La science et la conscience
« Ce que mes gênes disent de moi ». Ce reportage diffusé sur Arte cette semaine nous invite à comprendre d’où viennent nos traits de caractère. La réalisation est signée Lone Franck, journaliste scientifique danoise. Cette femme intrigue. Tout en elle exprime le malaise. On sent chez elle une profonde mélancolie. Cette tristesse est d’ailleurs à l’origine de sa démarche. Celle de comprendre d’où viennent nos névroses. Quelles sont leurs origines. Ainsi, cette neurologue va à la rencontre de nombreux experts à travers le monde qui tentent d’élucider le mystère de notre personnalité. Tous les enfants battus deviennent-ils dangereux ? Tous les enfants choyés deviennent-ils bienveillants ?
Le regard : essence de nos vies
J’ai un réel coup de cœur pour ce reportage. La qualité de l’image, les plans, le mouvement. J’ai l’impression d’être aux côtés de cette femme et aimerais partager ses interrogations. C’est sans complexe qu’elle dit voir uniquement le négatif et ne pas aimer le monde. Si Lone m’est familière, c’est parce-que j’ai déjà vécu ce genre de période ou les hommes me semblaient être uniquement mauvais et destructeurs. Sans chercher à voir et à connaître ceux qui œuvrent pour aider les autres, les accompagner, les soigner, les cultiver, les faire grandir. Si Alexandre Jollien (que j’aime beaucoup) ne croit pas au bonheur, moi oui. Je pense, en revanche, qu’acquérir la force d’ignorer les mauvaises ondes pour se concentrer sur les bonnes et rester positif en toute situation est très difficile.
Certaines personnes y arrivent, non sans mal. Depuis quelques mois, sans prétendre avoir « changé », je me sens soulagée d’un poids. Quelques séances chez une sophrologue au bord de la mer et un voyage en Inde m’ont apaisée. Les choses que je savais, j’ai enfin pu les mettre en pratique. À 25 ans il était temps. Je comprends Lone Franck, je comprends ses interrogations. Pourquoi allons-nous parfois mal alors que nous possédons bien plus que nos ancêtres ? Pourquoi des hommes sont bons et d’autres si mauvais ? Si ces questions peuvent sembler légères, des scientifiques se les posent également. À l’image de James H.Fallon, que Lone Franck a rencontré. J’ai vraiment aimé assister à leur rencontre. Ce neurologue semble doué d’un humour incroyable. À ses côtés j’entrevois le sourire de la réalisatrice. J’aurais aimé être avec eux, dans ce cadre magnifique d’Albany du nord (USA).
Je me fais la réflexion, en regardant le regard lumineux de Lone Franck, qu’elle n’a peut-être pas fait les bonnes rencontres dans sa vie. Car tout est une question de rencontre et d’acceptation. D’ailleurs, l’un des experts le formule très clairement. Le jour où nous considérons nos forces et nos faiblesses et que nous les acceptons sans jalouser l’autre, nous sommes guéris d’un poids considérable. Je pense que c’est aussi cela qui m’a aidé ces derniers mois. Il y a certains traits que j’accepte, alors qu’avant je pouvais me mentir. Aujourd’hui je m’impose mieux. J’expose mes défauts et mes difficultés sans problème, non sans honte, mais sans problème. Un exemple : je fais beaucoup de fautes d’orthographes. Je ne comprends pas vraiment pourquoi car je lis et écris beaucoup, mais j’en fais. Un mélange de mauvaise mémoire ou d’étourderie me fait oublier les règles les plus élémentaires. Avant, je n’aurais jamais écrit ça. Ce qui est dure dans l’acceptabilité est la fatalité qui peut en résulter. Pour les fautes, non bien sûr. Pour d’autres facteurs, il n’y a pas d’issue et c’est aussi cela qu’il faut accepter.
« Dans la balance de la destinée, le muscle ne pèse jamais autant que le cerveau ». James Russel Lowell
Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgée des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ?
Tous les entretiens furent passionnants. J’ai ici relevé un passage de l’un d’entre eux. Jay Belsky, un psychologue américain, va à l’encontre de certains prérequis justifiant nos caractères.
« Un des problèmes lié à l’étude du développement enfant et humain est que nous sommes trop restés influencés par les lumières. Nous sommes devenu des idéalistes romantiques qui pensons que les humains sont des êtes perfectibles. Qu’il suffit d’aimer ses enfants, de s’en occuper et de les stimuler pour instaurer la paix sur terre. Un biologiste évolutionniste vous le dira, ça n’a pas de sens. Il ne faut pas avoir une vision romantique du développement car l’objectif des êtres vivants est de se reproduire et de transmettre leurs gènes. Comment les expériences nous façonnent ? Ça c’est un mystère bien plus important mais bien plus compliqué à analyser. Le fait est que nos premières expériences nous construisent, que ce soit lors des 5 premières secondes, des 5 premiers mois ou des 5 premières années de notre vie. Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgé des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ? Car si les vents tournent, ils tombent tous à l’eau et c’est la fin. J’en ai déduis qu’on devrait étudier une variabilité de la sensibilité aux influences environnementales. J’ai supposé que cette variabilité était plus ou moins innée… »
J’aurai pu continuer longtemps à relever ses propos. L’inné et l’acquis sont ici évoqués. Sans être scientifique, c’est une logique imparable. Qui n’a jamais connu une personne née d’un milieu favorisé et ne réussissant (ou ne souhaitant) pas à réussir comme ses parents ? Qui n’a jamais connu une personne venant d’un milieu défavorisé faire de longues études et s’élever socialement ? Nous avons tous pu l’observer. Me concernant, dans les deux cas je prends plaisir à constater que nos chemins ne sont pas tout tracés. Bien sûr, en règle générale, je constate que « les chiens ne font pas des chats ». C’est très simple mais c’est un constat. Je l’ai observé chez les autres et dans ma propre famille. Ma maman est juriste et mes deux sœurs ont fait de longues études de droit. Mon parcours scolaire fut compliqué, mais ma famille m’a toujours soutenue et je crois que sans eux je ne serai pas allée au bout de ces 5 années d’études. Une pression m’a quelque peu incitée à ne pas être loin derrière ces deux sœurs que j’adule.
Parlons lecture. À la maison il y en a toujours eu. J’aimais regarder les livres de mes parents. Je constate aujourd’hui que mes sœurs et moi-même aimons la lecture et l’écriture. Bien sûr, et à mon plus grand enchantement, l’accès aux études a été facilité pour tous et beaucoup de gens ont pu s’élever d’un milieu dans lequel ils ne se sentaient pas à l’aise. Je ne formulerai pas l’expression « sortir de son milieu » car je pense qu’on n’en sort pas vraiment. Il nous appartiendra toujours. Il sera toujours là et nous y avons évolué. On évolue, on côtoie et on appréhende une nouvelle sphère, mais on ne peut pas vraiment s’émanciper d’un contexte social.
Les faits sont-ils justifiables ?
Pouvons-nous justifier tous nos actes ? Nous aimerions parfois le faire pour nous dédouaner de nos fautes. À contrario, on s’enorgueillira de nos succès pour des causes plus louables. S’il est possible de le faire, il est aussi bénéfique d’accepter la fatalité de nos agissements. Parfois j’agis mal alors que je pense être quelqu’un de bien, mais je ne l’explique pas vraiment. La science a beau avoir fait d’énorme progrès, elle ne pourra jamais tout expliquer. L’un des experts (James H.Fallon) le prouve lorsqu’il fait l’étude de scanners. Les psychopathes ont un IRM différents des gens dit « normaux ». Il en étudie énormément et le constat est bien souvent le même. Un jour, alors qu’il étudiait l’un d’entre eux, il conclut que la personne est dérangée. En fait, il s’agissait de son propre scanner. C’est avec beaucoup d’humour qu’il l’a pris. Ce qui est intéressant et qui est exposé dans ce film, c’est de constater qu’il y a eu beaucoup de meurtriers dans sa famille. Lui et ses frères n’en sont pas. James H. Fallon le justifie par l’amour familial important, un encadrement et une bienveillance qui les a protégé de ces pulsions meurtrières. Sans cela, il concède qu’il aurait été possible qu’il agisse mal.
En outre, bien qu’un encadrement familial ne justifie pas tout et que bon nombre de personnes ont eu un parcours complètement différent de celui de leurs parents, l’amour et la bienveillance soulagerons toujours nos maux. Sans pour autant atténuer les expériences que la vie nous impose.
Après ces quelques lignes, place au reportage :


