La réponse est à la négative.
Les deux personnages se sont connus jeunes, puis se sont perdus de vue. Je ferme l’ouvrage en réalisant qu’il n’y avait pas, ou peu, de consistance dans cette relation.
Certes de bons souvenirs d’écoliers.
Certes de joyeuses soirées.
Certes des histoires de filles partagées.
Certes des nouvelles épistolaires qu’ils se sont donnés au fil des ans.
Certes, ajouté à cela, de ces relations qui lient des « de », et que des manants ne peuvent certainement pas comprendre.
Il n’y a rien sur ce qu’ils pouvaient se dire, penser ou encore réaliser en commun. Quand on connait tout ce qui a pu être dit sur cette si sombre histoire, on sait que XDDL avait 2 véritables amis, mais Bruno n’en faisait pas partie. Je suis certainement « mauvaise langue », mais cet ouvrage m’a au départ dérangé. J’ai néanmoins appris d’autres éléments sur l’affaire, ce fut d’ailleurs mon intention. Je venais de terminer un livre society sur l’enquête et, poussé par mon élan de « savoir », j’ai poursuivi avec ces quelques pages. En écrivant ces mots je réalise que je soupçonne cet homme, Bruno de Stabenrath, de se faire de l’argent sur le dos de cette histoire, alors que je fais partie des lecteurs curieux et avides d’obtenir des détails glauques et inconvenants. En fait, je fais partie du marché. De la cible de cet ancien comédien. Je me nourris alors de ses propres désirs de dire qu’il connaissait l’homme vaniteux et certainement malade, sans pour autant nous en apprendre plus.
Dans l’écriture, le seul défaut de l’ouvrage sont les longueurs et les répétitions. Il y a beaucoup de redondances dans les faits et on ne comprend pas le message que souhaite laisser l’auteur. Je m’interroge alors : pourquoi ce livre ? Pour laisser couler sa peine ? Le tourment de voir un vieux copain sombrer dans la folie et la fuite ? Celle de ne pas comprendre que l’on puisse s’y prendre à ses propres enfants et donc commettre le pire ? Celle de se demander si on naît monstre ou si on le devient ?
Écrire, pour que cette fiction prenne vie et que le deuil puisse se faire. Le deuil de ces connaissances simples, lointaines, qui marquent néanmoins une époque et qui ont de l’importance, malgré le silence.
Écrire, pour expier une relation. Tenter de la comprendre et de l’apaiser, même si cette dernière est abandonnée.
Ce qu’il y a de pire dans cette affaire, c’est qu’elle ne laissera à jamais que des questions sans réponses. Des enfants dont on a si peu parlé et dont on ne parle déjà plus. Écrire reste alors le seul moyen de combler les vides, même si un jour tout s’arrêtera.
J’ai partagé dans cet article une vile mesquinerie : celle d’accuser Bruno de Stabenrath d’utiliser son amitié pour en faire un livre. Cette supputation ne résonne plus à présent. Je comprends juste que c’est un ancien copain, un « vieux frère » comme il l’écrit, qui tente de recomposer le puzzle d’une amitié inachevée. D’un camarade qui ne sera plus jamais un ami. D’un ami impossible.
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