Il y a 15 jours je suis allée à l’avant première d’un film remarquable. Voila quelques mots sur cette soirée. Je préviens, c’est un peu long. Je dois encore travailler mon analyse. Ce soir il est tard, alors je vais le poser ainsi.
Une Ambitieuse Saoudienne
Dans le cadre du festival Télérama, le cinéma du KATORZA, place Graslin à Nantes, a accueilli pour la deuxième fois le mardi 22 janvier la première femme réalisatrice d’Arabie Saoudite : Haifa Al Mansour. C’est avec des courts-métrages et des documentaires prônant la tolérance, les prohibitions et les pratiques religieuses inflexibles qu’elle s’est fait connaître. Son premier long métrage: Wadjda, est aujourd’hui très bien salué par la critique. Aussi, je vous en parle.
Mon billet en mains
Nombreuses sont les histoires dont l’objet est le rejet d’une religion allant à l’encontre des aspirations de l’homme. Après « Le noir (te) vous va si bien » de Jacques BRAL, il y a quelques semaines, l’éviction du voile et de ses symboles sont de nouveau sur grand écran. Ce soir là, le cinéma fait salle comble. Avant la projection du film et sa présentation par la réalisatrice, je rencontre Marie, retraitée. Elle me parle de la vie des femmes au Liban et en Egypte. La thématique du film est propice à l’échange. Ainsi j’apprends que lorsqu’une liberté est possible au Liban et que « la jeunesse vit comme ici », le sort des femmes se dégrade de plus en plus en Egypte. Nous parlons donc moeurs, voyages, puis silence…le film commence.
Une Virulence attachante
Rencontre avec Wadjda. C’est une petite fille pleine de vie et de caractère que nous découvrons. Converses aux lacets violets, voile tombant, sourire aux lèvres et franchise insolente. Elle nous amuse à négocier avec des hommes, sans aucune peur et avec malice. Symbole phare du film : une bicyclette verte pour parcourir les rues de Riyadh. Une bicyclette pour la liberté, la vitesse et l’exploration.
Les jeunes femmes ne peuvent pratiquer de sport. Aussi, la quête de cette petite fille, tout au long du film, sera d’économiser à tout prix pour acquérir cet objet d’autonomie. Tenace, elle va même participer à un concours coranique pour obtenir la somme nécessaire. Elle va se mettre à étudier des dogmes qu’elle ne connaît pas et psalmodier (réciter des psaumes sans inflexion de voix, sur la même note). Sa franchise au sujet de ce qu’elle fera de sa récompense ira à l’encontre de son projet. Un petit garçon sera son partenaire de jeu, et lorsqu’il lui prêtera son vélo, c’est sans étonnement que la jeune fille refusera les stabilisateurs.
L’histoire de la maman me touchera également. Celle-ci ne peut avoir de fils et se voit répudiée par son mari, qui l’aime, mais qui est pris dans la tourmente des principes de la religion et de ses exigences. Elle ira au delà d’une frustration et d’une souffrance pour affranchir sa petite fille, avec qui elle est très complice.
Un autre monde
Je ne suis pas sans connaître le sort des femmes dans ces pays. La réalisatrice a dû se cacher dans une camionnette pour tourner bon nombre de scènes, car les rues des hommes et des femmes sont séparées. De surcroît, la culture du cinéma n’est pas de mise puisque aucune salle n’existe. Je découvre de nouvelles coutumes, comme le fait de ne pas toucher le coran lorsqu’une femme a ses règles, de ne pas être à la vue des hommes, de ne pas faire du sport. Le tournage a été une aventure pour Haïfaa Al Mansour et les difficultés se sont vite transformées en challenge excitant et sources d’inspiration.
Si les lois sont toujours drastiques, en 10 ans, le pays a bien progressé en ce qui concerne le droit des femmes. 30 d’entre elles sont représentantes du peuple au parlement, et malgré le conservatisme elles défendent et luttent pour leurs droits. Le voile n’est plus obligatoire intégralement dans tous les lieux (hôpitaux ou encore centres commerciaux) comme c’était le cas il y a encore quelques années.
Around the wolrd
Lors de l’échange avec le public, la question de la distribution fut posée. C’est avec le sourire que la réalisatrice répond : « Around the world« . Le festival de Venise a fait naître le long métrage qui ne cesse d’être présenté et qui a récemment été sélectionné au festival des Trois Continents. L’instigatrice du film nous parle ensuite de son petit village semblable à celui de Riyadh, avec ses onze frères et soeurs. Mais comment étudier le cinéma quand des salles n’existent pas? Et bien pour calmer toute cette petite troupe les parents allument la télévision et achètent des VHS. C’est ainsi que Haïfaa Al Mansour s’est nourrie de films commerciaux, au « Jackie CHan » et « Bruce Lee ». Elle admet que ce n’était pas toujours de son goût, mais ils ont pu la faire voyager et quitter son quotidien, lui donnant de l’élan pour partir étudier le cinéma à Sydney, après avoir étudié la littérature au Caire. Elle nous confie sa chance : avoir pu accéder à l’Education et au Monde.
Les mains s’élèvent
Beaucoup de questions furent posées pour mieux comprendre le tournage et les problèmes qui ont pu être rencontrés. Une coproduction allemande a beaucoup aidé la réalisatrice pour le montage, et surtout un monteur répondant au nom d’Andréa. Le ministère de la culture n’a pas censuré le script et la police des moeurs n’a donc pas eu de droit de regard sur l’enregistrement du film. Devant moi des petits doigts se hissent, puis la voix d’un enfant s’exprime au micro avec cette question : « mais l’école dans le film, c’est une vrai école?« . Haïfaa n’a pas vu ses enfants depuis 10 jours et c’est très émue qu’elle répond que oui, c’est une vraie école pour les petites filles. La plupart des scènes sont d’ailleurs à l’intérieur, pour diminuer la complexité rencontrée à l’extérieur. Outre son parcours scolaire, elle tient à souligner que c’est au cours même du tournage qu’elle a beaucoup appris.
Je souhaite pour ma part connaître ses inspirations: comment s’est-elle inspirée du caractère bien trempé de la petite Wadjda? Elle nous répond que le scénario a changé tout au long du film. Au départ la fille interprétant le personnage principal était passive et pleurait beaucoup. Puis, le choix de l’actrice ayant changé, les idées aussi. La réalisatrice s’est surtout inspirée de sa nièce, qui ressemble à Wadjda, et qui a dû renoncer à ses rêves d’enfant au profit des règles érigées par son père. Haïfaa Al Mansour est une femme sensible, la virulence de son personnage représente peut-être le fantasme et le souhait que cette émancipation, de certaines pratiques religieuses, connaisse une hégémonie plus criante. La passivité est mensongère, elle nous le rappelle, et le message du film est surtout celui de l’espoir et non de la révolte.
« Peu importe les révolutions si elles ne sont pas personnelles »
« Moving and have fun with life« . Voir une femme d’une culture peu favorable à l’insoumission met en lumière le fait qu’il n’est pas vain de se battre et de poursuivre des idéaux. La première ségrégation est le voile, et le baisser est un premier pas en avant. « Parce-qu’avec le cinéma, on parle de tout et on arrive à tout« , Jean-Luc GAUDARD, des images permettent la prise de conscience et pourquoi pas un peu de changement dans nos réflexions? Voila l’objectif des réalisateurs comme Haïfaa AL Mansour, qui continue de produire des courts-métrages dans le but de montrer la vie et ses lois. La tolérance est son combat, et avec ce film, je ne peux que l’inviter à poursuivre sa quête, utopiste soit-elle.
Si vous souhaitez découvrir un film ambitieux sous le signe du sourire et du caractère bien trempé d’une Saoudienne de 10 ans : sortie le 6 février 2013.


