En ce dimanche bien gris, c’est un livre de Bernard Pivot, « Oui, mais quelle est la question? », que j’ai dévoré. Un ouvrage un brin auto-biographique. À sa lecture je me demandais souvent si les propos étaient ceux d’Adam ou de Bernard Pivot. Pourquoi cette affinité? Et bien parce-que j’adore les questions. Ma curiosité est viscérale. Les questions restées sans réponses font que l’on cogite, que l’on se mire dans nos supputations où nos silences amers. Si on arrive, un jour, à ne plus redouter la question bête, il se pourrait que l’on résolve certains problèmes.
« N’y restant parfois qu’une nuit ou qu’un week-end, combien de femmes sont entrées dans ma vie? Pas assez pour prétendre au classement national des séducteurs, trop pour nier une inadaptation au couple. Entre les femmes que j’ai aimées, que j’ai cru aimer, que j’ai rêvé d’aimer, que j’ai essayé d’aimer, que j’ai regretté d’avoir aimées, avec qui j’ai couché rien que pour le plaisir, et les femmes qui m’ont aimé, qui ont cru m’aimer, qui ont essayé de m’aimer, qui on regretté de m’avoir aimé, qui on fait l’amour avec moi parce qu’elles en avaient probablement envie, cela en fait, du monde! Ma petite gueule sympa, surtout quand j’avais de longs cheveux noirs ondulés, et ma notoriété ne m’ont pas servi à n’obtenir que des interviews (…) L’amour est un terrain fertile sur lequel poussent des fleurs de rhétorique et les herbes folles du baratin. »
J’ai aimé ce passage pour son énumération de suppositions d’actions et de réflexions. C’est aussi un homme mûr qui les écrit, avec la lucidité d’avoir été dans le vrai, ou pas. C’est amusant de découvrir la spontanéité d’un enfant dans la bouche d’un adulte. Oser poser les questions, creuser au point d’en devenir inquisiteur, impudique et indiscret. Qui n’est jamais frustré de ne pas assouvir une curiosité? Aussi futile soit-elle. Ce n’est pas le cas de l’auteur, que l’on sent libéré d’assouvir sa « questionnite ». C’est en tous les cas une nouvelle piste du bonheur qui se présente, mais bonheur dont il faut parfois assumer les réactions. Et il ne s’agit pas ici que de questions banales. Car certains pourraient se dire « et bien j’en pose, moi, des questions ». L’académicien entend les questions auprès de nos proches, du quotidien qui nous taraude, du silence chez l’autre que l’on souhaite faire éclairer. Si nous nous posions plus de questions, mutuellement, nous aurions probablement moins de secrets et/ou inquiétudes à contenir, à supporter. En cela je pense que les rapports n’en seraient que préservés. D’ailleurs, il parait qu’en psychanalyse le médecin pose plus de questions qu’il n’émet de diagnostics. Alors évitons nous des frais.
C’est simple, certes, très simple. Mais c’est aussi entraînant et plein de vie. Je pense que beaucoup peuvent s’y retrouver, que ce soit chez cet intervieweur acerbe où dans les réactions, étonnées, de ses interviewés.
Je termine avec une critique de François Busnel au sein de l’Express : « Avec cette fable virevoltante, Bernard Pivot rappelle que bien vivre consiste à poser des questions, plus qu’à asséner des réponses. »