Nucléaire, énergie de l’avenir qui appartient au passé

Cette semaine j’ai regardé « Le monde d’après » sur France 5. Le sujet du débat se prête bien au nom de l’émission, puisqu’il s’agit du nucléaire.

npps

Pour cet entretien d’envergure, Franz-Olivier GIESBERT est entouré de nombreux invités : Colette LEWINER (directrice énergie/CAPEGMINI), Corinne LEPAGE (ancien ministre de l’environnement), Philippe CHALMIN (économiste, Université Paris/Dauphine), Denis BAUPIN (député Europe Ecologie Les Verts), Julia CAGÉ (économiste), Jean-Marie BOURDAIRE (ingénieur et économiste), Fabrice D’ALMEIDA (historien).

Le ligne directrice de l’émission porte sur une question ambitieuse et peut-être utopiste: Peut-on se passer du nucléaire? Plusieurs thématiques sont alors traitées lors de ces échanges: Démantèlement des centrales nucléaires, gaz de schiste, pétrole, diesel et réseaux locaux.

Le cas Fukushima

En début d’émission Anne-Laure BARRAL (journaliste chez France Info) est là pour faire un point sur le cas Fukushima. Depuis l’accident, les rejets du nucléaire n’ont pas cessé. Des études épidémiologiques sont toujours en cours car certains cas de cancers, autre maladies et malformations, ont été avérés. Paradoxalement, j’apprends que le Japon ne renonce pas au nucléaire. En 1 an, 50 réacteurs avaient pourtant arrêté de fonctionner, mais la balance commerciale du pays étant déficitaire (suite aux exportations), le pays décide de faire volte-face.

Que représente l’énergie nucléaire en France?

La consommation du nucléaire sur le sol français représente un chiffre de 77,7%. Soit 19 centrales et 58 réacteurs. Deux alternatives peuvent être envisagées: les énergies fossiles, qui sont non-renouvelables et en quantités limitées (gaz, pétrole, charbon), et les énergies propres (parc éolien, solaire, biomasse). Pour Colette LEWINER, directrice énergie/CAPEGMINI, la solution réside dans le mixte énergétique et électrique afin d’optimiser les coûts. Constat flagrant : 8 millions de Français sont aujourd’hui en pénurie énergétique. Un parallèle avec l’Allemagne va être fait: nous consommons environ 35% de chauffage électrique en plus que notre voisin et nous sommes équipés de la même manière. La politique va donc être remise en cause.

« Nous nous retrouvons face à une éducation de mensonges« , Corinne LEPAGE

Quelques chiffres

Le prix du gaz a doublé depuis les années 2000, le pétrole a triplé entre 1983 et aujourd’hui et le prix de l’électricité ne cesse d’augmenter depuis 2008. Ces dernières semaines plusieurs médias annoncent qu’une hausse de 30% est à prévoir d’ici 2017. Nos factures vont même doubler d’ici 2050!

La charge des centrales nucléaire représente depuis 1945 170 milliards d’euros. Jusqu’à 2025, les coûts de maintenance sont estimés à 3,7 milliards. 79,4 milliards serait le prix d’un démantèlement. Au total, ce sera 300 milliard d’euros sur 80 ans, soit 4 milliards par an d’investissement pour le nucléaire. En revanche, bonne nouvelle, tout cela nous a fait gagner quelques milliards sur l’industrie pétrolière.

Il faut également prendre conscience qu’un accident dit « normal » comme Fukushima nous coûterait 117 milliards d’euros, et si celui-ci est grave : 421. Il est estimé à un accident tous les 22 ans, sachant que la France contient 15% du parc des centrales au monde, cela nous laisse imaginer les dégâts.

Philippe CHAMIN, économiste et spécialiste du marché des matières premières, rappelle que le risque 0 n’existe pas, et qu’il faut être réaliste. Pour ce spécialiste, les trois « petits » accidents du nucléaire ( rappel: Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011) ne doivent pas être pris en exemple pour noircir le tableau du nucléaire (qui pour lui est une énergie propre). Les assurances sont donc remises sur la table, avec une supposition d’être inscrites dans l’assurance civile. L’Institut de Recherche et Sûreté du Nucléaire se pose sérieusement la question.

Jean-Marie BOURDAIRE tente également d’adoucir le débat en rappelant que Fukushima fut laissé entre les mains d’un savant fou et que beaucoup d’erreurs ont été commises pour cette centrale.

Un peu d’histoire

Un reportage expose les étapes d’un démantèlement. La durée de vie d’une centrale est d’une quarantaine d’années et le nucléaire est le fer de lance de notre économie. En temps de guerre celui qui dispose de la bombe nucléaire est en position de pouvoir. Pour asseoir sa puissance la France en a donc fait l’acquisition.  C’est au bord de la Loire que la première centrale voit le jour. Depuis, les besoins en énergie doublent tous les 10 ans.

Certains pays pensent aujourd’hui quitter le nucléaire : le Japon (30 ans), et l’Allemagne (10 ans). Pour la France, l’arrêt de la plus vieille centrale est annoncée pour 2016.

Les énergies renouvelables

Ce modèle là est fait pour durer. Il faut l’étudier, le comprendre et le cultiver. Le développement durable, c’est par exemple 380 milles emplois en Allemagne (le système Allemand sera souvent comparé). Beaucoup de technologies sont pensées, comme les smart Grid. Gérer les réseaux électriques et les optimiser pour diminuer l’hégémonie du nucléaire.

Telle est la mission de ce nouveau système. Il s’agirait de faire fusionner les énergies internet et les énergies renouvelables. Un réseau intelligent, à l’aide de l’outil informatique, servira à produite et à réinjecter sur un réseau local l’énergie produite et non consommée de chacun. Interconnecter les maisons entre elles serait l’idée. Philippe CHALMIN, toujours avec véhémence, intervient: « on se croirait au coeur d’un village gaulois ». C’est alors que vient une citation pour appuyer son propos:

« Il ne faut pas regarder demain avec les yeux d’aujourd’hui » Paul ELUARD

D’après lui, on ne peut pas prévoir l’avenir en se basant sur nos technologies actuelles. Julia CAGÉ, économiste qui est pour l’innovation et la désindustrialisation, contre ce dernier : « Ce modèle gaulois a fait faire 10% d’économie d’énergie aux Etats-Unis soit 80 milliards de dollars par an ».

Vers où allons-nous?

Comme beaucoup de débats, pléthore d’interrogations, remises en questions, inquiétudes, discours noirs et prédictions. Les deux camps se sont mis d’accord sur une chose : mutualiser les énergies.

Une centrale nucléaire représente 5000 éoliennes en énergie. Cela représente également 3000 kilomètres carré de panneaux photovoltaïque…Il est donc impossible de vivre uniquement, pour le moment, avec le renouvelable. De plus, depuis quelques années il est constaté une baisse des ventes pour les panneaux solaires, ce qui révèle la méfiance des français envers une éthique qui se transforme-parfois-en business.

« Changer nos habitudes et nos modes de vie est impératif. Jouer sur la peur n’est pas non plus la bonne solution : il faut agir maintenant. Nous pouvons donc doucement allers vers un mixte. »

L’émission

Amory LOVINS, auteur du titre de cet article, a-t-il raison lorsqu’il dit « Le nucléaire est une énergie de l’avenir qui appartient au passé »? L’avenir seul le dira. Je vous invite à regarder cette émission enrichissante via ce lien : Le monde d’après.

 

2 réflexions sur “Nucléaire, énergie de l’avenir qui appartient au passé

Répondre à mariececiile Annuler la réponse.