
Le dernier roman de Jean-Baptiste Andréa, scénariste pendant 20 ans, a récemment été salué par de nombreux prix, dont le Graal avec celui du Goncourt 2023. Publié aux éditions l’iconoclaste, ce succès littéraire est le 4e opus pour celui qui est passé du cinéma à l’écriture. Il poursuit aujourd’hui ses talents de conteur en plongeant le lecteur dans l’Italie de l’entre-deux-guerres. Cet ouvrage est de loin l’un des plus poignants qu’il m’ait été donné de lire.
Ce que je découvre une fois ce pavé en mains, c’est ce qui ressemble à un paysage dans une brume de Toscane, avec pour titre une typologie faite de reliefs et de bâtons. Un univers graphique aux couleurs pastel. Ce volume sent déjà l’Italie. La présentation du dos m’invite au voyage et je souhaite en savoir plus sur Mimo, un surhomme dans un corps d’enfant, à l’ascension remarquable.
Ce n’est pas une tâche aisée que d’écrire sur un tel livre et je ne pourrais avoir qu’une chose à poser ici : lisez le. On s’accroche et on en apprend beaucoup sur les luttes qui nous font. Sur la vie qui nous façonne, nous sculpte. L’histoire d’amour est ici très belle et puissante dans sa tendresse infinie. Histoire magnifiée par ce lien de cœur plus solide que celui, éphémère et fragile, de la passion amoureuse. On a là la démonstration de ce qu’est, aussi, la fraternité.
Le titre m’a tenu en haleine et la dernière page en révèle tout son mystère. Les chapitres défilent et je m’accroche pour savoir de qui il est question et de quoi sera faite cette relation qui commence si bien, même si elle raisonne – au départ – un brin à la Roméo et Juliette.
Dans une Italie fasciste, je m’attache profondément à ce garçon. Jeune maman, sa situation et ses conditions de vie, à l’âge où l’on se doit de connaitre l’insouciance, me déchirent. Je suis impressionnée par sa dignité : il ne se plaint pas, n’exige rien et travaille très fort. C’est un parcours fait de labeurs, de fausses amitiés et de calculs politiques. Je ne m’attendais ni au milieu ni à la fin, pas à un apogée si beau et si fort. Pour celles et ceux qui comme moi n’ont aucune attirance pour la romance, il n’y a rien de tout cela ici.
Je me sens dans un univers d’un autre temps, même si nous sommes début XX l’ambiance me semble être presque médiévale. Les environnements sont tellement bien décrits que je me dessine les aubes dépeintes, les sentiers dressés, les hameaux édifiés. Bien entendu plus jamais après un tel livre je ne regarderai une statue de la même manière. Je me demanderai toujours qui se cache derrière ces œuvres.
Post-lecture je fais comme à mon habitude, je file sur le web pour en savoir plus sur le fil rouge de cet épopée romanesque, son essence et ses rouages. La promotion étant bien faite, je ne trouve pas ce que je cherche, mais rencontre néanmoins Jean-Baptiste Andrea et là…autre coup de cœur. Je me retrouve dans cet homme aimant voir la beauté en toute chose, affirmant avec sincérité son optimisme pour l’avenir face à cette noirceur qu’on nous dresse trop souvent. Je me sens liée avec cet écrivain qui a foi en la vie et en l’homme. C’est d’ailleurs pour cela qu’il écrit et chacune de ses œuvres recèle, semble-t-il, la lumière. Pour ce dernier opus, cette lumière est symbolisée par Viola, fantasque et en avance sur son temps. Curieuse de tout, aimant lire et partager ses découvertes avec son sculpteur.
« Ecoute-moi bien. Sculpter c’est très simple. C’est juste enlever des couches d’histoires, d’anecdotes, celles qui sont inutiles, jusqu’à atteindre l’histoire qui nous concerne tous, toi et moi et cette ville et le pays entier, l’histoire qu’on ne peut réduire sans l’endommager. Et c’est là qu’il faut arrêter de frapper. »
Si cette chère amie me trouble bien souvent dans son caractère, j’aime sa véhémence, son entrain et son amour de la sémantique. J’aime tant ce passage où elle ne supporte pas que son ami dise « le vent » sans nommer ce dernier. Attachée à la précision, cette férue de connaissances n’aura de cesse de nourrir son ami. J’en ai donc appris plus sur la tramontane, le sirocco, le libeccio, le ponant et le mistral.
Au-delà d’une histoire que je ne décrirai pas ici tant les autres articles le font bien, c’est l’émotion que ma lecture a suscité que je souhaite retranscrire. Une émotion vive. Les deux protagonistes sont aussi surprenants l’un que l’autre et cela apporte un dynamisme incroyable, car nous allons de rebondissement en rebondissement. Le scénario est très bien ponctué et on reconnait bien la plume de celui qui sort à peine du monde du cinéma.
En écrivant le mot « cinéma » je réalise d’ailleurs que c’est la première fois où je ferme un roman en souhaitant le voir un jour sur grand écran !
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