Face à la mer : l’histoire vraie d’une femme à contre-courant

Inspiré d’une histoire vraie et d’un roman de Glen Stout, le film « Young woman in the sea » (nom dans sa version officielle) est réalisé par Joachim Rønning. Il retrace le parcours de la première femme à avoir traversé la manche à la nage, en 1926. Grâce au soutien sans faille de sa famille, et à contre-courant d’une société patriarcale, Gertrude Ederle (de son vrai prénom), accomplira la prouesse de traverser une mer de 33 kilomètres, en seulement 14 heures.

En quête d’un divertissement du dimanche, je découvre l’affiche de cette production Disney, sortie en mai 2024. Je m’arrête sur le visage d’une femme, dont je lis toute la détermination. Le regard est grave et la couleur rouge du bonnet donne le ton sur le tempérament de l’athlète en devenir. Férue d’eau et de nage, mon choix est donc fait.


Incarnée par Daisy Ridly, je découvre la porteuse du rôle, qui oscille entre le charme d’une Emma Watson et le sourire d’une Keira Knightley. Sa sœur, interprétée par l’actrice australienne Tilda Cobham-Hervey, a également les traits de Daisy Ridly. Une ressemblance troublante qui nous plonge tout de go dans cette histoire, qui mêle tendresse et courage. J’ai aimé découvrir un père au grand cœur et son clan de femmes soudées.

Le début est sombre, car nous découvrons une petite fille mourante des suites d’une rubéole. Alors que les médecins annoncent une fin imminente, le son de ses pas se fera entendre dans l’escalier. Cette future championne remportera sa première victoire : celle contre la maladie.

Des personnalités attachantes
La qualité de ce film est en partie liée à ses personnalités, de constitution enthousiaste et affirmée. Chaque profil est différent et fait sens dans la réussite de cette nageuse.

Au départ, il y a la mère. Elle va se battre pour que sa fille suive des cours de natation en cachette, car il n’était pas de bon ordre pour une femme d’apprendre les rudiments de ce sport.
Il y a ensuite cette sœur, qui elle aussi nagera et qui soutiendra sa cadette. Petites, les deux complices allaient au cinéma et découvraient sur grand écran les traversées de la manche. C’est à ces instants que Trude rêvera, elle aussi, de pouvoir un jour réaliser ce challenge.

Puis il y a la maitre nageuse, qui ne cessera de crier (même seule plus tard en écoutant à la radio les exploits de son élève) « pousse sur les pieds, pousse sur les pieds ».

S’il y en a plusieurs, Bill Burgess, interprété par Stephen Graham, détonera par sa personnalité très extravagante et par son souhait d’aider Trude à concrétiser son rêve, que lui aussi a déjà réalisé.  

La réussite de Trude Ederle est constituée d’un ensemble de personnes l’encourageant, la soutenant, l’aidant sans cesse à relever les défis. Et si au départ le père ne souhaitait pas que sa fille s’adonne à la natation, nous sommes touchés quand ce dernier cède face au souhait de la mère. On le comprendra, quand cette dernière expliquera un jour à sa fille avoir perdu sa sœur, âgée de 7 ans, de noyade. On peine à réaliser qu’à une époque une fille ne pouvait pas apprendre à nager. Le chef de famille est, pour le début du 20ème siècle, en avance sur son temps, car c’est lui qui lui apprendra et l’aidera à accéder au cours, dans une piscine clandestine.

Défier les hommes avant la mer
Le succès de cette championne est aussi celui du combat contre des hommes souhaitant la voir échouer. Si les photos d’archives les montrent assister à ses départs en eau, nombre sont ceux qui ont tenté de lui dissuader de nager. L’un de ses entraineurs ira même jusqu’à empoisonner son thé lors d’une de ses traversées, ou encore à lui dire de nager uniquement la brasse.

Le film montre bien qu’il est impossible, dans l’esprit de certains hommes, qu’une femme réalise un tel exploit. D’autant se serviront de sa Rubéole, lui préconisant de ne pas nager sous réserve de devenir sourde (ce qui sera en effet le cas). Persévérante et déterminée (que le regard de Daisy Ridly revêt tellement bien), Gertrude gagnera donc bien d’autres combats avant d’affronter le tumulte de la mer.

Il est aussi question des impératifs financiers et du rôle de l’Association Américaine de Natation Féminine, dont elle perdra le soutien lors des premières tentatives inachevées (et pourtant liées aux vicissitudes d’un entraineur véreux). Avant la performance sportive, il fallait batailler pour pratiquer régulièrement, trouver un bon entraineur et les équipes nécessaires pour mener à bien la traversée.

Participation aux JO de 1924
Au début du siècle dernier, les Jeux Olympiques étaient principalement réservés aux hommes. C’est à Paris, en 1924, que cette femme marquera les esprits. À cette époque, il n’y avait que 135 athlètes femmes contre 2 954 hommes. Aussi, des filets étaient bien souvent mis dans les jambes de ces sportives. Le film le montre bien, lorsque les femmes sont interdites d’entrainement sur le bateau les menant en France. Elles doivent rester dans leur chambre, quand les hommes passent leurs journées à parfaire leur musculature. Même si elle reviendra déçue de notre continent, elle remportera dans ses valises 3 médailles : or pour le relai 400 mètres nage libre, une en bronze sur 100 mètres nage libre, et une autre en bronze sur le 400 mètres nage libre.

Une reconstitution historique au plus près de la vie de Gertrude
Beauté des personnages, teintes à la tonalité des clichés d’époque, reconstitution au plus près de la réalité (merci les photos d’archives), sont autant d’atouts pour ce film réalisé par un habitué des films historiques. Il est notamment connu pour son long-métrage Kon-Tiki,  qui retrace la traversée de Thor Heyerdahl à bord du Kon-Tiki. Le film sera nommé aux Oscars 2013 et Golden Globes 2013 dans la catégorie du meilleur film étranger. Cela donne envie de découvrir ses autres réalisations.

J’espère que vous aussi soutiendrez du regard cette femme, son histoire et la force de son entourage.

Je m’étonne du peu de reportages en français de cette femme (sauf radio). Histoire qui mériterait, comme d’autres, qu’on parle d’elles. Pour la peine, voici quelques images d’archives :

Sources : article RTBF

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