Psychopompe, dernier-né d’Amélie Nothomb

À l’âge de 56 ans, Amélie Nothomb publie son 32e roman. Fidèle à son éditeur Albin Michel, l’écrivaine a de nouveau enfanté en août 2023 et c’est ce dernier-né que je rencontre en premier. Je connais bien le personnage tout de noir vêtu et ma bibliothèque a du Nothomb. Je n’ai néanmoins jamais franchi la première de couverture. Depuis ce prix littéraire 2023 du journal Le Monde, je me sens lancée dans la lecture de cette femme énigmatique et touchante.

Préambule
C’est à Noël dernier que je demande à ma belle-mère de me parler de son dernier achat littéraire. Il se trouve que c’est du Nothomb et que je n’ai jamais lu cette plume. Si les premières et quatrièmes de couvertures n’ont jamais suscité un arrêt sur image de mon côté, c’est à présent chose faite et je me dis qu’il était temps. Mes âpres jugements ont eu raison de moi et c’est une écriture fine et enveloppante que je découvre.

Entre les pages, j’échange sur Amélie Nothomb et me laisse compter l’histoire de cette femme aux chapeaux. C’est étrange, j’ai l’impression de  lire cette même histoire avec Psychopompe. Je réalise alors qu’elle n’est autre que la sienne. Cela est également ponctué d’une écriture raffinée, entre douceur et obscurité. J’avais mal jugé ce que pouvait écrire l’auteure et décèle le drame que cette dernière met en mots. Je terminerai néanmoins un peu perturbée, car j’ai bien l’impression que la romancière signe une œuvre intime.

Un livre sans quatrième de couverture

L’empreinte graphique de l’ouvrage m’a au départ laissé perplexe. L’écrivaine est comme souvent en photo sur une couverture onirique et seuls mots quand je retourne l’ouvrage : « écrire, c’est voler ». Clin d’œil à l’oiseau sur le livre. J’apprendrais que « psychopompe » désigne, en mythologie,  un Dieu conducteur des âmes défuntes. Qu’ils s’incarnent à travers les oiseaux et les hommes.

De page en page, je découvre les multiples images dressées par l’autrice. Tout commence par une petite fille qui aime les oiseaux, les observe, les décrit, les envie. Elle souhaiterait voler et nous engage aussi dans sa passion pour la race aviaire. Le début est léger, jusqu’au moment où je ne comprends pas ce qu’il se passe. Il y est décrit une baignade au Bangladesh, trois hommes qui sortent de l’eau et une enfance qui se termine à 13 ans. S’en suivra une anorexie sévère, une petite mort qui s’invite dans ce corps épouvanté. C’est à ce moment que la lutte commence. Lutte pour préserver son enfance, pour guérir de la maladie, pour rester en joie. Pour trouver le combustible qui maintient en vie.

Au fil de la lecture, tout en échangeant avec une fidèle lectrice de la romancière, je réalise que c’est la vie d’Amélie Nothomb, du vrai nom de Fabienne Claire Nothomb, que je lis. Encore à ce jour le terme roman me semble nébuleux, mais qu’avait-il de mieux que de narrer ses grands chapitres de vie à travers ce style autobiographique ? Je n’en écrirai pas plus, car j’ai été emportée dans ma lecture et cela, car je ne savais rien. C’est un livre qui surprend, car les sujets sont durs et l’on passe plusieurs étapes de vie successivement. C’est un mélange incroyable de vie, de morts et d’optimisme. Avec la lutte au milieu de tout cela.

Un livre aux nombreuses vies

J’ai eu très envie après ma lecture de lire et découvrir la promotion de Psychopompe et de voir Amélie Nothomb en interview. Non seulement je me sens réconciliée avec un personnage qui m’intimidait, mais je découvre qu’il y a plusieurs vies dans cet ouvrage et qu’entre un dinosaure qui devient un oiseau, une passion pour l’espèce aviaire, un accident terrible, l’écriture pour seul remède ou encore le dialogue avec ses morts, il y a une petite fille qui cherche des repères. Je conseille vivement l’interview de Sylvie Hazebroucq (librairie Mollat) où l’écrivaine en dit beaucoup d’elle et de son combat pour s’aimer. C’est ce qui étonne d’ailleurs, son sentiment d’imposture après 108 manuscrits et un record de vente depuis des années. Après les prix littéraires qu’elle enchaine. Cela émane probablement d’une qualité majeure qui fait son charme en même temps que son indétermination : l’humilité.

Une femme on ne peut plus humaine

Révélée par « l’hygiène de l’assassin » publiée en 1992, l’écrivaine belge dit d’elle qu’elle est Psychopompe. J’aime sa quête de liberté, j’aime qu’elle ne se soucie pas d’étonner, j’aime que celle qui boit du champagne pour surmonter sa peur en interview évoque des délivrances qui nous aident au lâcher-prise. Cette âme sensible nous prouve qu’il faut lutter pour faire fondre la glace qui est en nous (c’est d’elle). Elle me fait réaliser à quel point il est essentiel de rallier son corps à son âme et que c’est un combat quotidien. Elle évoque souvent lors de ses interviews l’adage de Cocteau : tout écrivain définit sa ligne et cette dernière est établie pour ne pas s’effondrer.

J’estime cette femme sans certitudes. C’est ce qui fait qu’elle excelle littéralement, tout en gardant une peau d’enfant. Les pieds sur terre et le cœur en l’air. À l’image de ses oiseaux qu’elle chérit tant.

Bonne lecture.

Une réflexion sur “Psychopompe, dernier-né d’Amélie Nothomb

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