La bienveillance au travail, ça se travaille

Répandu ces dernières années, le terme « bienveillance » l’est tout autant que le terme « gossip », diffusé via des séries et programmes TV. Si l’art du jugement est passé maître et s’est exacerbé avec les réseaux-sociaux, le développement personnel s’est aussi greffé en parallèle de cette pratique. Pourtant : les deux sont à l’opposé. Alors, comment s’explique cet antagonisme ?


Petit point sur les comportements qui mettent à mal une ambiance saine en entreprise
Sous couvert de faire passer des critiques pour des petits potins sans importance, voir pour des constats charitables, des remarques négatives répétées peuvent mettre à mal le travail et la place d’une personne au sein d’une entreprise. De plus, visées régulièrement vers une personne ou un service, ces dernières peuvent glisser vers de la rumeur et de la calomnie.

Il est important que chacun ait en tête que le dénigrement d’un ou une collègue est une forme de violence morale. C’est vicieux et cela peut rabaisser une personne, pourtant bien souvent compétente. Nous n’avons pas tous la même confiance en nous, et certains sont plus vulnérables face à des propos malveillants.

Car oui : la malveillance (qui n’est autre qu’un venin) est le fait de poursuivre régulièrement des propos visant à dégrader le travail d’une personne et à dénigrer sa personnalité. « Certaines personnes cherchent spontanément à assujettir les autres, ils ne savent pas évoluer en entreprise sans diminuer ou fragiliser ceux qu’ils côtoient. » Cette citation de Daniel Feisthammel* décrit une réalité.

Aussi, « Si nous prenons plaisir à rabaisser les autres, c’est, d’une part, parce que dénigrer permet de se valoriser. Et, d’autre part, parce que dire du mal de quelqu’un, c’est aussi projeter sur lui ce que nous n’aimons pas en nous. L’autre devient le réceptacle de notre mal-être et de nos craintes. » Citation de l’article L’EXPRESS « Pourquoi aimons-nous dire du mal des autres ? »

Nous pouvons individuellement vivre des moments d’inconforts face à des collègues qui ont une vision différente de notre travail, qui ne maitrisent pas notre périmètre et nos missions ou encore qui sont tout simplement hargneux. En général ces personnes emploient le « on » et cherchent à emmener avec eux l’avis des autres pour influencer leur entourage proche.


La masse l’emporte-t ’elle sur l’individu ?
En écrivant ces mots, il me vient une scène qui remonte à plusieurs années. Je devais, dans mes propos, embarquer un ensemble de personnes en affirmant avoir raison, puisque d’autres pensaient comme moi. L’homme face à moi me dit « alors la masse l’emporte sur l’individu, c’est cela ? ». Je me suis sentie dépourvue d’intelligence et très énervée. Énervée car il me ramenait au fait que j’avais, de manière péremptoire, véhiculer un message comme étant LA vérité, sous prétexte que d’autres le pensaient aussi. Sur le moment je me souviens avoir pensé « mais oui j’ai raison, quel idiot ! ». Et puis les années passent…et aujourd’hui sa question était la bonne. À l’heure où les « fack news » se répandent, où les commentateurs de commentaires prolifèrent, nous devrions nous interroger.

L’apaisement au travail : ça se travaille !
Comme l’a récemment dit un comédien français, à 90% du temps les gens sont concentrés sur eux (Pierre Niney). Nous jugeons donc les situations sous notre prisme, avec notre interprétation que nous jugeons comme étant LA vérité (notre réalité). Cela, sans prendre le temps de se mettre à la place de l’autre et de se dire que « cela ne nous regarde pas » (pensée pour mes chers Inconnus).

Tout comme la famille, on ne choisit pas ses collègues, mais on doit composer. Nous devons nous adapter au mieux, car nous ne pouvons pas fuir en cas d’incompatibilité. Et les personnes qui changent sans cesse d’entreprise sont-elles vraiment heureuses ? Vaste sujet qui fera l’object d’un prochain article.

Pour rester professionnel en toute occasion, voici 7 conseils pour poursuivre le travail avec le sourire et préserver une bonne ambiance à son travail.

1. Ne réagissez pas aux bruits de couloirs qui peuvent vous revenir aux oreilles (qu’ils concernent vous ou vos collègues). Gardez confiance en vous diminuera toute forme d’agressivité. Dites-vous que si votre travail ne convient pas, la seule personne à devoir vous le dire est votre responsable.

2. Concentrez-vous sur vos missions et ce que vous devez livrer/produire.
Rester à sa place est important, alors efforcez-vous de ne pas commenter le travail de vos collègues et l’ambiance n’en sera que meilleure.

3. Prenez du recul : si vous entendez des critiques sur un collègue, prenez beaucoup de recul et n’entrez pas dans le souhait d’influence de votre interlocuteur. Car c’est souvent ce qui est voulu : répandre des rumeurs pour diviser. Restez neutre, voir engagez votre prochain à ne pas commenter/critiquer. En plus, si vous êtes vu comme celui ou celle qui n’aime pas les ragots : les « ragotteurs » ne vous viseront plus car ils sauront qu’ils n’auront pas de prise sur vous et que vous ne les intéressez pas.

4. Entourez-vous de personnes positives : c’est meilleur pour l’énergie, la santé et donc pour votre productivité au travail. Avant tout commentaire sur une personne, demandez-vous si VOUS êtes au top. Si vous prenez le temps de dénigrer vos collègues : vous ne l’êtes pas. À mes yeux cela veut dire que vous n’avez pas assez de travail si vous en avez pour commenter celui des autres.

5. Posez-vous cette question : cette critique est-elle constructive ?

La réponse est négative si :
→ Vous n’êtes pas force de proposition pour améliorer une situation.
→ Vous n’avez pas proposé votre aide en amont.
→ Vous ne vous êtes pas adressé à la personne directement.

À se mettre en tête également : votre opinion n’est pas forcément importante (c’est dur pour l’égo, mais néanmoins vrai).

6. Soyez neutre : une personne avec de bonnes intentions n’émettra jamais de propos malencontreux à l’égard d’un/une collègue. Il pourra éventuellement juger (c’est humain), mais en restant correct envers les personnes impactées et en précisant que c’est « son avis ».

7. N’insistez pas : si vraiment ça ne passe pas avec une personne et si elle poursuit ses vindictes à votre égard : n’insistez-pas. Rappelez-vous qu’on ne peut pas changer la nature d’une personne. Vous pouvez en parler à votre responsable si cela vous affecte vraiment et met à mal votre travail. Si ce n’est pas le cas : passez votre chemin.


Un article sur le « bitching » rappelle aussi le rôle de l’égo dans la critique, et dans cette société qui exacerbe le narcissisme, l’article rappelle que « Ragoter n’est pas se fondre dans la masse, c’est au contraire vouloir s’en distinguer : et pas parce qu’on parle en particulier de certains individus, mais surtout parce qu’en parlant des autres, en se disant qu’ils font n’importe quoi ou qu’on fait mieux, on parle d’abord de soi… ».

Il me vient alors cette citation que j’aime tant : « j’aime ceux, qui pour briller, n’éteignent pas les autres ». C’est cela, être brillant.

Enfin, moi la première je tente au quotidien de ne pas sombrer dans la médiocrité de la critique facile. Et il faut parfois se faire force, dans une société qui nous expose constamment au commentaire. Comme une forme de culture insidieuse. Non seulement je le fais car quand je pratique cette velléité malhabile je me fais honte, mais aussi parce que je pense que c’est à l’origine du mal. De tout temps cette pratique à lieu, mais cela veut-il dire qu’elle doit durer ? Où doit-elle s’arrêter ? Comme toute chose, tout cela se travaille. À titre personnel comme professionnel.

Et vous, avez-vous des conseils pour vivre sereinement le quotidien en entreprise ? 

Épilogue

Je n’ai pas rédigé cet article par hasard. Je l’ai fait suite à une intégration en entreprise bien difficile et à des critiques répétées d’une secrétaire à mon endroit. Ces critiques m’ont rendu vulnérables. J’ai même dû demander à des collègues de cesser de me colporter les « on dit que », « elle a dit que », etc. Qu’y répondre ?

J’aurais pu passer outre, mais c’est sans compter une relation avec mon hiérarchique distante et trop peu chaleureuse.

Au fil des mois, ne me sentant pas soutenue, même admise, la tristesse a pris le pas et j’ai traversé de très mauvais moments. J’ai été affectée, car mon métier consiste à mettre en avant les salariés, mes collègues, et mon entreprise. À voir et mettre en relief ce qu’il y a de beau. Pas à placer les gens dans l’obscurité. Mon hypersensibilité (oui j’ose employer ce terme que pourtant je n’aimais pas) fait naître le besoin de relations authentiques et saine, je souffre donc beaucoup de ces vindictes qui ne sont pas productives. Mon esprit est à la collaboration, non à l’accusation.

Pour ne pas déplaire je me suis mise dans la peau d’une autre, toujours souriante et accessible. À dire oui à tout, sans m’écouter. J’ai décidé aujourd’hui d’accepter ce trait et de m’assumer. De trouver, surtout, des personnes qui s’auront m’accepter et m’appuyer en cas de difficulté.