Citations de Stig Dagerman

Ce qui est beau, dans notre quotidien, c’est d’apprendre de nouvelles choses ! Choses qui nous parlent et choses qui nous portent ! Aujourd’hui, j’en ai fais une. J’ai découvert Stig Dagerman, journaliste libertaire suédois, née en 1923 et mort en 1954.

J’ai passé ma première matinée à Paris au sein de la Bibliothèque François Mitterrand, dans le 13ème arrondissement. J’y ai passé la matinée pour préparer ma soutenance de mémoire. En fait, j’ai surtout écrit pour mon blog. J’ai profité de la climatisation et c’est le froid qui m’a fait quitter une pièce, somptueuse, où le calme régnait. Je me suis alors dirigée vers la librairie. Deux cartes postales ont attirées mon attention.

Cartes

En caisse, j’effectue deux autres achats : « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » de Stig Dagerman et « de l’essence du rire » de Baudelaire.

StigJ’ai terminé S.Dagerman et survolé C.Baudelaire (son ouvrage ne me ravit pas et j’en écrirai quelques mots plus tard). Concernant le texte édité par Actes Sud, c’est une très bonne surprise. Cet auteur était très perturbé par la finitude des choses, par la mort. Il expose, dans cet écrit trouvé en 1981, la difficulté de vivre sans comprendre le sens et la valeur du temps. Je vais ici mettre en exergue des passages que j’ai aimé, en espérant susciter la curiosité :

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« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. »

« Je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier (…) et comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime. »

« Je vois ma vie menacée par deux périls : d’un côté par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. »

« Lorsque mon désespoir me dit : perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours. »

« Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient. »

« La vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. »

« Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroitre mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites. »

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« La liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance.»

« Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. »

« On dirait que j’ai besoin de l’indépendance, pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. »

« Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine. »

« Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome. »

« Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur (…) tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule complètement en dehors du temps. »

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« Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. »

« Ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que mon silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant. »

« Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.»

Retour aux sources

Je prends enfin le temps d’écrire un article pour donner des nouvelles. Je suis rentrée de l’Inde début décembre. Après, tout est passé très vite. J’ai pu profiter des jours qui passaient pour flâner, pour lire, pour « surfer » sur le Web. Au début le temps filait à toute vitesse. C’est en ce 21 janvier qu’il est temps pour moi de rentrer à Nantes. Retrouver mon appart’ d’étudiante. Ma vie d’étudiante.

Je suis Charlie
L’Inde me semble si loin. Que de bouleversements depuis mon arrivée, dont cet attentat. Atroce. J’ai l’impression qu’il fait partie de ma vie. Comme une épreuve qui m’est personnelle. Je le considère comme une expérience, une étape. Quelques jours après, je me sens sonnée. Je n’ai fait que lire des articles à propos de ça. Lire la presse, écouter la radio, regarder la télévision, en parler…j’étais en boucle. J’étais touchée et je ne comprenais pas. Les médias n’ont pas toujours bien traité la chose d’ailleurs. Que ce soit entre le « Jeannette sortait-elle vraiment avec Charb ?» ou des journalistes qui interviewaient des gens qui n’avaient aucune info…. Je lisais ce matin un article de Bruno Masure et ce dernier se disait peiné du traitement de cette information. Le commentaire d’une internaute a quelque peu traduit m’a pensée : « le mécanisme de manipulation des foules a bien été décrit en 1984 par George Orwell : créer un sentiment d’angoisse profonde face à un évènement, par un battage médiatique intense, puis apparaitre comme le sauveur, avec des paroles apaisantes, un visage rassurant, afin que les gens s’en remettent totalement à ce sauveur…et abandonnent totalement leur sens critique. »

Je ne pense pas que les gens aient laissé de côté leur sens critique mais traiter une information en boucle avec des suppositions d’experts rend le discours flou. Les rassemblements m’ont touchée. Aujourd’hui la déferlante de haine m’inquiète. Je prends conscience qu’il y a des dialogues impossibles. Je ne comprends pas non plus pourquoi de nombreux dirigeants défilent, pour ensuite accuser Charlie Hebdo d’être responsable de ce massacre…C’est ridicule. C’est insensé. C’est hypocrite. Autant rester chez soi. Il y a de nombreux débats sur Facebook. Dont celui de savoir si les gens achètent Charlie Hebdo pour leur conscience où par soutient. Je pense que cette action est un prolongement des manifestations. Certes, beaucoup ne l’ont jamais acheté et je pense que ça les rassure. C’est un moyen de se sentir utile, impliqué. Car on se sent si impuissant dans ces moments. Moi, je me sens complètement impuissante.

Tiffany Cooper

…Je souhaitais écrire quelques mots pour évoquer les semaines passées et je repars sur ce sujet. C’est comme ça depuis le 7 janvier. Dans chaque conversation j’y reviens. « À l’époque » je lisais « L’identité malheureuse » d’Alain Finkielkraut. Héritage, transmission, intégration…je crois que je vais me replonger dans cette lecture, car je l’ai soudainement stoppée à la page 200 pour m’intéresser aux attentats. Pourtant je ne lisais pas Charlie. Pourtant, j’étais parfois offensée par des caricatures sodomites. J’aime la caricature tout de même et avait justement eu, pour la première fois, un livre de caricaturistes à noël. Je ne dis pas que je suis opposée à Charlie. Si tout peut, et doit, être montré, alors l’éducation est à revoir. Il faut de tout pour faire un monde et si une lecture ne plaît pas, personne n’est obligé de la consulter.
Une citation d’Hubert Reeves me semble si juste : « L’Homme est l’espèce la plus insensé, il vénère un Dieu invisible et massacre une nature visible ! Sans savoir que cette nature qu’il massacre est ce Dieu invisible qu’il vénère. »

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Je voulais parler de Finkielkraut et me voilà repartie.

Ma rentrée approche. Il était temps. Les premières lettres de motivations se rédigent, les CV se peaufinent, les recherches d’entreprises commencent, les lectures de mémoires débutent…tout va passer si vite. Il est hélas impossible de tirer le temps vers soit. De le garder, pour ensuite le relâcher avec beaucoup de douceur. Non, le temps file. Il file.

Je souhaite à tous les internautes une bonne et une heureuse année. Je n’écris pas les formules d’usage car vous les connaissez.

Bruno Gaccio et son « petit » manuel de survie

Cette musique des Fleetwood mac, groupe formé en 1967, m’a été suggérée par une très bonne amie canadienne, Chloé.

« Players only love you when they are playing« …♫

Un week-end solo et très tranquille vient de se terminer. Hier je flânais à La Baule et aujourd’hui je suis restée à mon bureau. J’ai lu le dernier livre de Bruno Gaccio (lui-même s’amuse de sa biographie wikipédia, allez-voir).

Bruno Gaccio

Je suis sortie de cette lecture un peu dans le même état d’esprit qu’après avoir lu « Le fanatisme de l’apocalypse  » de Pascal Bruckner. Peu de réjouissances, mais beaucoup de réalisme. Je trouve le monde un peu fou et l’homme complètement dingue. Le mensonge, l’hypocrisie, le pouvoir, le sexe, l’argent. La vie n’est pas simple car faite, hélas, de mauvaises et très sales personnes. Ces réflexions dignes d’une adolescente qui découvre la vie ne font pas avancer le débat, mais celles de Bruno, oui.

« L’histoire regorge de ces moments de restructuration où tout s’écroule et tout renaît »

Il est bon de voir que des gens œuvrent, comme ceux du collectif Roosevelt et du parti Nouvelle-Donne. J’ai aimé découvrir Bruno Gaccio que je connaissais de nom (ce qui veut dire très peu voir pas du tout). J’aime son franc parlé, son humour, sa répartie. En conférence au CCO il s’excusait d’envoyer des SMS à ses enfants entre deux réponses, fumait sa cigarette électronique sans discrétion, me faisait sourire à chacune de ses interventions. Parce qu’en fait, il est spontané. Et on manque cruellement de spontanéité. J’ai la chance de l’interviewer cette semaine au micro de Radio Prun’. Je termine sur ces citations relevées du livre.

0.2 % des plus riches cumulent 39.000 milliards d’euros

À ce stade c’est plus du pipeau mais un concert de trompettes” (discours des politiques)

Faire sans arrêt la même chose en espérant un résultat différent, c’est là, la vrai folie.” (Albert Einstein)

Suivre l’interview via Radio Prun’ : cliquez ici

Éloge du point d’interrogation

7752774083_oui-mais-quelle-est-la-question-de-bernard-pivotEn ce dimanche bien gris, c’est un livre de Bernard Pivot, « Oui, mais quelle est la question? », que j’ai dévoré. Un ouvrage un brin auto-biographique. À sa lecture je me demandais souvent si les propos étaient ceux d’Adam ou de Bernard Pivot. Pourquoi cette affinité? Et bien parce-que j’adore les questions. Ma curiosité est viscérale. Les questions restées sans réponses font que l’on cogite, que l’on se mire dans nos supputations où nos silences amers. Si on arrive, un jour, à ne plus redouter la question bête, il se pourrait que l’on résolve certains problèmes.

« N’y restant parfois qu’une nuit ou qu’un week-end, combien de femmes sont entrées dans ma vie? Pas assez pour prétendre au classement national des séducteurs, trop pour nier une inadaptation au couple. Entre les femmes que j’ai aimées, que j’ai cru aimer, que j’ai rêvé d’aimer, que j’ai essayé d’aimer, que j’ai regretté d’avoir aimées, avec qui j’ai couché rien que pour le plaisir, et les femmes qui m’ont aimé, qui ont cru m’aimer, qui ont essayé de m’aimer, qui on regretté de m’avoir aimé, qui on fait l’amour avec moi parce qu’elles en avaient probablement envie, cela en fait, du monde! Ma petite gueule sympa, surtout quand j’avais de longs cheveux noirs ondulés, et ma notoriété ne m’ont pas servi  à n’obtenir que des interviews (…) L’amour est un terrain fertile sur lequel poussent des fleurs de rhétorique et les herbes folles du baratin. »

J’ai aimé ce passage pour son énumération de suppositions d’actions et de réflexions. C’est aussi un homme mûr qui les écrit, avec la lucidité d’avoir été dans le vrai, ou pas. C’est amusant de découvrir la spontanéité d’un enfant dans la bouche d’un adulte. Oser poser les questions, creuser au point d’en devenir inquisiteur, impudique et indiscret. Qui n’est jamais frustré de ne pas assouvir une curiosité? Aussi futile soit-elle. Ce n’est pas le cas de l’auteur, que l’on sent libéré d’assouvir sa « questionnite ».  C’est en tous les cas une nouvelle piste du bonheur qui se présente, mais bonheur dont il faut parfois assumer les réactions. Et il ne s’agit pas ici que de questions banales. Car certains pourraient se dire « et bien j’en pose, moi, des questions ». L’académicien entend les questions auprès de nos proches, du quotidien qui nous taraude, du silence chez l’autre que l’on souhaite faire éclairer. Si nous nous posions plus de questions, mutuellement, nous aurions probablement moins de secrets et/ou inquiétudes à contenir, à supporter. En cela je pense que les rapports n’en seraient que préservés. D’ailleurs, il parait qu’en psychanalyse le médecin pose plus de questions qu’il n’émet de diagnostics. Alors évitons nous des frais.

C’est simple, certes, très simple. Mais c’est aussi entraînant et plein de vie. Je pense que beaucoup peuvent s’y retrouver, que ce soit chez cet intervieweur acerbe où dans les réactions, étonnées, de ses interviewés.

Je termine avec une critique de François Busnel au sein de l’Express : « Avec cette fable virevoltante, Bernard Pivot rappelle que bien vivre consiste à poser des questions, plus qu’à asséner des réponses. »