« Hors Normes », ou le film-documentaire époustouflant

 Le film français Hors normes est sorti au cinéma en mai 2019. À l’affiche : Vincent Cassel et Reda Kateb. Le duo souriant engage les amoureux du cinéma à voir cette comédie dramatique réalisée par Olivier Nakache et Éric Toledano. Vous les connaissez bien, puisqu’ils ont réalisé Les Intouchables. Un autre genre complète cette production : le documentaire. Ici, les réalisateurs dressent le combat de deux associations qui s’occupent d’enfants avec autisme que les institutions ne peuvent plus prendre en charge.

Je découvre « Hors normes » presque 1 an après sa sortie en salle. Cette œuvre époustouflante met en lumière le défi que se sont lancés deux vrais hommes. Vrais, car nos deux acteurs interprètent Stéphane Benhamou, de l’association  « Le silence des justes », et Daoud Tatou, du « Relais île de France ».  Deux personnalités investies d’une mission : « accompagner dans les meilleures conditions possibles le développement des enfants, adolescents et adultes avec autisme ou atteints de Troubles apparentés »1, et « aider à la réinsertion sociale et professionnelle d’animateurs, au départ non diplômés, via la prise en charge de personnes en situation de handicap »2.

Là ou la fraternité prend tout son sens

Si le film aux 8 Césars détourne le vrai nom des associations et de leurs personnages, les curieux peuvent découvrir en quelques clics l’ampleur des actions que mènent dans le scénario Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Ketab). Le début nous plonge directement dans l’action. Une jeune fille court dans la rue, essoufflée et apeurée, les bras ballants.  Plusieurs hommes lui emboîtent le pas. L’avantage de ne rien savoir d’un film est que l’on s’immerge complètement. Je me suis souvent crue dans l’univers de « Police », réalisé par Maïwenn. Ici, ce n’est pas le travail des policiers qui est mis en avant, mais celui des éducateurs. Les plans sont parfois serrés, accompagnés d’une BO qui nous ramène à l’ambiance d’Intouchables : une musique douce et discrète de Grandbrothers. On s’interroge : de quoi nous parle-t-on ? Et l’on comprend vite, en suivant la cadence de Bruno, que nous découvrirons le quotidien de ces surhommes.

« Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes »

J’ai pu lire cette critique, qui me semble être la bonne, même si le terme « hors normes » à cela de dérangeant qu’il signifie que donner sa vie pour les autres n’est pas normal. Après réflexion, c’est effectivement le cas. De plus, Hors normes désigne surtout la manière d’accueillir ces malades, qui n’est pas protocolaire. En parallèle de l’histoire, deux inspecteurs se chargeront de mener des entretiens afin de remettre en cause cette association qui ne dispose pas d’agrément. L’un d’eux, interprété par Frédéric Pierrot, dira même ne pas être ce qu’ils sont tout de même : des services froids qui ne connaissent pas la réalité du terrain. Ce que ce long métrage nous montre, c’est qu’il y a des règles, mais aussi des exceptions à des règles qui fonctionnent mal parfois.

On retrouve dans le film les paroles de Médecins interrogés dans le cadre du documentaire « hors-normes documentaire »3. Comme c’est le cas pour l’actrice Catherine Mouchet, qui reprend les expressions du Médecin Moïse Assouline lorsqu’il y mentionne les pratiques innovantes qui ne répondent pas aux conventions de Stéphane et Daoud : « Ils s’engagent avec leur cœur et leur foi, donc ils innovent. À certains moments, et pour avancer, on leur disait « soyez-prudents  », mais ils n’en faisaient qu’à leur tête et cela marchait ! ».

Une distribution parfaite

Vincent Cassel interprète à merveille l’implication de Stéphane Benhamou. Dès le début, le profil de cet homme est planté lorsque son comptable lui demande d’arrêter de dire à tout le monde « on va trouver une solution ». À cela, Bruno répond « qu’il tentera de trouver une…de voir ce qu’il pourra faire  ». Avec son regard clair et son air franc, Vincent Cassel ajoute une douceur que je lui avait peu vue jusqu’alors. Sa barbe poivre et sel et sa casquette campée maladroitement sur la tête finissent de rendre cet homme attendrissant, car toujours habillé d’une tolérance et patience poussées à l’extrême envers certains cas. Prenons celui de Joseph. L’enfant est interprété par Benjamin Lesieur, un jeune autiste jouant son propre rôle. Alors que l’on se dit qu’il n’y a rien à faire, Bruno persévère encore et toujours pour que Joseph ne déclenche plus le signal d’alarme des réseaux de transports lorsqu’il se déplace. Si Bruno prend le temps pour Joseph, il le prend également pour sa mère, jouée par Hélène Vincent (que j’aime beaucoup !).

La beauté de l’union entre Bruno et Malik, c’est que l’un forme des jeunes défavorisés à devenir de bons accompagnateurs, et l’autre s’en sert pour protéger « ses » enfants et adolescents. La complémentarité est forte entre les deux associations et chacun peut y trouver sa place, comme ce sera le cas pour Dylan, qui devra s’occuper du petit Valentin, atteins d’un autisme sévère et que plus aucun centre ne peut accueillir.

Un film qui traite d’un sujet grave avec humour

À l’écrire je me dis qu’il n’est pas possible de le faire, mais pourtant c’est bien le cas ici. Si le sujet est sérieux, la mise en scène nous invite plus d’une fois à sourire, voir à rire, tant Bruno et Malik ne se départissent pas d’une légèreté, essentielle pour le bien de leur mission. Bruno, s’il peine à s’adapter aux agendas partagés, peine aussi à rencontrer une femme. Si la vie personnelle des deux hommes n’est jamais abordée, celle d’un des deux est de toute façon toujours sabordée par des obligations professionnelles. Sa priorité, on le comprend vite, ce sont les enfants. Alors, les quelques femmes qu’il rencontrera essuieront toutes un échec, tant cet homme place en son cœur la vie des autres.

Il n’y a qu’à la toute fin qu’on découvre que Malik a une petite fille, qu’il prend soin d’aller coucher car elle dort déjà à l’arrivée de son père. Les réalisateurs ont certainement souhaité montrer qu’il y a peu de place pour la vie privée lorsque l’on s’investit comme le font Bruno et Malik.

Une seule pratique : l’aide à son prochain

Ce qui marque le film est également les religions qui y coexistent. Stéphane est pratiquant juif et Bruno pratiquant musulman, tout deux dépassent leurs origines pour ne faire qu’un dans le travail. Si les signes extérieurs nous indiquent la croyance, jamais il ne sera fait état de ces croyances durant le film. À une exception, le shabbat du vendredi lorsque Stéphane doit intervenir pour sauver un jeune en danger (shabbat qu’il ne respecte pas bien entendu). C’est pour moi une des grandes forces de frappe de Hors normes : plusieurs religions et personnalités travaillent ensemble pour un objectif commun qui transcende les différences.

Ce film peint l’accomplissement de gens hors normes et la prise en charge hors normes pour permettre à des enfants et adolescents de vivre une vie un peu près normale. C’est admirable et c’est une histoire vraie. Ce film réconcilie avec la nature humaine, dont les médias ne nous montrent pas toujours le meilleur alors qu’il y a tant de beaux récits à raconter. Tant de personnalités incroyables, mais inconnues, à incarner.

En savoir plus :

Découvrir la bande annonce :

Découvrez le documentaire à l’origine du film :

1. Définition officielle du site « Le silence des justes »

2.  Définition officielle du site « Relais île de France »

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