Une passion d’étudiante

La radio, c’est une passion d’étudiante. Une passion qui m’a emportée et animée. Une passion où j’ai pu me redécouvrir et faire ce que j’aime le plus : apprendre des autres.

Très récemment, le site internet d’une radio où j’ai travaillé, Radio Prun, a changé. D’anciennes émissions ont donc été supprimées, ce qui me pousse à en publier certaines ici (malgré le nombre limité sur SoundCloud). Je copie également, très simplement, quelques présentations rédigées sur le site internet de l’époque que les internautes et auditeurs pouvaient découvrir.

Avant cela, petit point sur mes années de bénévolat au sein de cette radio nantaise :

Chroniqueuse et animatrice PRUN’​ – RADIO ETUDIANTE NANTAISE
Dates du bénévolat sept. 2012 – déc. 2015 Durée du bénévolat 3 ans 4 mois Cause Arts et culture
Réalisation d’une émission média en 2013/2014 : animatrice et chroniqueuse du programme. Réalisation d’un logo dédié avec mon équipe.

🎙 Découvrez mes missions :

• Préparation des conducteurs (détails du déroulement d’une émission) ;
• Recherche d’invités ;
• Préparation des interviews ;
• Suivi du travail des chroniqueurs ;
• Réalisation de l’émission en studio ;
• Rédaction d’articles pour la page web ;
• Diffusion et promotion de l’émission sur les réseaux sociaux.




Captures d’écran de l’émission sur l’ancien site internet de Radio Prun’

🎙️ La dernière de Médiatisez-moi  – Diffusée le vendredi 18 juillet 2014 à 19h00

 » Pour cette dernière émission nous avons diffusé une interview de Grégory Pouy, conseiller en communication et fondateur de l’entreprise « La mercatique« . Ce cabinet de conseil est spécialisé dans l’intégration du digital aux stratégies marketing et communication des entreprises.
Découvrez son blog

« Les bonnes questions sont celles qui donnent aux lecteurs ou aux auditeurs, la vivifiante impression qu’à votre place, il les auraient aussi posées. » de Bernard Pivot

Créer cette émission a été une belle aventure, très enrichissante.  Stimulante. J’ai toujours pétillé en studio. J’étais toujours animée par l’envie d’échanger et d’apprendre des autres. J’étais aussi très soucieuse de savoir si mes chroniqueurs se sentaient bien au sein de l’émission et acceptaient mes méthodes de travail.

Un grand merci à « mes garçons », comme j’aimais les appeler : Dorian, Hadrien, Pierre (dit Seveno) et Simon. Nous avons également eu le plaisir d’accueillir la jolie Claire en fin de saison. 

Manager une équipe c’est du travail, des soirées d’échanges sur GDRIVE et Facebook. Des sms, des appels et des moments parfois speed pour peaufiner les émissions et prendre beaucoup de plaisir en studio. Je remercie également Karine (rédactrice en chef de Radio Prun’) et Maël (le technicien). Les relations de travail au sein de cette belle radio furent très agréables. Rien ne se fait sans une bonne équipe et sans communication. Il y a eu peu de moments difficiles et s’il y en a eu, ils ont été source d’apprentissage. Le travail de bénévole implique une envie de faire et une énergie qui ne m’a pas contraint à motiver des troupes déjà éprises par l’univers de la radio.

La radio, c’est s’approcher d’une personne et lui parler au creux de l’oreille. C’est intime et confortable. C’est donc un travail qui engage la proximité. On découvre un peu mieux le monde et la « questionnite », comme dirait Bernard Pivot, s’accélère.

« Le journaliste doit avoir le talent de ne parler que de celui des autres. »
de Philippe Bouvard

Nous avons eu un très beau panel : journalistes, réalisateurs, médecins, soignants, directeurs d’entreprises, écrivains, comédiens… Autant de parcours et d’histoires qui nous poussent à toujours aller plus loin dans l’échange et à découvrir les coulisses et les témoignages de ces vies riches. 

Encore un GRAND MERCI à tous. Je n’oublierai pas ces années de radio et je pense déjà aux prochains projets.

Bon vent à tous !

🎙️ L’émission du mois de mai

Une émission sous le signe de la différence. Au programme :

. Nous diffusons une interview de Dominique Bloyet, rédacteur en chef du média Presse Océan. Presse Océan est un quotidien historique régional français, dont le siège est basé à Nantes, et diffusé en Loire-Atlantique. Ce journaliste nous a accueillis au sein de sa rédaction et a retracé avec nous son expérience au sein de ce quotidien qui fête ses 70 ans. À cette occasion, un hors-série est sortie en avril avec les grandes unes du journal. Pour découvrir Presse Océan, cliquez-ici.
. Nous avions également un invité en studio : Simon Robic. Portrait de ce startupeur de 26 ans qui a crée Bringr. La jeune entreprise a développé un outil d’écoute et d’analyse du contenu publié sur les réseaux sociaux.
. Martin, directeur de la radio, nous a fait voyager avec sa chronique qui présente un documentaire diffusé sur France O (les documentaires sont visibles 7 jours après leur diffusion)

Claire nous parle numérique et MC nous présente les derniers documentaires et reportages TV  diffusés. 

🎙️ Atlantic 2.0 au cœur de l’émission

Au programme de cette première émission du mois d’avril : l’association Atlantic 2.0.
Avec nous pour en parler Adrien Poggetti (Directeur général) et Magali Olivier (Directrice des opérations de l’association à la cantine numérique). 

Ensemble, nous allons retracer le parcours de cette association, ses ambitions et ses grands projets. Nous parlerons également du rayonnement numérique à Nantes et de cet « esprit à la nantaise ».

« Et à quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante ? »
Charles Baudelaire

En deuxième partie d’émission, Claire nous présente sa revue de presse et Seveno une chronique humoristique toujours aussi décalée. Simon diffusera ses morceaux coups de cœur de la semaine.

« Mon projet préféré ? C’est le prochain. » Frank Lloyd Wright 

Très bonne écoute sur Radio prun’ !

🎙️ Musique classique et philosophie s’invitent dans Médiatisez-moi

La philosophie s’est invitée au programme de cette émission du vendredi 28 mars ! MC est revenue sur les émissions de la semaine (à revoir sur pluzz.de et via Arte +7), Claire nous a préparé une revue de presse enrichissante, Seveno nous a fait rire et Simon danser !

« On n’est pas philosophe parce qu’on trouve, mais parce qu’on cherche. » de Ernest Bersot 

Nous avons décidé, pour la fin du mois de mars, d’échanger entre nous. Les médias étaient toujours le sujet phare de l’émission, mais pas que ! Un peu de Tugan Sokhiev et Enthoven ne font pas de mal. 

À très bientôt sur Médiatisez-moi ! 

🎙️ Les semaines d’information sur la santé mentale

Au programme de cette émission du 21 mars : les semaines d’information sur la santé mentale

« Mardi dernier je suis allée au foyer des jeunes, 9 bd Vincent gâche, sur l’île de Nantes. J’entre timide et découvre le lieu. Je me présente, accompagnée de ma mallette radio prun’. Deux soignants sont curieux de l’intérêt porté par un média et m’accueillent très chaleureusement . À l’entrée d’une salle, je peux voir une affiche : présentation de radio caméléon… »

Le micro de radio prun’ est allé à la rencontre des malades et des soignants. Tous nous présentent cet événement d’envergure nationale, organisé pour une 25ème édition en France et une 4ème édition à Nantes. Témoignages, présentations de soins dits « médiatisés »,  structures et moyens en place pour les malades…un panel enrichissant et des rencontres déroutantes, touchantes. 

« De belles rencontres, de belles personnes et de beaux projets. Après cette journée on se dit que les malades se sont appropriés une spontanéité qui, même si elle peut prêter à rire, nous bouleverse et nous rassure à la fois. Ces patients ont une âme d’enfant qui nous transporte et nous rappelle toutes ces phrases lâchées sans mensonges et sans calculs. »  
MC

Après cette première partie, place aux chroniques humour et société de Seveno et de Claire ! 

🎙️ Médecines d’ailleurs à l’honneur de cette émissions

C’est une émission sous le signe de la rencontre que nous vous proposons. 

En première partie, Camille Cosmao, étudiante en Bachelor communication et médias, sera en studio avec nous. Elle nous parlera de son aventure HYBLAB 2014 et du regard qu’elle a du datajournalisme aujourd’hui. 

Après Camille, c’est au tour de Cyrille Franck, journaliste et jury de cette deuxième édition, de s’exprimer sur ces sujets. Le journalisme et les perspectives du datajournalisme sont donc à l’honneur en début d’émission !

« J’ai beau chercher la vérité dans les masses, je ne la rencontre que dans les individus. » Eugène Delacroix

Après nos deux invités, place à Bernard Fontanille. Poussé par sa grande curiosité des autres méthodes de soin, ce médecin urgentiste a quitté Chamonix 1 an pour faire le tour du monde. Il est allé à la rencontre de pratiques médicales traditionnelles et nous fait aujourd’hui partager ses expériences. Ce sont 20 films qui sont diffusés sur ARTE tous les soirs à 17H45 et ce jusqu’au 28 mars prochain. Après avoir prêté sa voix à cette belle émission, ce soir, c’est au micro de Prun’ qu’il partage ses rencontres et ses périples. 

Enfin, Simon nous passera de la bonne musique et Claire nous réserve une revue de presse sur le crowdfunding et sa nouvelle réforme! Encore de bons moments en studio . 

Merci à tous et bonne écoute chers auditeurs pruniens ! 
bernard fontanille datajournalisme / cyrille franck / camille cosmao / voyages / rencontres / arte /crowdfunding / médecine traditionnelle émission

🎙️ Le soleil revient et Médiatisez-moi aussi !
Fresh COLLABS, La nouvelle startup nantais

Avec nous pour l’émission du 7 mars une startup est à l’honneur: FRESH COLLABS. Manuel Leray, entrepreneur de 30 ans à l’initiative de ce projet est avec Nadja Altpeter (communication et relations presse) et Guillaume Grimaud (directeur artistique et digital designer). 

Manuel et Guillaume nous exposent ce nouveau concept collaboratif à dimension sociale. Pendant ce temps, Nadja livetweet! Découvrez l’équipe, la vidéo de lancement et les réseaux sociaux de FRESH COLLABS:

En deuxième partie d’émission, Claire, Simon et MC parlent presse, TV et musique avec une playlist so girly dédiée à la journée des femmes du 8 mars.

À vendredi prochain avec Cyrille Franck qui nous parlera datajournalisme et son retour sur le HYBLAB 2014. Nous aurons également une interview de Bernard Fontanille, médecin explorateur de pratiques traditionnelles dans les 4 coins du monde!

🎙️ Place à un concours étudiant

Lors de cette émission #2 de cette nouvelle saison, l’équipe de Médiatisez-moi a rencontré Alice GOUBIN, étudiante en communication et médias. Elle nous parle du Défi L’Express grandes écoles, un concours organisé par le premier hebdomadaire français. Il a 26 ans et cette année ce sont 14 écoles qui y participent, dont Nantes avec l’école Sciencescom. 

Une équipe de 10 étudiants travaillent depuis septembre dernier et sortent en mars prochain un supplément sur la ville. Pour en savoir plus, écoutez nous en podcast. 

Solange à la réalisation vous passe de très bons sons! Claire, avec sa revue de presse, met en exergue les différents articles  sur le jour de colère et MC ses émissions TV. Simon malade et Seveno en mission pour la folle journée, nous nous sommes retrouvées entre filles! Un moment so girly, so cool.

Merci tout le monde et à bientôt!

🎙️ Revue de presse

L’émission de la rentrée démarre trois semaines après celle-ci. Oui, certains prennent plus de vacances que d’autres. Ce soir, Médiatisez-moi revient avec deux nouveaux chroniqueurs: Claire et Simon. 
A l’honneur: nos nouveaux membres! MC et Seveno vont aussi faire partager leurs découvertes. C’est une revue de presse qui va être au cœur de cette émission. Qu’a dit la presse et qu’en pensent les chroniqueurs ?

Simon vous présentera ses musiques, Seveno sa chronique humoristique, MC vous proposera ses émissions TV et Claire lèvera la tête de ses journaux.

Nous avons hâte de vous retrouver et de nous retrouver. 

À ce soir pour cette nouvelle saison !

🎙️ e-démocratie : 13 décembre 2014

Cette émission vous parlera e-démocratie, particulièrement en Tunisie. Avec nous en direct de ce pays, Ramla Jaber, femme ayant lutté lors du printemps arabe et à l’initiative de « Tunisialive », un site d’information en anglais sur le pays. Elle a, pendant ce combat, travaillé avec de grands médias étranger, et grâce aux Réseaux sociaux elle a pu faire part de cette lutte. Cette femme a étudié dans trois pays, la France, les états-unis et la Tunisie.

Allez y faire un tour : http://www.tunisia-live.net/

Deux mauvaises nouvelles lors de cette dernière émission avant noël: Dorian nous quitte mais nous sommes en négociation pour qu’il poursuive ses playlists de la Réunion. C’est un autre Chroniqueur de taille qui s’en va: Hadrien, et nous lui souhaitons un bon stage chez Arte. Médiatisez-moi aura donc deux nouveaux chroniqueurs à la rentrée ! 

Alors après la e-démocratie, on vous parlera des dernièrs reportages ou des dernières lectures, mais surtout, on s’amusera! Du rire a gogo pour cette dernière soirée tous ensemble.

Bonne émission!

🎙️ Santé connectée

Lors de cette émission nous vous parlerons m-santé. Développement des applications santé pour smatphones; Multiplication des émissions traitant du domaine de la santé; traitement médiatique de la santé physique et mentale. Médiatisez-moi dresse un état des lieux sur le sujet Santé connectée. 

MC sera remplacée par Hadrien pour l´animation de cette émission; qui sera comme toujours accompagné du chroniqueur Seveno et de Dorian, réalisateur. 

Et c´est une playlist Blues qui accompagnera l´émission Médiatisez-Moi cette semaine! 

Votez pour le morceau qui vous a surpris; ému; et nous le rediffuserons à la prochaine émission. 

🎙️ Le financement de l’information

Lors de cette émission nous vous parlerons financement de l’information, pourquoi? Et bien parce-que l’ère du numérique et de la gratuité engendre des bouleversements, et de nouveaux modèles économiques sont à penser. Nous aurons au téléphone Nicolas Kayser-Bril, Datajournaliste, il est co-fondateur et CEO de journalisme++, nous vous en parlions il y a 15 jours, il était aussi Datajournaliste pour Owni.

Avec notre équipe de 4 chroniqueurs nous mettrons en avant les changements et les perspectives.

Et c´est une playlist Électro qui accompagnera l´émission Médiatisez-Moi cette semaine!

🎙️ Le grand bashing

Et oui, avec un B majuscule. Depuis quelques années les médias n’ont de cesse de rabaisser leur voisins, de tout critiquer, de tout remettre en question. Mais eux, concrètement, que proposent-ils, que font-ils, que nous apprennent-ils? 

Parce-que l’équipe de Médiatisez-moi en a assez d’entendre des coups de fourchette sans perspectives, nous nous intéressons aux stratégies et à la valeur de certains médias. Il parait que l’on critique les autres quand on frémit soi-même? Alors les médias souffrent-ils au point de ne plus savoir quoi produire? Est-ce le citoyen qui en redemande? Et si oui pourquoi?

Nous commencerons par notre cher président, qui subit les foudres de la presse, pour aller vers d’autres émissions et papiers qui sont plus critiques que thématiques. Avec nous un invité, Nicolas de la Casinière, journaliste pour libération, l’Express, Bretagne magazine et rédacteur en chef de l’observatoire géopolitique des criminalités. 

Nicolas est aussi intervenant à la faculté d’information communication de Nantes. Parcours atypique d’un homme architecte qui a changé de route pour aller vers les chemins sinueux du journalisme. Avec lui nous avons pu échanger et nous le remercions d’avoir nourrit cette émission de ses expériences. 

En cette émission du 22 novembre dans Médiatisez-Moi, c´est une playlist Reggae-Roots que nous avons choisi pour accompagner ce débat autour du « Bashing », afin d´atténuer les tensions qui pourraient s´emparer des ondes du 92 FM. Une playlist très jamaïcaine qui nous accompagnera tout au long de cette émission. 

🎙️ Le data journalisme

« Je fais du Datajournalisme ». Allez expliquer ça à vos grands-parents, voir vos parents, ils ne comprendront vraisemblablement pas de quoi il s’agit. 

Hadrien, Dorian, Seveno et MC étaient tous là pour approfondir les rouages de ce nouveau dispositif. Avec nous le premier invité de la saison: Julien Kostreche!

Le Data ou la data? Des chiffres oui, mais comment? Pourquoi?…Quel avenir à la Data au sein des médias? Une fois de plus, l’équipe se fait fort de vous expliquer ce qu’est le Datajournalisme, le concept et  les premières apparitions. Les exemples et les avancées. Avec nous Julien Kostreche, co-fondateur et pilote du projet Ouest Médialab, une association qui a comme parrain Eric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique de France télévision. Pour en découvrir davantage allez sur ce lien: http://www.ouestmedialab.fr/

Concept éphémère ou réelle avancée dans le monde médias? Ecoutez et prenez des notes!

Chaque semaine dans Médiatisez-Moi, on discute « Médias », mais pas seulement.
Chaque semaine, une playlist musicale est choisie par nos propres soins. Pour cette émission consacrée au datajournalisme, c´est une sélection FUNK que l´on vous fait partager.

🎙️ Transmédia

Ce nom un peu barbare est né des révolutions 2.O. Parce que ce terme est un peu flou, parce-qu’il est trop souvent assimilé au cross-média, nous allons vous en donner une définition, des exemples, ses perspectives ET le tout avec un invité. 

Hadrien, Dorian, Seveno et moi même espérons qu’après cette heure en notre compagnie, de la très bonne musique et une chronique décalée, vous pourrez briller en société en donnant LA bonne définition de ce nouveau dispositif média.

🎙️ Et tant d’autres…

« Papa », hommage à un père

C’est sur la voix de Jean Rochefort que je rédige cet article. Trois ans après le décès de l’homme de théâtre et de cinéma, « Papa », sorti en librairie le 24 septembre 2020, retrace les souvenirs et les peines de Clémence Rochefort. Les souvenirs d’un être si vivant et les peines d’une absence si présente. Publié aux éditons Plon, ce témoignage sensible dévoile les traits de caractère d’un homme d’exception et d’une relation père/fille toute particulière. Quelques pages pour dire que l’amour reste toujours. Quelques pages pour jeter à l’encre des paroles et conseils qu’une fille n’entendra plus.

C’est le titre du livre qui m’a interpelé. Livre caché derrière tant d’autres. Retiré et discret, à l’image de Clémence Rochefort. « Papa », en lettres rouges sur une page blanche, avec pour seule couverture une photographie aux couleurs de l’enfance et cette phrase « que reste t’il lorsque son père disparait ? ». Il n’en fallait pas moins pour que je le mette dans mon panier rouge (aussi). Sur le chemin d’une course à la va-vite se présente souvent de belles surprises.

Comme un échange dans un café

En lisant Clémence Rochefort, j’ai l’impression d’être à ses côtés, comme dans un café. On sent toute la tristesse et la fragilité d’une personne qui a besoin de dire qu’on ne guérit pas vraiment de la perte d’un parent. C’est aussi le besoin de rendre hommage à un homme d’exception pour sa génération et pour son milieu. À certains moments, cette comédienne met en parallèle ses craintes face à cette société, comme ici avec « tout peut disparaître, s’évanouir du jour au lendemain. Comme si l’on ne pouvait être sûr de rien, ni de personne ». Je partage, ô combien, son sentiment sur l’impermanence des choses et des êtres, sur l’inconstance des situations. Je crois que cela apparaît aussi lorsque l’on perd un être cher. Est-ce l’insouciance qui s’envole ? C’est entre des anecdotes amusantes et des anxiétés que cette femme, prise dans son temps et celui de son père, nous partage ce qu’il reste de cet attachement. De cet homme aimant la nature et les animaux.

« J’ai envie de vous dire que quand on n’apprend plus, c’est qu’on est foutu.« 

Jean Rochefort

Au fil des pages, cette plume sensible évoque les échanges avec cette figure du cinéma et les moments qu’elle devait aussi partager avec les autres. À 28 ans, elle pose un regard sur l’écart d’âge très important avec son père, de 62 ans son aîné. Son prénom est donc choisie pour cela, pour que cette fille lui accorde une certaine « clémence » lorsqu’elle devra assumer le poids d’un père d’une autre époque. C’est une chose que je lui partage.

La chance qu’elle s’accorde sur tout autre est celle de pouvoir voir et revoir son père jeune, grâce aux empreintes qu’il a laissé. Cultiver la rencontre et la découverte grâce aux archives. Je me dis alors « Y-a-t ‘il plus bel héritage ? ».

Les vies diffèrent, pas les peines

Si les milieux, l’histoire et les pères ne sont pas les mêmes, les maux de l’auteure retentissent. Une mélancolie a d’ailleurs suivi la lecture de l’ouvrage.

« Quand on perd quelqu’un d’aussi proche, le plus déroutant est que, à la phase d’immense tristesse initiale, succède une alternance de hauts et de bas. Ainsi il m’arrive de penser : « Eh bien c’est formidable, je suis guérie », et d’avancer dans la vie, ragaillardie, mais de m’écrouler à nouveau. Si bien que l’expression « faire son deuil », je ne parviens toujours pas à la comprendre.

Son livre me donne envie d’écouter Jean Rochefort et d’en savoir plus sur ce personnage. « Papa » livre les émotions d’une jeune femme encore affectée par le décès de son père, mais peu sur la vie de cet homme. Son passage sur RTL appuie ce sentiment. La voix de Clémence vacille et son regard fuit d’éventuels signes qui pourraient encore arracher ces peaux qui partent lorsqu’un être cher disparaît.

L’amour, ce sentiment qui nous transcendent

Jean Rochefort parlait souvent des grandes joies de l’amour à sa fille. Aujourd’hui elle le lui rend bien avec cet hommage si délicat. Comme une dernière révérence pour dire merci. Elle rappelle les qualités qui ont fait de cet homme un comédien respecté et un père aimé, devenant d’ailleurs « papa ». Comme le dit si bien Jean Gastaldi « un père s’impose, un papa se fait aimer ». Ici et là son sourire nous revient, comme lors de ce passage : « En fait, il donnait toujours l’impression de découvrir la vie pour la première fois. Papa se situait aux antipodes de la lassitude et du changement permanent de notre époque ».

Elle nous partage aussi ses conseils, qui en disent long sur son caractère : « Nous sommes des gnous, l’homme est un gnou. Nous sommes comme des animaux, avec ce besoin de vivre en troupeaux. On est pareils, alors bon, il ne faut pas trop se prendre au sérieux…faire comme les autres rassure l’humanité, alors que vivre à contre-courant m’est bien plus agréable. »

Le premier livre de cette journaliste de formation en dit long sur les liens profonds qui se sont tissés avec son papa, sur les moments précieux dont on profite encore plus quand on sait que le temps les rattrapera. Le héros « d’un éléphant ça trompe énormément » (1976), serait certainement très fier des mots de sa fille.  Elle nous enseigne qu’un père exigent n’est pas antinomique avec un père attentionné et affectueux.

De son père, Clémence garde des yeux bleus et des souvenirs qui ne peuvent sans doute pas tous s’écrire, mais elle nous fait un petit cadeau en nous en livrant quelques-uns. On reste à la surface des choses, mais n’est-ce pas ces simples confidences qui nous ramènent à l’essentiel et à ce qu’il y a de plus important dans une relation ?

Écrire pour ne pas oublier

Qui n’a jamais souhaité écrire à la suite d’un grand chagrin ? Comme pour le rendre plus signifiant, pour lui donner la place qu’il a représenté dans une étape de vie ?
Clémence a ici souhaité faire entendre encore un peu le nom « Rochefort » et rappeler quel esprit curieux et ouvert était ce père.

Je vous laisse sur la voix de Jean Rochefort.

Lovely Bones

Réalisé par Peter Jackson et sorti en salle en février 2010, Lovely bones est un film qui mêle la vie après la mort et les vivants endeuillés. Ce dernier est tiré d’une histoire vraie et du livre « la nostalgie de l’ange », de Alice Sebold. C’est le triste récit d’une jeune fille de 14 ans, Susie Salmon, cruellement assassinée en 1973 lorsqu’elle rentre de l’école. Si en anglais le titre semble angélique, littéralement il signifie « adorables ossements ». Pour ce qu’il reste d’un corps meurtri après le pire qu’un être humain puisse commettre.

Un sujet bien réel et terrifiant

Il y a des sujets qui nous touchent plus que d’autres, pour ne pas dire nous affectent plus que d’autre. Il en est un qui me poigne et me pétrifie : celui des enlèvements et assassinats d’enfants. Je me souviens de la surprotection de mon père à ce sujet. De ses angoisses dès que nous sortions de la maison, de ses inquiétudes sur nos sorties après les cours et de ses multiples recommandations si nous venions à croiser un inconnu. Je me souviens des noms « Julie et Mélissa », qui résonnent encore dans ma tête. J’étais petite et nous vivions à la campagne lorsque cette affaire éclate. De ce monstre de Dutroux et de ce qu’il y a de pire en l’homme.

L’horreur et le rêve s’entremêlent

Briand Eno, Cocteau Twins et This Mortal Coil signent une bande originale qui transporte et qui mêlera, tout au long du film, une ambiance à la fois sereine et mélancolique. Si Susie Salmon est partie, elle reste présente du début à la fin. Elle est dans un autre monde fait de couleurs, accompagnée par d’autres victimes de son meurtrier. Encore faut-il y croire. Il se trouve que je crois à une certaine existence après la mort, à une âme qui « vie » une autre expérience. « Song to the siren » m’enivre et je pense à l’au-delà. À ces questions qui ne trouveront jamais de réponses. Ce genre de scénario détournera le regard des gens qui ne croient en rien, mais il rendra songeur les autres.

La funeste trame d’un fait divers

J’aime les films qui retracent de vraies histoires, mais je voudrais pourtant que celle-ci soit fictive. Susie Salmon a 14 ans en 1973. Elle aime la photographie et use ses pellicules à tout capturer, avec le plaisir de l’attente et la joie de la découverte. Malgré un fond sombre, le réalisateur a mis beaucoup de lumière dans ce film. Cette jolie petite fille blonde aux yeux bleus est insouciante et entourée d’amour. Ses parents, sa grande sœur et son petit frère comblent les journées de cette adolescente en devenir. Mais à l’aube d’un premier rendez-vous galant, en traversant un champ après l’école, sa route et son expérience sur terre s’arrêtent. Elle fera la mauvaise rencontre et suivra innocemment un homme, son voisin. Ce dernier lui dit avoir une chose incroyable à lui montrer. Elle hésite puis se laisse guider par sa curiosité. Le spectateur sait que c’est un malade. Stanley Tucci joue à merveille un rôle ô combien difficile : celui d’un pervers et d’un tueur. Sa solitude, son air sinistre et son regard vicieux ne trompent pas : c’est le mal. À cet instant du film on crie intérieurement. Cette scène marque la fin de Susie. De ces scènes que l’on ne verra jamais et qui ont marqué d’autres fin de vie. À ces questions sans réponses : que lui a t’il fait subir ? Combien de temps a t’elle souffert ? Où est ce corps que l’on ne retrouvera jamais ?

S’en suivra des parents éplorés. Un père en colère et une sœur en quête de vérité. Au fil des années, le papa développera les photos de sa fille et sur l’une d’elle : monsieur Harvey, l’assassin. Il y a deux histoires en parallèle, celle de parents qui se reconstruisent comme ils le peuvent, et celle de Susie qui est au ciel et accède tout doucement à ce que nous appelons le paradis. Dans un entre deux, elle observe sa famille et envoie des messages à ses proches.

Dans l’univers de Susie les tons sont vifs et l’atmosphère pacifique. Sur terre, la douleur prend toute la place mais la vie continue, même après l’insoutenable. Parce que nos morts sont présents. Parce que nous n’avons pas le choix.

Un entre-deux monde onirique

Si le souhait pour ce réalisateur néo-Zélandais est de représenter l’entre-deux monde, je suis quelque peu dérangée par l’image qu’il donne à voir de cet univers. Le numérique y prend trop de place avec des changements d’environnements trop brutaux. Comme lorsque Susie passe d’un champ de fleurs à un prés enneigé. Il semblerait, d’après les critiques, que le livre ne fasse pas état de cet entre-deux, trop exploité par Peter Jackson. Malgré cela, Saoirse Ronan, qui interprète Susie Salmon, est incroyable. Douce et céleste. Dans les limbes, cette dernière peine à comprendre qu’elle est morte et porte encore ses vêtements du jour fatidique. On laisse de côté le crime pour se plonger dans son regard.

Les intermèdes oniriques permettent de prendre de la hauteur sur ce drame qui nous est raconté et qui en raconte tant d’autres. C’est aussi pour cela que je suis touchée. Car dans les yeux de Susie, je vois ceux de ces enfants qui ont un jour croisé la pulsion destructrice d’un malade. Je regrette la fin de ce dernier, qui mourra bêtement. Je m’interroge également : peut-on de toute façon punir un « être » dépourvu d’affect ?

Un film rayonnant

Ce film reste néanmoins rayonnant malgré son scénario et c’est en cela que c’est du beau travail avec de très bons acteurs (on retrouve également Mark Wahlberg). La BO est sublime et je vous conseille d’écouter certaines musiques. Pas de pathos ici, on ne pleure pas à chaudes larmes car Susie est toujours là : c’est la force de Lovely Bones, car la personne assassinée ne disparaît pas. C’est l’absence qui bouleverse, mais ici le spectateur peut suivre ce qu’il advient de cette jeune victime.

Les déracinés : une saga palpitante

Paru en 2018 aux éditions Escales, « Les Déracinés » est le premier livre de Catherine Bardon, inconnue de la littérature et y faisant son entrée avec un grand roman. Ce dernier retrace à travers la fiction l’histoire peu connue des juifs immigrés en République dominicaine sous le Troisième Reich. Cette saga nous fait découvrir la vie qui recommence pour ces centaines de réfugiés fuyant l’horreur de la guerre. Particulièrement la vie d’un jeune couple venu de vienne.

Réservez vous la surprise de la découverte

Le but de mon article n’est pas d’en dire trop sur les personnages et les différents rebondissements, tant mon enchantement est dû au fait que je n’en connaissais rien. Je vous écris mot pour mot ce que j’ai pu rapidement en lire sur la quatrième de couverture, avant de rapidement le mettre au fond de mon panier :

« Almah et Wilhem se rencontrent dans la Vienne brillante des années 1930. Après l’Anschluss, le climat de plus en plus hostile aux juifs les pousse à quitter leur ville natale avant qu’il ne soit trop tard. Perdus sur les routes de l’exil, ils tirent leur force de l’amour qu’ils se portent : puissant, invincible, ou presque. Ils n’ont d’autre choix que de partir en République dominicaine, où le dictateur promet 100 000 vises aux juifs d’Europe. Là, tout est à construire et les colons retroussent leurs manches. Pour bâtir, en plein cœur de la jungle hostile, plus qu’une colonie : une famille, un avenir. Quelque chose qui ressemble à la vie, peut-être au bonheur. »

Cette saga dresse une fresque rythmée et riche. Il est difficile, et vous pourrez aussi le constater si vous lisez les critiques, de lâcher la lecture tant on souhaite suivre le parcours du jeune couple et en savoir plus sur Sosúa et la vie des juifs immigrés à cette époque. Nous sommes terriblement happés et attachés à l’histoire. Le genre de la saga est ce qu’il avait de mieux pour nous en apprendre plus sur cet épisode de la guerre. Ce livre a été élu « coup de cœur » de nombreux libraires et on comprend pourquoi.

« Avec des personnages attachants, un univers dépaysant et une forte tension romanesque, Catherine Bardon signe une saga passionnante qui ravive un pan peu connu de l’histoire. »
Version Fémina

Des critiques unanimes : c’est une saga haletante

Un commentaire que l’on retrouve partout, que ce soit chez un anonyme du web ou une chroniqueuse célèbre, est celui-ci : c’est haletant. Lorsque je commence ma lecture, je ne sais pas encore que je m’apprête à découvrir un pan de l’histoire qui m’était inconnu. Je ne savais pas qu’une communauté de juifs réfugiés avait vécu à Sosúa, ville située en République dominicaine. Alors que la guerre fait rage et que chaque jour l’Autriche compte de nombreux suicides, un dictateur de la République dominicaine, Rafael Leónidas Trujillo, promet d’accueillir les réfugiés juifs d’Europe. Voici un extrait tiré de cette sombre période :

« Le gouvernement dominicain est prêt à accueillir un nombre de réfugiés, même non-agriculteurs, à la condition que ceux-ci soient porteurs de fonds suffisants pour s’établir dans le pays à leur compte et à exercer le commerce, une profession, ou créer des industries, contribuant de cette façon à l’enrichissement de la Nation. Dans ces conditions, le gouvernement de la République dominicaine accueillerait jusqu’à dix mille réfugiés. »1

Loin d’être un philanthrope, celui qui n’a finalement pu qu’accueillir une poigné de juifs, sur des milliers en fuite, avait pour ambition d’apporter plus de « visages blancs » et de développer le pays en les faisant travailler la terre. De nombreux ingénieurs ou médecins vont alors devenir cultivateurs, se mettre à bâtir des maisons et découvrir tous les rouages du monde agricole.

« Un roman foisonnant et d’une grande intelligence. Une histoire d’amour incroyable. »
Gérard Collard

Quand la romance se mêle à l’histoire

Ce roman, à faire lire absolument à tous les collégiens qui étudient cette période de l’histoire, présente pour moi un double intérêt. Il y a d’abord celui d’une belle romance avec Almah et Wilhem. Nous suivons les débuts de ce jeune couple et les difficultés qu’ils vont vivre. Mais cette histoire n’aurait pas vraiment d’intérêt si en second plan on ne découvrait pas une période oubliée, celle du long parcours de certains pour arriver dans cette contré lointaine. Ne nombreux notables ont ainsi développé des fermes et appris à exploiter du bétail. La DORSA ((Dominican Republic Settlement Association) leur imposant de vivre en autarcie, nous les voyons évoluer entre eux et isolés, apprenant l’espagnol pour pouvoir échanger avec la population locale. Si certains prendront racines, d’autres retourneront vivre aux États-Unis ou en Israël à la fin de la guerre.

Je découvre tardivement qu’il y a une suite avec « L’Américaine », paru en mars 2019. Une joie de découvrir l’aventure d’un des deux enfants du couple phare : Ruth. Je n’ai qu’une hâte : le découvrir.

« Catherine Bardon nous offre une fresque historique très documentée
que l’on referme à regret. »
Marc Rauscher, Libraire

L’obstacle est matière à action

Dans les moments difficiles, comme dans ce genre de saga, je pense à la maxime de Sœur Emmanuelle : « L’obstacle est matière à action ». Car ces mots résument les péripéties que vont vivre les personnages. Ce sont ces péripéties, nourries de lieux, de dates, d’événements forts, de désillusions et de promesses qui donnent de la cadence à cet ouvrage.

Non seulement on souhaite connaître la suite avec « L’Américaine », mais on se jette aussi rapidement à la recherche de documentaires historiques sur cette période et cette ville de Sosúa. J’ai été très touchée de voir de vielles photos, m’imaginant sur l’un d’eux une Almah et un Wilhem. Notre imagination fait alors place à la réalité. Mais s’il-vous-plaît : faites vos recherches une fois l’ouvrage terminé.

« La saga qui nous transporte. »
Olivia de Lamberterie

Pour en savoir plus :

1 : Texte de Nathalie Peeter : République dominicaine refuge pour les Juifs victimes des persécutions nazies : https://www.auschwitz.be/images/_expertises/2019-peeters-dorsa.pdf

La mère morte, ou le récit d’une double peine

Publié aux éditions Stock en janvier 2020, « La mère morte » est un livre à vif. De page en page, Blandine de Caunes raconte une mère qui se meurt, et une autre anesthésiée par le chagrin lorsque sa fille se tue dans un accident de la route. Un double deuil pour une double peine. La fille de la célèbre féministe Benoîte Groult retrace ici les derniers mois de cette femme atteinte par la maladie d’Alzheimer et de sa vie après le décès de son enfant.

Un récit confession sans convenances

Si l’analogie m’a, au premier abord, semblée trop facile, les trois femmes en couverture ont attiré mon attention. Parce qu’elles sont belles et représentent trois générations. Parce qu’elles sont connues, aussi. Nous pouvons y voir Blandine, auteure du livre. Au milieu le pilier : Benoîte Groult, suivie de Violette, sa petite-fille. Est-ce utile de vous présenter Benoîte Groult ? Je ne le crois pas. Blandine, elle, je ne la connaissais pas. Je découvre qu’elle aussi a baigné dans les livres et s’est illustrée comme Attachée de presse. Fille du journaliste Georges de Caunes, elle a deux sœurs : Constance, dont elle ne parle pas et qui m’intrigue tant on ne trouve rien sur la fille de Paul Guimard, et Lison de Caunes.

Benoîte Groult était un esprit libre qui n’aura eu de cesse de se battre pour sa liberté et celle des femmes. C’est grâce à elle, mais faut-il le rappeler, que l’on marque « auteure » et non « auteur », pour une femme. Si ces questions semblent anodines aujourd’hui, ce fut pour elle le combat d’une vie. Si Benoîte Groult a cultivé le parler franc et l’écrit allant jusqu’à l’intime, sa fille poursuit ce style. Style dont elle se sert pour mettre des mots sur des douleurs sans noms. Pour crier tout bas. Pour « hurler en silence », comme l’écrivait Marguerite Duras.

Parce que la vie est une garce

Ces mots durs sont ceux de Blandine de Caunes, lorsqu’elle répond à une interview sur ce livre qu’elle avait commencé bien avant ces deuils et bien avant le décès de sa fille unique. C’est pour cela que le début du récit ne parle que de Benoîte, un prénom qui lui ressemble pour une femme souhaitant obtenir les mêmes droits que les hommes. Les mêmes avantages. Les mêmes privilèges.

« Je voulais écrire le dernier chapitre de la vie de ma mère. L’écrire pour elle, car elle ne pouvait plus le faire », dit Blandine lorsqu’elle évoque la raison d’un tel livre qui, vous le verrez, est abrupt. Effectivement, comme l’a souligné Jean-Claude Raspiengeas sur France Inter : « c’est d’une grande banalité…il n’y a pas de tenue…aucun style littéraire ». Je ne peux pas le contredire, tant j’ai moi-même été étonnée que cette femme, une intellectuelle et romancière, ne mette pas de relief à ce récit. Puis, au fil des lignes, on comprend bien entendu pourquoi : parce que la vie n’a pas de tenue. A-t-elle une convenance, cette vie qui nous érafle souvent, nous épargne parfois, mais nous percute sans cesse. On se reçoit même de telles rafales, que la vie met du temps à redevenir « normale ».

Alors oui il n’y a pas de style, juste celui de la vie. Quand on veut peindre une souffrance et les difficultés de la fin de vie, seule la simplicité prime. Je vais donc dans le sens d’Olivia de Lamberterie, avec cette grâce que je lui aime tant : « ce livre est d’une honnêteté folle. C’est un livre qui se moque de la bien-pensance et des convenances. C’est un livre qui ressemble à Benoîte Groult ». C’est ce que je me dis. Blandine de Caunes est effectivement très honnête, elle peut même sembler égoïste et cruelle dans ses propos. Elle nous bouscule quand elle écrit qu’elle a hâte de voir cette mère mourir car elle fatigue son quotidien. Elle nous bouscule quand elle dit que mettre autant d’énergie à éduquer un enfant pour le voir partir si jeune est inique. Mais elle dit peut-être ce qui ne se dit pas, et c’est ce qu’aimait faire sa mère.

« Je voulais écrire le dernier chapitre
de la vie de ma mère. »

Des larmes au goût salé

Si cette femme a souffert et si cet exutoire fut un moyen de s’en sortir, c’est aussi la force et l’amour pour sa mère qui l’ont aidée. Car comme elle le dit : « ma mère avait un amour forcené pour la vie ». De sa fille Violette, dont on découvre le profil et la vie – à l’opposé de ses origines bourgeoises – il lui reste une petite fille : Zélie. Violette était Naturopathe et Médium et entretenait des relations houleuses avec sa mère, dont elle a souvent reproché l’absence. Cette jeune femme, dont le blog est encore en ligne, est proche des gens et croit aux âmes qui restent. On se dit qu’un tel drame est une injustice folle. Ce drame, annoncé par une page noire au milieu du livre.

J’aime la vitalité qui transparait malgré une trame sombre. Cette déclaration « c’est un livre pour moi, pour ma mère et pour ma fille », nous montre que cette femme pense a elle avant tout et a raison de le faire. Car c’est en s’aimant et en aimant la vie que l’on se sauve de ces situations inextricables.

La fin de vie au cœur du récit

Si Benoîte Groult était une femme d’exception, sa fin de vie ne l’est pas. Les témoignages de sa fille, ce qu’elle dresse du quotidien de sa maman, est commun à tant de personnes. Benoîte aurait certainement aimé l’écrire et se battre encore pour ce combat-là. Mais elle l’a déjà fait, puisqu’elle a milité pour le droit à mourir dans la dignité (association ADMD).

Cette maladie, ce monstre, vous tient debout alors que votre esprit s’est déjà envolé. Passe les noms, passe les jours, les habitudes, les clés, les rendez-vous…tout passe et tout s’efface pour une vie où vous redevenez enfant. Blandine et Lison ont tout aménagé avec des aides à domicile pour accompagner leur mère. Mais la douleur est terrible. Voir cette femme partir dans ces circonstances, elles ne le pouvaient pas. Alors elle l’écrit, une fois de plus sans se soucier des conséquences : elles ont fait venir un médecin de Belgique pour mettre fin à cette souffrance. Elles ont pu lui tenir la main et lui souffler des mots d’amour. Nous les envions presque de pouvoir être là pour ce moment pénible. D’autant plus pénible que Blandine a perdu sa fille 3 mois avant et qu’elle avait un double traumatisme à mener.

Ce que nous dit cet ouvrage, c’est que l’amour d’une mère, d’un parent, est une fondation solide. Qu’avec cela, nous sommes armés pour la vie entière. L’amour est un pilier indestructible et c’est le meilleur capital que l’on puisse donner à son enfant dès sa naissance. C’est cet amour qui a fait tenir Blandine et c’est l’amour qu’elle a donné pour sa fille qui a forgé cette femme forte qu’elle semblait être. Car Violette aussi s’est affranchie en suivant un parcours différent de ses proches. Pour cette force là il faut une confiance en soi transmise par l’amour de ses proches.

Un écho aux souffrances des endeuillés  

L’auteure nous dit qu’elle souhaite, à travers ce livre, aider les gens endeuillés d’hier ou d’aujourd’hui. Au-delà d’être une aide, c’est comme une chaîne de solidarité pour des amputés. Amputés de celles et ceux qu’ils aimaient et qui ne sont plus là. Avec de la rééducation intérieure, avec du temps, avec de l’amour, ces épreuves nous laissent une empreinte et nous avançons. La vie reprend. Car même si c’est « une belle garce », on est vivant et il faut profiter de cette expérience.

Je conseille ce livre car il est franc. C’est un témoignage d’une mère qui ne prononcera plus le mot « maman » et qui ne l’entendra plus jamais. C’est un récit sur les saloperies de la vie. Sur les écorchures et la maladie qu’une écrivaine n’avait pas vu venir. Sur les gens qui restent et qui nous font tenir. Un livre sur la vie parce que la mort en fait pleinement partie.

. France Inter critique
. Article La Croix
. Article NouvelObs

En savoir plus sur Benoîte Groult

Les choses humaines, dernier roman de Karine Tuil

À 47 ans, Karine Tuil publie son onzième roman, récompensé par le prix Goncourt des lycéens et le prix Interallié. Ce sont les éditions Gallimard qui ont l’honneur d’imprimer un livre ô combien puissant. Si le titre apostrophe, les thèmes abordés sont nombreux et interrogent. Car c’est ce que l’Auteure aime faire : décortiquer le réel et mettre en avant nos vies contemporaines et la complexité de l’âme humaine.

« Les choses humaines ». Si ce titre a croisé mon regard à de nombreuses reprises, je ne franchisais pas l’acte d’achat. Je savais pourtant que je finirai par le faire, tant cette première accroche m’intriguait. « Les choses humaines », parce qu’il y a tant à dire. Je ne connaissais pas Karine Tuil, alors entre une appellation engageante et une écrivaine inconnue, je me suis lancée. Ce fut lu d’une seule traite. Lorsque je fermais le livre, ma première envie fut d’en savoir plus sur cette femme de lettres. Je découvre alors qu’elle aime aborder les grands sujets de société dans ses fictions. Si son dernier roman est le premier que j’ai découvert, je vais m’empresser d’en commander d’autres. À travers une histoire de viol, cette Juriste de formation nous dévoile l’être et le paraître, la notion de consentement en droit mais également les relations que nous tissons et les liens que nous entretenons depuis l’avènement des réseaux sociaux.

J’aime beaucoup cet extrait d’un très bel article de La Croix où l’auteure exprime ce qu’elle aime faire lorsqu’elle écrit : « Ce qui m’intéresse, ce sont les failles et les fêlures de la société, la comédie des apparences et le fonctionnement clanique, les points de fracture et l’engrenage de la chute » (article de Jean-Claude Raspiengeas publié le 25 septembre 2019).

La fiction tirée du réel

Claire et Jean sont deux personnalités connues du grand public, lui comme journaliste politique de 70 ans, elle comme essayiste de 43 ans. Divorcés, ils ont en commun un fils, Alexandre, brillant élève qui passe sa vie entre les États-Unis et Paris. Ce fils unique sera accusé de viol par la belle fille de Claire, Mina. S’en suivra un procès qui nous tiendra en haleine. Il y a cette histoire, mais il y a également tous les reliefs que Karine Tuil y met en évoquant le rapport à la célébrité, à la vieillesse, aux religions qui cohabitent, aux jeunesses dorées mais solitaires, à la rapidité avec laquelle les réseaux sociaux font le procès d’une personne, avant même l’ouverture d’une instruction.

Nos paradoxes et nous

Je ne vais pas ici m’attarder sur l’histoire, puisque vous aurez tout le loisir de la découvrir grâce aux nombreuses interviews données que j’ajouterai en bas de cet article. Ce que je souhaite retranscrire, c’est la force de ce roman. Il dévoile nos contradictions et le rapport que nous entretenons avec les valeurs et principes que nous scandons et défendons. C’est ce qui arrivera à Claire lorsque, alors qu’elle défend le combat des femmes et la liberté de parole de ces dernières, assistera médusée au procès de son fils. Jusqu’où allons-nous pour défendre les failles d’un proche, même si ce dernier a commis ce que nous rejetons ? Sommes-nous capables de déni face à l’insupportable ?

« La littérature est un miroir tendu à la société »
Karine Tuil

Vivre vieux dans une société où il faut être jeune

Parmi les nombreux sujets traités, Karine Tuil met en avant ces « vieux beaux », qui, pour se refaire une jeunesse, concourent à se mettre en couple avec beaucoup plus jeune qu’eux. C’est le cas de Jean, qui finira par se marier avec une stagiaire de 30 ans plus jeune que lui. Pour autant, et c’est toute la nuance de ce personnage présenté comme condescendant et individualiste, ce dernier s’occupera jusqu’au bout de Françoise, une ancienne amante et journaliste de 68 ans atteinte d’Alzheimer (clin d’œil à la maladie, même si le récit ne s’y étend pas). Lors du procès, qui dissèquera la vie privée des parents d’Alexandre, on découvrira que pour Jean la réussite et l’ascension sociale sont une revanche, pour ce nouveau riche sorti d’un milieu très pauvre.

La comédie des apparences

Un autre titre qui aurait pu être choisi est celui-ci : la comédie des apparences. En effet, chacun tente ici de sauver la face en restant digne, tout en justifiant l’injustifiable. À lire cet épisode noir de la vie du jeune Polytechnicien, on pense aux affaires DSK et Weinsten. Ces hommes de pouvoir qui ont un jour été accusés par une victime et ont dû faire face aux tribunaux.

Si les apparences sont parfois trompeuses, elles se dessinent également sur les réseaux, où nos profils lisses mettent en valeur notre meilleure photo, notre parcours ou encore nos partages et échanges intéressés. Mais que disent-ils vraiment de nous ? On dit d’ailleurs « la toile », et je me fais la réflexion que c’est effectivement cela : internet, et particulièrement les réseaux que l’on dit sociaux, sont une toile où chacun peint à sa guise son meilleur portrait. C’est ce que fait Jean, lorsque qu’il tweete ses prouesses et retweete les commentaires élogieux qui le concernent, alors qu’en même temps sa chaîne souhaite s’en séparer. De ces fausses complicités qui se tissent sur le web et de ces heures passées à entretenir des liens qui n’en sont pas.

Karine Tuil met en lumière les faux semblants et lorsque le scandale éclate, c’est toute l’hypocrisie d’une famille qui se fragmente. Car elle aime cela : mettre en avant les points de rupture. Est-ce pour montrer que ce qui semble parfait ne l’est pas toujours ?

« La banalité du mal est quelque chose de très intéressant à raconter à travers la romance »
Karine Tuil

La performance à tout prix

Si Alexandre plonge dans un cauchemar, c’est parce que la performance érige sa vie. Son père lui mettra une pression très importante dès le plus jeune âge. Il obtient alors le Bac à 16 ans et réussit Polytechnique, avant de préparer Stanford. Mais certaines pressions amènent à des évasions éphémères et dangereuses. Il se perd, jusqu’à faire une tentative de suicide. Fragile, il poursuivra une consommation de drogue régulière, comme ce soir du 11 janvier 2016 où, sous l’emprise de stupéfiants, il ira trop loin. Tiré d’une histoire vraie d’un étudiant de Stanford ayant commis un viol, le personnage encourra également une faible peine, 5 ans de prison avec sursis.

Dans un monde où le mot performance est partout, qu’en est-il de l’homme ? Peut-il suivre et s’épanouir dans un monde où tout autour de lui des notes et des statistiques évaluent tout en permanence ? Nous n’avons pas les réponses, mais l’auteure a le mérite de soulever les questions.

L’assurance d’être vivant

Je peux lire que Karine Tuil est dans la « littérature du réel », j’aime beaucoup cette expression. Elle aime découvrir la complexité de chaque être, ce pourquoi elle assiste très régulièrement à des procès pour tenter de comprendre ce qui pousse un individu à la faute. Mais comme elle le dit bien : se comprendre soi-même n’est pas toujours simple, alors tenter de comprendre l’autre l’est encore moins. Au fond, et ses études de droit nous le rappellent, Karine Tuil a le gout de la vérité.

Enfin, j’ai vraiment aimé le fait qu’il n’y ait pas un personnage central. Plusieurs parcours s’entrecroisent et la lecture ne nous place pas dans une préférence . On ne s’attache à personne en particulier mais à tous ces chemins qui se s’entrelacent.

Les derniers mots de la dernière page en disent beaucoup sur notre société :

« On était souvent déçu par la vie, par soi, par les autres. On pouvait tenter d’être positif, quelqu’un finissait par vous cracher sa négativité au visage, ça s’annulait, on crevait de cet équilibre médiocre, mais lentement, par à-coups, avec des pauses lénifiantes qui proposaient une brève euphorie : une gratification quelconque, l’amour, le sexe – des fulgurances, l’assurance d’être vivant. C’était dans l’ordre des choses. On naissait, on mourait ; entre les deux, avec un peu de chance, on aimait, on était aimé, cela ne durait pas, tôt ou tard, on finissait par être remplacé. Il n’y avait pas à se révolter, c’était le cours invariable des choses humaines. »

Je m’arrête là et vous invite à le lire. Pour en savoir plus :

Tu seras un homme, mon fils

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,

Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Célèbre poème de Rudyard Kipling, écrit en 1909 et traduit par André Maurois en 1918.

Je vous conseille de cliquer sur ce lien pour en découvrir une belle interprétation

« Hors Normes », ou le film-documentaire époustouflant

 Le film français Hors normes est sorti au cinéma en mai 2019. À l’affiche : Vincent Cassel et Reda Kateb. Le duo souriant engage les amoureux du cinéma à voir cette comédie dramatique réalisée par Olivier Nakache et Éric Toledano. Vous les connaissez bien, puisqu’ils ont réalisé Les Intouchables. Un autre genre complète cette production : le documentaire. Ici, les réalisateurs dressent le combat de deux associations qui s’occupent d’enfants avec autisme que les institutions ne peuvent plus prendre en charge.

Je découvre « Hors normes » presque 1 an après sa sortie en salle. Cette œuvre époustouflante met en lumière le défi que se sont lancés deux vrais hommes. Vrais, car nos deux acteurs interprètent Stéphane Benhamou, de l’association  « Le silence des justes », et Daoud Tatou, du « Relais île de France ».  Deux personnalités investies d’une mission : « accompagner dans les meilleures conditions possibles le développement des enfants, adolescents et adultes avec autisme ou atteints de Troubles apparentés »1, et « aider à la réinsertion sociale et professionnelle d’animateurs, au départ non diplômés, via la prise en charge de personnes en situation de handicap »2.

Là ou la fraternité prend tout son sens

Si le film aux 8 Césars détourne le vrai nom des associations et de leurs personnages, les curieux peuvent découvrir en quelques clics l’ampleur des actions que mènent dans le scénario Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Ketab). Le début nous plonge directement dans l’action. Une jeune fille court dans la rue, essoufflée et apeurée, les bras ballants.  Plusieurs hommes lui emboîtent le pas. L’avantage de ne rien savoir d’un film est que l’on s’immerge complètement. Je me suis souvent crue dans l’univers de « Police », réalisé par Maïwenn. Ici, ce n’est pas le travail des policiers qui est mis en avant, mais celui des éducateurs. Les plans sont parfois serrés, accompagnés d’une BO qui nous ramène à l’ambiance d’Intouchables : une musique douce et discrète de Grandbrothers. On s’interroge : de quoi nous parle-t-on ? Et l’on comprend vite, en suivant la cadence de Bruno, que nous découvrirons le quotidien de ces surhommes.

« Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes »

J’ai pu lire cette critique, qui me semble être la bonne, même si le terme « hors normes » à cela de dérangeant qu’il signifie que donner sa vie pour les autres n’est pas normal. Après réflexion, c’est effectivement le cas. De plus, Hors normes désigne surtout la manière d’accueillir ces malades, qui n’est pas protocolaire. En parallèle de l’histoire, deux inspecteurs se chargeront de mener des entretiens afin de remettre en cause cette association qui ne dispose pas d’agrément. L’un d’eux, interprété par Frédéric Pierrot, dira même ne pas être ce qu’ils sont tout de même : des services froids qui ne connaissent pas la réalité du terrain. Ce que ce long métrage nous montre, c’est qu’il y a des règles, mais aussi des exceptions à des règles qui fonctionnent mal parfois.

On retrouve dans le film les paroles de Médecins interrogés dans le cadre du documentaire « hors-normes documentaire »3. Comme c’est le cas pour l’actrice Catherine Mouchet, qui reprend les expressions du Médecin Moïse Assouline lorsqu’il y mentionne les pratiques innovantes qui ne répondent pas aux conventions de Stéphane et Daoud : « Ils s’engagent avec leur cœur et leur foi, donc ils innovent. À certains moments, et pour avancer, on leur disait « soyez-prudents  », mais ils n’en faisaient qu’à leur tête et cela marchait ! ».

Une distribution parfaite

Vincent Cassel interprète à merveille l’implication de Stéphane Benhamou. Dès le début, le profil de cet homme est planté lorsque son comptable lui demande d’arrêter de dire à tout le monde « on va trouver une solution ». À cela, Bruno répond « qu’il tentera de trouver une…de voir ce qu’il pourra faire  ». Avec son regard clair et son air franc, Vincent Cassel ajoute une douceur que je lui avait peu vue jusqu’alors. Sa barbe poivre et sel et sa casquette campée maladroitement sur la tête finissent de rendre cet homme attendrissant, car toujours habillé d’une tolérance et patience poussées à l’extrême envers certains cas. Prenons celui de Joseph. L’enfant est interprété par Benjamin Lesieur, un jeune autiste jouant son propre rôle. Alors que l’on se dit qu’il n’y a rien à faire, Bruno persévère encore et toujours pour que Joseph ne déclenche plus le signal d’alarme des réseaux de transports lorsqu’il se déplace. Si Bruno prend le temps pour Joseph, il le prend également pour sa mère, jouée par Hélène Vincent (que j’aime beaucoup !).

La beauté de l’union entre Bruno et Malik, c’est que l’un forme des jeunes défavorisés à devenir de bons accompagnateurs, et l’autre s’en sert pour protéger « ses » enfants et adolescents. La complémentarité est forte entre les deux associations et chacun peut y trouver sa place, comme ce sera le cas pour Dylan, qui devra s’occuper du petit Valentin, atteins d’un autisme sévère et que plus aucun centre ne peut accueillir.

Un film qui traite d’un sujet grave avec humour

À l’écrire je me dis qu’il n’est pas possible de le faire, mais pourtant c’est bien le cas ici. Si le sujet est sérieux, la mise en scène nous invite plus d’une fois à sourire, voir à rire, tant Bruno et Malik ne se départissent pas d’une légèreté, essentielle pour le bien de leur mission. Bruno, s’il peine à s’adapter aux agendas partagés, peine aussi à rencontrer une femme. Si la vie personnelle des deux hommes n’est jamais abordée, celle d’un des deux est de toute façon toujours sabordée par des obligations professionnelles. Sa priorité, on le comprend vite, ce sont les enfants. Alors, les quelques femmes qu’il rencontrera essuieront toutes un échec, tant cet homme place en son cœur la vie des autres.

Il n’y a qu’à la toute fin qu’on découvre que Malik a une petite fille, qu’il prend soin d’aller coucher car elle dort déjà à l’arrivée de son père. Les réalisateurs ont certainement souhaité montrer qu’il y a peu de place pour la vie privée lorsque l’on s’investit comme le font Bruno et Malik.

Une seule pratique : l’aide à son prochain

Ce qui marque le film est également les religions qui y coexistent. Stéphane est pratiquant juif et Bruno pratiquant musulman, tout deux dépassent leurs origines pour ne faire qu’un dans le travail. Si les signes extérieurs nous indiquent la croyance, jamais il ne sera fait état de ces croyances durant le film. À une exception, le shabbat du vendredi lorsque Stéphane doit intervenir pour sauver un jeune en danger (shabbat qu’il ne respecte pas bien entendu). C’est pour moi une des grandes forces de frappe de Hors normes : plusieurs religions et personnalités travaillent ensemble pour un objectif commun qui transcende les différences.

Ce film peint l’accomplissement de gens hors normes et la prise en charge hors normes pour permettre à des enfants et adolescents de vivre une vie un peu près normale. C’est admirable et c’est une histoire vraie. Ce film réconcilie avec la nature humaine, dont les médias ne nous montrent pas toujours le meilleur alors qu’il y a tant de beaux récits à raconter. Tant de personnalités incroyables, mais inconnues, à incarner.

En savoir plus :

Découvrir la bande annonce :

Découvrez le documentaire à l’origine du film :

1. Définition officielle du site « Le silence des justes »

2.  Définition officielle du site « Relais île de France »

Entre vous émoi : nouvelle identité

Après plusieurs années sous « la vie est un musée », mon blog fait aujourd’hui peau neuve avec un nouveau nom. À l’époque où étudiante j’ai créé ce blog j’aimais « la vie est un musée », car dans un musée on s’émerveille des œuvres éphémères et figées. C’est un lieu de culture et de curiosité. C’est un peu ce que je souhaite faire ici : vous dire ce que je pense d’un livre, d’un film ou encore vous parler de mon métier. Mes critiques sur le monde qui m’entoure et l’art en fait partie.

Ce blog c’est entre vous et moi et c’est entre moi et mes émotions, peut-être les vôtres. La définition d’un émoi est une « émission vive causée par l’inquiétude, la douleur ou la joie, l’effervescence » (définition Larousse). Sensation, agitation, émotion, trouble. C’est également ce qui transparaît ici, puisque j’y exprime ce que je ressens à travers une œuvre ou une expérience. Je muris ce changement depuis des mois et je peinais au coup de cœur. C’est le cas avec cette nouvelle identité.

Je n’ai pas de ligne directrice, de fil rouge, de sujet déterminé. Je n’ai rien à vendre ni aucun message à faire passer. Je ne suis experte en rien et n’ai aucune morale ou conseil à prodiguer. Ici j’écris de ce qui me viens, avec quelques rubriques dédiées. Je pense qu’un titre doit donner le cap et « la vie est un musée » n’était pas assez parlant, pour autant je suis émue de ne plus l’utiliser car il m’a suivi ces dernières années.

À tous : bonne lecture !

Nos rendez-vous

Paru en janvier 2020 aux éditions Grasset, « Nos rendez-vous » est un roman de l’auteure Éliette Abécassis. Ce dernier explore les rendez-vous manqués qui peuvent rendre certains chemins escarpés. Le couple est au cœur du livre et interroge notre rapport au temps et aux rencontres qui nous font. S’il manque un mot au titre, les réflexions qu’il inspire dépassent largement le nombre de lignes, tant il faut y lire à travers.

Je commence la lecture un matin pluvieux. Je ne ferai qu’une traite de ces 153 pages, et pourtant. Pourtant au départ tout me semble trop simple : le scénario, l’écriture, les personnages. L’histoire est également prévisible avec une succession d’amours contrariés. Sans en dire plus, deux jeunes parisiens se rencontrent, s’attirent, mais chacun est pris ensuite ailleurs, dans la valse des devoirs et des opportunités incertaines. D’autres rencontres et d’autres vies les détournent d’une union, pour les faire se rencontrer de nouveau bien des années plus tard.

Si je n’ai pas interrompu ma lecture, c’est justement parce que la Philosophe Normalienne a fait ce qu’il y a de plus difficile : faire simple et entraîner ses lecteurs. Ce récit nous est familier, car s’il ne nous concerne pas directement, il concerne une amie, un voisin, un collègue. Ces chapitres explorent des vies qui se croisent, des gens qui se perdent, des occasions manquées et des déceptions.

Alors que je pensais me confronter à une histoire d’amour attendue, je me suis ravisée. Je vois à travers la vie de ces deux êtres, Vincent et Amélie, celle de tant d’autres. Éliette Abécassis nous interroge sur nos propres parcours. Sommes-nous heureux en couple ? Accomplis au travail ? Avons-nous décidé pour nous ou pour le regard des autres ? Assumons-nous nos choix ? Ces questions que l’on se pose un jour.

Histoire et dénouement

Dans ce roman, personne ne semble avoir trouvé sa place. Comme Clara, la grande copine d’Amélie, qui à 45 ans enchaîne les conquêtes et organise des soirées entre anciens lycéens. Que ce soit les principaux protagonistes ou leurs amis, nous sommes dans le gris de Paris, car tout s’y passe. Comme le dit si bien Sophie Jaussi, Journaliste, c’est le troisième personnage de l’histoire. La « province » n’est mentionnée que pour évoquer les parents d’Amélie, en Normandie. Ces derniers représentent une stabilité, à l’opposé du quotidien inconstant de leur fille.

On comprend mal pourquoi les unions de ces gens bien dans la vie, avec un bon bagage, partent à ce point-là à vau-l’eau. On voudrait savoir, ne serait-ce que pour nous prémunir.

Le dénouement est surprenant, s’il n’avait pas été le bon, je crois que cela aurait pu tout altérer. Une conclusion sauve certaines romances. C’est ici le cas, car ce point final donne tout le sens à ce livre qui, s’il parle d’amour, ne se veut pas romantique. Pour les fleurs bleues s’abstenir : il ne se passe rien. Pas de mots tendres, pas de baisers, pas de promesses. Juste une caresse de la main, rien de plus. Éliette déroule deux tapis rouge entremêlés qui ont perdu de leur éclat avec le temps.

Un style simple

Le style d’écriture, s’il est simple, est parfois alourdi par de trop nombreuses énumérations et anaphores. Si j’ai aimé le livre, je ne pense pas qu’il mette en valeur le talent d’écriture de sa narratrice. Ici, pas de maxime ni de citation à garder en mémoire. Pour autant, et une fois de plus, c’est sa clarté qui nous rend fidèle à la lecture et qui fait la réussite de cet énième roman rédigé par cette femme de lettres. On s’attache et on s’accroche. Jusqu’au bout on souhaite savoir : vont-ils se retrouver ?

Des rendez-vous qui changent tout

La romancière évoque les réseaux sociaux, car c’est grâce à cela qu’Amélie retrouvera Vincent, puis, quelques années plus tard, Vincent Amélie. Néanmoins, cela changera-t-il le cours des choses ? Pas certain. Je crois que c’est justement ce qu’elle nous dit. Un rendez-vous d’une vie a été manqué et même le virtuel ne peut y pallier.

Si la forme est limpide et si elle nous donne le sentiment de lire un ouvrage pour adolescent, le fond est tout autre. À vous de vous confronter aux questions qu’il fait naître. La puissance de ce livre, c’est qu’il nous dit que les rendez-vous changent tout, même à l’heure où l’on pense tout contrôler. Certains nous offrent le meilleur, d’autres le moins bien, et d’autres le pire.

Enfin, il m’a fait penser à mon propre rendez-vous, pas manqué celui-ci. J’étais à Paris pour l’anniversaire d’une amie. Paris, qui justement est présente dans tout le roman. Je suis venue vers lui, bien aidée par les verres qui désinhibent, et j’ai pris les devants. C’est un rendez-vous que je n’attendais pas. Clément souhaitait également rester entre amis ce soir-là. Depuis quelques années nous sommes heureux et je crois, pour ma part, avoir rencontré le meilleur.

Et vous, quel rendez-vous a changé votre vie ?

En savoir plus

Cet échange entre les deux femmes est très intéressant et c’est avec beaucoup de douceur qu’Éliette répond aux questions posées. J’ai particulièrement aimé les réflexions sur les réseaux sociaux et le numérique. Ce que les outils pourraient annihiler dans nos rapports et l’imprévisibilité qu’ils pourraient également étouffer. Il y a bien d’autres points évoqués qui interpellent et je vous conseille de regarder.