Je prends enfin le temps d’écrire un article pour donner des nouvelles. Je suis rentrée de l’Inde début décembre. Après, tout est passé très vite. J’ai pu profiter des jours qui passaient pour flâner, pour lire, pour « surfer » sur le Web. Au début le temps filait à toute vitesse. C’est en ce 21 janvier qu’il est temps pour moi de rentrer à Nantes. Retrouver mon appart’ d’étudiante. Ma vie d’étudiante.
Je suis Charlie
L’Inde me semble si loin. Que de bouleversements depuis mon arrivée, dont cet attentat. Atroce. J’ai l’impression qu’il fait partie de ma vie. Comme une épreuve qui m’est personnelle. Je le considère comme une expérience, une étape. Quelques jours après, je me sens sonnée. Je n’ai fait que lire des articles à propos de ça. Lire la presse, écouter la radio, regarder la télévision, en parler…j’étais en boucle. J’étais touchée et je ne comprenais pas. Les médias n’ont pas toujours bien traité la chose d’ailleurs. Que ce soit entre le « Jeannette sortait-elle vraiment avec Charb ?» ou des journalistes qui interviewaient des gens qui n’avaient aucune info…. Je lisais ce matin un article de Bruno Masure et ce dernier se disait peiné du traitement de cette information. Le commentaire d’une internaute a quelque peu traduit m’a pensée : « le mécanisme de manipulation des foules a bien été décrit en 1984 par George Orwell : créer un sentiment d’angoisse profonde face à un évènement, par un battage médiatique intense, puis apparaitre comme le sauveur, avec des paroles apaisantes, un visage rassurant, afin que les gens s’en remettent totalement à ce sauveur…et abandonnent totalement leur sens critique. »
Je ne pense pas que les gens aient laissé de côté leur sens critique mais traiter une information en boucle avec des suppositions d’experts rend le discours flou. Les rassemblements m’ont touchée. Aujourd’hui la déferlante de haine m’inquiète. Je prends conscience qu’il y a des dialogues impossibles. Je ne comprends pas non plus pourquoi de nombreux dirigeants défilent, pour ensuite accuser Charlie Hebdo d’être responsable de ce massacre…C’est ridicule. C’est insensé. C’est hypocrite. Autant rester chez soi. Il y a de nombreux débats sur Facebook. Dont celui de savoir si les gens achètent Charlie Hebdo pour leur conscience où par soutient. Je pense que cette action est un prolongement des manifestations. Certes, beaucoup ne l’ont jamais acheté et je pense que ça les rassure. C’est un moyen de se sentir utile, impliqué. Car on se sent si impuissant dans ces moments. Moi, je me sens complètement impuissante.
…Je souhaitais écrire quelques mots pour évoquer les semaines passées et je repars sur ce sujet. C’est comme ça depuis le 7 janvier. Dans chaque conversation j’y reviens. « À l’époque » je lisais « L’identité malheureuse » d’Alain Finkielkraut. Héritage, transmission, intégration…je crois que je vais me replonger dans cette lecture, car je l’ai soudainement stoppée à la page 200 pour m’intéresser aux attentats. Pourtant je ne lisais pas Charlie. Pourtant, j’étais parfois offensée par des caricatures sodomites. J’aime la caricature tout de même et avait justement eu, pour la première fois, un livre de caricaturistes à noël. Je ne dis pas que je suis opposée à Charlie. Si tout peut, et doit, être montré, alors l’éducation est à revoir. Il faut de tout pour faire un monde et si une lecture ne plaît pas, personne n’est obligé de la consulter.
Une citation d’Hubert Reeves me semble si juste : « L’Homme est l’espèce la plus insensé, il vénère un Dieu invisible et massacre une nature visible ! Sans savoir que cette nature qu’il massacre est ce Dieu invisible qu’il vénère. »
Je voulais parler de Finkielkraut et me voilà repartie.
Ma rentrée approche. Il était temps. Les premières lettres de motivations se rédigent, les CV se peaufinent, les recherches d’entreprises commencent, les lectures de mémoires débutent…tout va passer si vite. Il est hélas impossible de tirer le temps vers soit. De le garder, pour ensuite le relâcher avec beaucoup de douceur. Non, le temps file. Il file.
Je souhaite à tous les internautes une bonne et une heureuse année. Je n’écris pas les formules d’usage car vous les connaissez.

