Le 1

le1home-2Je me balade souvent dans les kiosques à journaux. À chaque fois, chaque semaine, je m’empresse d’acheter un magazine ou un journal que je ne connais pas, que je connais peu ou que je connais de nom sans jamais l’avoir ouvert. J’ai une fois été fidèle à un mensuel, Causette. Puis, je suis retournée rapidement à ma dispersion.

Fin mars, entre deux courses alimentaires, je souhaite m’acheter un journal, ni trop long ni trop court. Je sais que je dois terminer le dernier Jean d’Ormesson. J’ai beaucoup de mal à achever « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle ». De nombreuses références et de nombreux noms. Les quarante dernières pages sont alors un peu difficiles, mais le livre est passionnant et je le relirai certainement. N’aimant pas investir une lecture sans avoir achevé la précédente, je décide de ne pas être raisonnable. Je jette alors un œil aux médias exposant les dernières actualités.

La découverte va au delà de la connaissance  

J’achète « le 1 » très rapidement. J’ai hésité avec le Monde diplomatique, mais j’ai trop souvent acheté le mensuel pour ne pas le lire. La couleur m’a attirée. Honneur à Gérard Fromager, peintre que j’ai pu découvrir. J’apprends que le journal a deux ans d’existence et que l’artiste expose actuellement au Centre Pompidou. Je découvre également un poème, À qui la faute ?, de Victor Hugo en page 2 et le texte magnifique de Irène Frain en page 3. C’est d’ailleurs principalement pour cela que j’écris cet article.

J’ai acheté le journal pour passer une soirée, mais je l’ai lu un matin. Encore un peu endormie, ce texte de l’écrivain Irène Frain m’a réveillée. Il m’a surprise car il dépeint ce que je pense et ce que je prône : la culture n’est pas uniquement une question de milieu. Il fut un temps ou oui, inexorablement, implacablement, si vous naissiez dans un contexte social pauvre, vous ne pouviez pas vous élever. Les choses ont tout de même évolué. Je n’oserais pas dire depuis longtemps, mais aujourd’hui assurément. Parce que ce qui nous porte et nous pousse vers le haut, c’est la culture, Irène Frain expose avec justesse et intelligence ce qu’une famille peut faire pour éduquer les siens. Je ne dirai rien d’autre car il faut le lire, il le faut vraiment.

Ce qu’il y a de bien, c’est que vous pouvez le lire sur le web en cliquant ici :
>> Quand Bach fit une entrée fracassante dans nos 30 mètres carrés  

Témoignages et extraits d’articles 
Au delà de ce bel éloge, je découvre les propos de nombreux écrivains, enseignants et journalistes. Comme ceux de Tahar Ben Jelloun (écrivain) avec un article nommé « radins ! ». Dès les premiers mots j’approuve avec tristesse ses propos :

« La France déploie beaucoup d’énergie et d’efforts pour vendre de l’armement à l’étranger et rogne sur le budget de ses instituts culturels dans le monde. Tous les gouvernements de ces dernières décennies ont fait la même erreur et le même mauvais calcul. »

J’ai aimé lire le reportage d’Elsa Delaunay et apprendre de ce maire PCF de Grigny (Essone), Philippe Rio. Ce dernier se bat pour la culture : « La culture est au cœur de notre politique. Dans une ville où quatre-vingt-quatre nationalités se côtoient, cette notion est cruciale. Nous fabriquons la nouvelle humanité et la culture est un élément fédérateur. » Après les activités culturelles de la cité, Gabrielle Tuloup, enseignante, rappelle que « transmettre une culture c’est construire des repères, c’est baliser le chemin. On en revient alors aux cultures diverses et plurielles. Construire la culture ne consiste pas à faire table rase du reste, au risque de n’être que déboussolé. Notre culture commune, socle stable d’une société bien réelle, contemporaine, n’est pas une culture à digérer mais bien une culture à inventer. La culture ce n’est pas nouveau : c’est vrai, mais on ajoutera que la culture, c’est toujours neuf. »

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Quand l’ambition de plaire est remplacée par l’ambition de partager

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C’est la grande sincérité de Françoise Sagan qui touche ses lecteurs, ses passionnés et ses détracteurs. Dans un monde de contrôle et de calcul, je constate que les personnalités volubiles et spontanées plaisent toujours. Elle est entière Françoise. Elle est libre Sagan. L’écrivain est surtout brillante et a su mettre en mots nos incertitudes et nos exaltations. Françoise Sagan disait ne pouvoir aimer qu’avec folie, mais existe-t-il une autre manière d’aimer ? L’amour n’est pas qu’une question de sexe et de partenaire. L’amour, c’est tout ce qui peut nous combler. Françoise Sagan avait comme seuls refuges ses romans et ses personnages qui lui ont permis de quitter ce charmant « petit monstre ». Elle pouvait alors tromper sa solitude. Et oublier, comme elle l’exprimait souvent, que l’essentiel est absent.

J’ai relevé une citation de Sagan que je trouve particulièrement intéressante tant elle expose les rencontres qui nous forgent et nos ambitions qui changent au fil du temps. « Quand l’ambition de plaire est remplacée par l’ambition de partager ». Je pense que si chacun en arrive là, un bousculement porteur aurait lieu.

« J’ai toujours pensé qu’il y avait des familles sur la terre et que, en plus de ceux qui partagent votre sang et votre enfance, il y a aussi les familles du hasard, ceux que l’on reconnaît confusément comme étant son parent, son pair, son ami, son amant, comme ayant été injustement séparé de vous pendant des siècles que vous avez peut-être partagés sans vous connaître. Ça n’est pas ce qu’on appelle la famille de l’esprit ni celle des corps, c’est une parenté faite de silences, de regards. De gestes, de rires et de colères retenues, ceux qui se choquent ou s’amusent des mêmes choses que vous. Contrairement à ce qui se dit, ce n’est pas pendant la jeunesse qu’on les rencontre le plus souvent mais plus tard, quand l’ambition de plaire est remplacée par l’ambition de partager »

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La fabrique du citoyen, une histoire républicaine de la ligue de l’enseignement

Public Sénat a diffusé en mars 2016 un documentaire du journaliste Jean-Michel Djian. Ce dernier évoque l’histoire de la ligue de l’enseignement et son engagement pour une éducation populaire. Ligue, trop peu connue et reconnue pour son travail. Ce que rappellera Alexandre Jardin, écrivain et fondateur de l’association « J’aime lire »,  dès le début de ce film.

L’éducation. L’école. La culture. Peut-on vraiment prendre pleinement conscience de ce qu’est la vie si nous ne sommes pas armés pour la comprendre ? Pour la comprendre, encore faut-il s’être assis sur un banc d’école. Sur plusieurs bancs d’école. Quelle chance de pouvoir avoir accès à l’enseignement. Si aujourd’hui cela semble simple, une inscription à l’école et nous voilà élève, cela n’a pas toujours été le cas. Des hommes se sont battus pour que chaque citoyen puisse apprendre et se forger une opinion basée sur des connaissances.
Ces hommes, ce sont Jules Ferry, Léon Gambetta, Léon Bourgois, Ferdinand Buisson, Jean Zay, Claude Julien ou encore Vincent Peillon aujourd’hui. Tous à leur manière, dans leur fonction, ont milité pour éduquer le  peuple et pour institutionnaliser l’élévation de la pensée. J’ai par là-même appris la signification du mot instituteur. C’est donc cela, « institutionnaliser l’élévation de la pensée ».

Autre grande figure dans la ligue : Jean Macé

Il a accompagné la révolution de 1948 et la défense de la république. Jean Macé va écrire des ouvrages de vulgarisation, comme L’histoire d’une bouchée de pain. Cette lettre à une petite fille sur la vie et l’homme et ses animaux connaît un grand succès et le nom de son auteur deviendra connu. Jean Macé va alors entreprendre un combat militant abandonné en 1851. Il fondera la première bibliothèque communale, puis en 1863 une société des bibliothèques communales. L’éducation populaire est au cœur de ses ambitions. Pour ce journaliste et professeur de jeunes filles, c’est par l’éducation qu’un citoyen « digne de ce nom », comme il l’exprimera, pourra exister. Il va créer la ligue en 1866 pour que les jeunes avides de savoir s’émancipent et s’enrichissent intellectuellement.

Ouvriers et notables vont se réunir au sein de cercles pour penser cette émancipation. Une énergie collective va naître de ces réunions et avec les années d’autres hommes, comme ceux cités plus haut, s’inscriront dans cette démarche.

Instruction gratuite, obligatoire, laïque

Nous parlons beaucoup de laïcité aujourd’hui, mais cette dernière est inscrite depuis longtemps dans notre société. Comme le rappelle ce documentaire « la république doit donner des occasions de partager mais surtout de penser par soi-même, l’idéal des lumières ». Ce projet éducatif est au cœur de l’éducation nationale. Parce qu’un citoyen impliqué et pouvant participer au débat contribuera forcément à ne pas rester dans l’égoïsme de l’individualisme. Victor Hugo ne croyait lui qu’à une école : l’école publique. À l’époque, quand les catholiques s’attachent à la responsabilité du père de famille, les républicains considèrent que l’éducation passe par la mise en œuvre de la responsabilité de l’État.

Jean Jaurès

Comme de nombreux discours portés par Jean Jaurès, celui qui est présenté dans ce documentaire reflète parfaitement la pensée de ce leader socialiste. Il s’agit  du débat parlementaire sur la loi de séparation de l’église et de l’État de mars à juillet 1905, à la chambre des députés.  Prononcé le 20 avril 1905, le discours sera très applaudi.

 « C’est sans équivoque, c’est sans ambiguïté, c’est en respectant dans la limite même de leur fonctionnement les principes d’organisation des églises, qui ne deviennent plus qu’un des éléments de la liberté civile générale, et c’est en dressant contre ces églises la grande association des hommes travaillant au culte nouveau de la justice sociale et de l’humanité renouvelée, c’est par là et non par des schismes incertains que vous ferez progresser ce pays conformément à son génie. Voilà pourquoi l’œuvre que la commission nous soumet, œuvre de liberté, œuvre de loyauté, œuvre hardie dans son fonds mais qui ne cache aucun piège, qui ne dissimule aucune arrière-pensée, est conforme au véritable génie de la France républicaine ».

À noter que vous pouvez retrouver les grands discours de Jean Jaurès via ce site : Jaurès où la nécessité du combat

La force de la ligue depuis 1866

Jean-Michel Djian a souhaité montrer la puissance de la ligue de l’enseignement où de grandes personnalités ont porté la république derrière l’État. Question importante en ces temps incertains : la ligue est-elle fragilisée ? En tous les cas, l’héritage de Jean Zay n’est pas partagé par tous ceux qui encouragent le consumérisme et l’individualisme. Ce documentaire nous remet à l’esprit le capital qui a permis à la ligue de prospérer. Ce capital c’est l’héritage de Jules Ferry et de Jean Zay. « L’école, c’est notre sanctuaire républicain ». Des hommes et femmes se sont battus pour elle. Le mouvement populaire compte aujourd’hui 2 millions de membres et 30 000 associations. Les activités périscolaires y sont très importantes.

Après l’histoire, place aux discours

Ce que je retiens de ce documentaire, outre les plans entraînants, les quelques notes d’accordéon, les images d’archives agrémentées d’une voix off nous rappelant les grandes lignes de cette ligue, c’est aussi les témoignages d’hommes et de femmes. Ceux qui prennent la relève.

——————————->> Voici quelques extraits :

Meirieu« Jean Zay avait un point de vue fort, qui considérait que l’éducation nationale était le devoir de l’état mais qui était toujours menacé de suffisance. Alors la suffisance c’est aux deux sens du mot. Il y a la suffisance avec les suffisants qui font peur au peuple, ceux qui éloignent le peuple de la culture car ils donnent le sentiment qu’ils sont seuls à pouvoir la posséder. Et il y a la suffisance de ceux qui croient que leur institution peut à elle seule totaliser l’ensemble des missions de transmission. Jean Zay proposait donc que l’éducation populaire soit comme un engagement de la nation ».  Philippe Meirieu, Professeur en sciences de l’éducation.

Cyntia fleury« La ligue a été pionnière sur la compréhension que l’éducation n’est pas circonscrite à l’école. C’est plus vaste que ça, ça rappelle que toute notre vie ce sera ce pas de plus. Nous devons donc beaucoup aux enseignants qui portent les élèves. La ligue fait des choses bien, mais ne le fait absolument pas savoir. Elle s’est constituée par l’engagement des « hussards noirs » de la république. Instituteurs de l’école publique très engagés dans la vie de la cité. Il y a eu un dessaisissement de la sphère politique ne serait-ce que par la sphère économique ». Cynthia Fleury, psychanalyste et philosophe.

Sans titre« J’entends quelques arrogants, qui disent que les jeunes ne sont pas cultivés comme nous l’étions nous-même. Moi j’ai travaillé avec beaucoup de ministres. J’en ai vu des fautes d’orthographes, par des gens qui étaient sortis de l’École Nationale d’Administration ou même agrégés de philosophie, docteurs. Mais qu’est-ce donc cette façon de parler des autres ? C’est précisément l’inverse d’une démarche d’hommes et de femmes cultivés. Moi les grands esprits que j’ai rencontré, j’ai eu la chance d’en croiser dans ma vie, les Georges Charpak, les Jean-Pierre Vernant, les grands esprits qui font le rayonnement français, jamais ils n’avaient de mépris pour personne. Is ne pensaient pas qu’une faute d’orthographe méritait de faire la UNE du journal sur « ce sont tous des ânes ». C’est le contraire qu’il faut faire ».  Vincent Peillon, homme politique français, Parti socialiste.

Danièle Sallenave« L’idée de se vider la tête est toujours un mot qui m’a fait horreur, car une tête n’est pas faite pour rester vide. Si elle est vide, elle doit se remplir d’autres choses. La république doit former les citoyens, mais le citoyen est mis à toutes les sauces. Il ne faut jamais oublier que le mot citoyen est premier. Cité découle de citoyen et non citoyen de cité. Les citoyens c’est l’ensemble de ceux dont va découler une cité. Il y a aujourd’hui, concernant la politique, une faiblesse d’analyse et de solutions qu’ils peuvent apporter ». Danièle Sallenave, écrivaine membre de l’académie française.

Pour le reste, vous découvrirez les différentes séquences de ce documentaire très riche et très documenté. Il donne envie d’en savoir plus, de connaître l’avis d’autres experts, mais également de regarder d’autres films du journaliste Jean-Michel Djian.

Il y a une empreinte, une sensibilité toute particulière qui est une belle promesse à d’autres réalisations à caractère culturel alliant le style et le fond.

🎬 Cliquez ici pour regarder le documentaire 🎬

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Les temps de la radio

RadioLCP diffuse actuellement un documentaire de Paul-Stéphane Manier sur la genèse du média radiophonique. Présenté par le journaliste Jean-Pierre Gratien et ses invités, l’ascension de la radio y est retracée.

L’essor des ondes
Si la presse papier a longtemps dominé dans la diffusion de l’information, la radio a su largement s’imposer ces dernières années en proposant une autre forme de langage. Plus spontané et complémentaire à une actualité intellectualisée par les professionnels de l’information. Comme il est souligné dans ce documentaire, la radio a multiplié les échanges et a libéré la parole. Dans les années cinquante, c’est même la principale source de divertissement. Une émission rencontre à cette période un franc succès, « quitte ou double » animée par Zappy Max. Elle est diffusée sur radio Luxembourg, aujourd’hui appelée RTL. Le 29 mars 1952, un invité bien particulier va bouleverser l’émanation de ce média. Cet invité, c’est l’abbé Pierre. Des personnalités, comme ce prêtre catholique, souhaitent toucher les gens et provoquer des manifestations contre la misère. La radio est donc un excellent moyen d’agir. En 1954, une femme meurt de froid dans la rue. Excédé, l’abbé Pierre lancera cet appel historique : « Mes amis, au secours. Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Il faut que ce soir même dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent et qu’on lise ces simples mots : toi qui souffre qui que tu sois entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t’aime ». Ses propos auront un retentissement inimaginable. Quelques heures après ces mots scandés sur les ondes, la gare d’Orsay est assaillie de personnes amenant sacs de nourritures et de vêtements. En quelques jours seulement, 8 millions d’euros seront récoltés. La radio contribuera alors aux grandes causes à défendre.

POrte voix grandes causes

De Salut les copains aux prouesses techniques
Outre les actions solidaires et citoyennes, un autre programme marque à tout jamais l’histoire de la radio en 1959 avec l’émission Salut les copains. L’audience de cette émission sera estimée à 5 millions de jeunes ! C’est un vecteur essentiel pour des artistes, à l’image de Johnny Hallyday qui s’est fait connaître grâce à cela. Le sociologue Edgar Morin leur donnera même un nom : les « yéyés ». Cette effervescence, aidée et impulsée par le média radiophonique, va affirmer la période transitoire entre l’enfance et l’âge adulte. L’époque est à la découverte.  Jean-Marie Périer, journaliste et photographe, perçoit les grandes différences entre hier et aujourd’hui : « il y avait un grand besoin de rire et de faire du bruit de la part de ces jeunes gens. La radio a insufflé un nouvel état d’esprit avec une envie de revendication. Aujourd’hui les gens ont peur, ils ont même peur d’avoir peur. Rien à voir avec l’époque ». Les années soixante marquent également les grandes évolutions techniques avec les transistors et les magnétophones portables. Pour la première fois, la radio interfère en direct avec la réalité. Grace au Nagra (premier magnétophone à bande magnétique), les journalistes peuvent couvrir de nombreux événements, comme les déferlements de foules de mai 1968. Les montages de cet appareil ne permettent pas la censure. Nouvel élan pour le média, le départ du général Charles de Gaulle et l’arrivée de Jacques-Chablan Delmas, qui supprime le ministère de l’information et le ministère qui contrôle la radio et la télévision. Puis, l’éclatement de l’ORTF marquera le début de la concurrence. Enfin, la loi du 29 juillet 1982 déclarera la communication audiovisuelle libre.

Les femmes de la radio
La radio marquera de nouveau son temps par l’éducation qu’elle aura auprès des citoyens. Des journalistes, à l’image de Ménie Grégoire, s’intéresseront aux problèmes qui touchent tout le monde. À l’époque, cette libre antenne permet aux auditrices d’écrire des lettres lues par l’animatrice et son assistante. Cette émission est prépondérante sociologiquement et contribuera même à la recherche.

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À l’image de Caroline Dublanche sur Europe 1, Ménie Grégoire écoute et conseille. Autre figure féminine importante : Françoise Dolto. En 1976, cette femme Médecin psychiatre apparaît sur les ondes de France inter avec des chroniques régulières. Les parents vont alors découvrir ce qui se passe chez leurs enfants. Les travaux de Françoise Dolto, datant de 1935, seront alors révélés 35 ans plus tard au grand public. Ses collègues disaient d’elle qu’« Elle rendait les gens qui l’écoutent intelligents ».

L’ingrédient pour qu’une émission marque son temps
Jérôme Garcin, journaliste et présentateur de la très célèbre émission « Le masque et la plume », exprime ce qui peut inscrire une émission dans le temps. Il l’expose ainsi : « Le parler vrai et le côté spectacle et comédie. Une émission peut devenir une petite mythologie nationale là où les français se reconnaissent ». À cela, le réalisateur de ce documentaire ajoute : « Parler de ce qui concerne d’auditeur, ce qui l’éveille, ce qui l’émeut et le sensibilise, ce qui le rend intelligent. La radio peut être populaire, culturelle, musicale, informative, peu importe. Elle doit s’adresser, par-delà les ondes, à des personnes et à des esprits. Pour cela, tous les temps sont possibles ».

Le documentaire :

Informations complémentaires :
La théorie des yéyés (influences)
Mon nagra et moi : souvenir émue d’une reporter radio

Courrier international : la France d’après

L’hebdomadaire a lancé en février 2016 un hors-série sur le regard que porte la presse étrangère sur les valeurs de notre pays. Les témoignages de journalistes se succèdent et le modèle français vacille sous les plûmes des intellectuels.

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« La France est unique, y compris dans ses contradictions. Ces journalistes étrangers aiment, finalement, ce repaire de bravaches, de râleurs et d’incorrigibles grugeurs qu’est notre pays ! Un pays, qui, selon The New York Times, continue envers et contre tout à donner le tempo de l’Europe ». En fin d’édito, Emmanuelle Moreau donne le ton. La France est un beau pays, mais un pays fragile. C’est ce qu’attestent bon nombre de médias étrangers, inquiets pour notre nation.

Sommaire. Qui a éteint les lumières ? Cette première partie met en avant la vision de la laïcité par la presse étrangère. The times à Londres,   The intercept à New-York en passant par Le Devoir à Montréal, de nombreux médias exposent les fractures du pays. Certains sociologues, à l’image de Dalal Al-Bizri pour Al Modon (Beyrouth), évoquent leurs craintes : « Adieu, débats. Fini l’époque des intellectuels français-et plus largement européens-dont les analyses, théories et œuvres littéraires nous nourrissaient. Fini l’époque de Jean-Paul Sartre, de Simone de Beauvoir, de Camus (qui par ailleurs critiquait sévèrement ce même héritage), de Louis Althusser, de Maxime Rodinson…Ces intellectuels qui ont illuminé nos esprits-du moins en étions-nous convaincus-en nous donnant les clés d’une compréhension objective. Cela appartient au passé ». Á des propos déçus s’ajoutent des mises aux points importantes, comme celle de Sudhi Hazareesingh pour Aeon (Londres) : « Les Français sont toujours de grands amateurs de culture. La France reste le pays des plus grands festivals culturels (plus de 3000 organisés chaque année) ; les journées du patrimoine attirent plus de 12 millions de visiteurs sur les sites historiques du pays. Et, surtout, les Français continuent de vouer un culte à leurs grands écrivains et restent une nation d’infatigables lecteurs ».

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Une enquête, des témoignages. La seconde partie du hors-série est dédiée à une enquête sur les dérives du système judiciaire français ayant pour titre : la fabrique des terroristes. Ces quelques pages retracent le parcours d’un homme considéré comme le mentor des auteurs des attentats de janvier 2015 : Djamel Beghal. Un journaliste américain, Scott Sayare, a échangé pendant de longs mois avec ce prisonnier et révèle les méandres du système antiterroriste français. Cette enquête est étonnante tant on y découvre les relations qui ont été tissées entre ce dernier et les frères Kouachi et Amedy Coulibaly. On y apprend toute l’influence de ce Beghal qui a sû convaincre et enrôler les gens autour de lui, en ne dévoilant cependant rien ouvertement. On peut lire que les musulmans représenteraient jusqu’à 60% des quelque 66000 individus incarcérés en France et qu’une génération de terroristes condamnées au chef de l’AMT (association de malfaiteurs en relation) arrive désormais en fin de peine et va réintégrer la société.

Après la présentation de l’artiste Chinois Liu Bolin, spécialisé dans l’art de se fondre dans les lieux emblématiques de la capitale, la dernière partie est consacrée aux bons et mauvais côtés du pays le plus visité au monde. Oublié ici le terrorisme, place aux médecins néerlandais heureux de travailler en France, aux messages de journalistes enamourés (à l’image de Roger Cohen pour le New-York Times), aux culots des fraudeurs français (manque à gagner d’environ 90 millions d’euros pour la RATP en 2015) ou encore aux évolutions des chambres à coucher françaises (dans une études publiée en 1970, 66% des couples déclaraient que l’homme avait pris l’initiative lors du dernier rapport sexuel. En 2006 70% des couples déclaraient que l’initiative est prise en commun).

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(Artiste Liu Bolin au grand palais à Paris, 2012)

Une note de fin éclairée. A Ross Douthat du New-York Times de conclure ce hors-série avec un contre discours à celui d’une fin du monde annoncée que l’on peut entendre et lire dans certains médias. Le pays, qui a connu de nombreuses révolutions, a encore beaucoup de force. Extrait tiré de l’article : « malgré ces craintes, la France n’est en réalité ni hors course ni à bout de souffle. Au contraire, tout semble indiquer qu’elle occupe une place de plus en plus important, plus centrale, dans le destin de l’Europe et de l’Occident. Non, l’époque du Roi-soleil ne reviendra pas. Mais politiquement, culturellement et même intellectuellement, les événements qui se dérouleront en France au cours des cinquante prochaines années pourraient se révéler plus décisifs que jamais (…) le déclin a été réel, mais l’avenir reste à écrire. Si une véritable histoire doit encore se faire en Europe, pour le meilleur ou pour le pire, c’est dans la belle France qu’elle se construira ».

Parce-qu’il est toujours bon de savoir ce qui se dit ailleurs, pour prendre de la distance et découvrir d’autres professionnels de l’information, ce hors-série nous invite à la réflexion. Aimons-nous assez notre pays pour changer les choses ou continuons-nous dans le pessimisme et l’inaction ? Si certains journalistes semblent inquiets, d’autres nous rappellent à quel point nous avons de la chance de vivre dans ce beau pays.

Et je danse aussi, entre profondeur et légèreté

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« Et je danse aussi » est un roman épistolaire écrit par les auteurs Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat. Ce livre, paru en 2015 chez Fleuve éditions et sorti en version Pocket début 2016, est une correspondance entre un écrivain en mal d’inspiration et l’une de ses fidèles lectrices.

Qui, au XXIe siècle, n’a jamais entretenu une correspondance 2.0, si courte soit-elle ?  Je fais parti des personnes ayant cette affinité pour l’écriture, donc pour les liens des mots qui se tissent sur la toile. À l’entrée d’une librairie, l’illustration de Raphaëlle Faguer m’a sautée aux yeux, bien qu’elle ne me plaise pas. J’ai saisi ce livre coloré et le nom des deux auteurs sur la couverture m’a surprise. Je me dirige alors vers la quatrième de couverture : c’est l’histoire d’une correspondance. Je fais voler les pages entre mon pouce et mon index et entrevois des échanges entre une Adeline Parmelan et un Pierre-Marie Sotto. Échanges agrémentés de petits dessins. Je considère ce livre comme étant adressé aux adolescents. Pourtant, intriguée j’achète.

Des personnages mystérieux et attachants
Tout commence par un colis envoyé à l’adresse de Pierre-Marie Sotto, auteur à succès en panne d’inspiration. Le destinateur est une destinatrice : Adeline Parmelan. Cette femme, qui n’avait pas prévu d’entamer une telle correspondance, engagera toujours avec humour et originalité leurs échanges. À l’image des enfants en bas ages se rapprochant tout naturellement sur un terrain de jeux, les deux personnages vont se livrer au jeu des confidences décomplexées avec un naturel déconcertant. Après seulement 42 jours, ces personnalités que tout oppose deviendront dépendantes de cette relation si particulière. Ce passage, page 154, met en mots l’intensité de leur liaison écrite :

« Mais vous avez raison : quoi qu’il arrive désormais, il ne faudra pas renier ces quelques semaines passées à nous écrire. J’y ai trouvé un grand plaisir, et même plus que ça, ne riez pas : quelque chose qui ressemble au sentiment amoureux. Vous savez : votre vie va son train, vous êtes dans une somnolence du corps et du cœur, et puis soudain quelqu’un apparaît et vous apporte la révolution. Vous n’êtes plus qu’impatience : je vais la revoir, elle va m’appeler, elle va m’écrire. Ça occupe tout votre esprit. Et comme l’autre vous aime en retour, vous êtes dans cette fièvre, dans cette fête. »

Quand un colis suspect crée l’échange
Comment entrons-nous en relation avec les autres ? D’un simple ajout Facebook à une question anodine, les vraies raisons d’une mise en relation ne sont pas toujours explicites. Et pourtant. Le colis, au cœur de l’histoire, se fera oublier le temps de quelques pages pour laisser le temps aux personnages de se livrer avant la prise en considération de ce qui a entraîné cette relation épistolaire. Nous suivrons les méandres de cet écrivain, Pierre-Marie Sotto, définissant son manque d’inspiration comme une « pétole », absence de vent pour les marins. Mais alors qu’il est dans une mer trop calme pour avancer, il va voir ses voiles se gonfler et l’amener vers un nouvel horizon surprenant. Avec la découverte d’une personnalité spontanée et attachante, il va découvrir une plume. Leur liaison littéraire va durer grâce à cette légèreté saupoudrée de profondeur lorsque cette dernière évoque son passé difficile et ses passages à vide. Comment mettre en humour les événements les plus noirs de nos existences ? C’est ce qu’illustre ce roman. Lire la suite

Reda Kateb, la force tranquille

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Arrêtez-moi là, film du réalisateur Gilles Bannier, est sorti dans les salles le 6 janvier 2016. Le scénario est celui d’une histoire vraie. Celle d’un homme aux prises d’un système judiciaire dans son plus sombre apparat.

Samson Cazalet est un homme discret et indépendant. Dans son taxi, accompagné de son chat Gershwin, il effectue de nombreuses courses, dont celle d’une femme, interprétée par Léa Drucker, se rendant à grasse. Une disparition inquiétante, des circonstances maladroites et un mauvais avocat commis d’office feront de ce chauffeur niçois le coupable idéal de l’enlèvement d’une fillette. Le rapport à l’autre est très présent dans ce film où la force tranquille de l’acteur Reda Kateb nous plonge dans une ambiance oppressante et captivante. L’impassibilité du personnage, au timbre grave et posé, donne à ce film une longueur agréable et une intensité particulière.

Seul contre tous
Les films mettant en lumière un individu éprouvé par une erreur judiciaire, il y en a plein. En ce sens, rien d’original ici. Si l’acteur ayant joué dans « Loin des hommes » en 2014 n’interprétait pas ce rôle, il n’y aurait probablement rien à en dire. Mais voilà, ses petits yeux vissés dans un visage dure nous oblige à chercher ce qu’il s’y passe et cela change tout. Reda nous impose l’attention. Son personnage ne va pas crier, ne va rien casser, ne va pas mettre un juriste minable à terre. Non, alors que nous voudrions hurler à sa place et nous insurger, il va intérioriser un espoir et nous transmettre une haine féroce, mais un calme constant envers une justice à mettre entre guillemet. Reda Kateb, à l’image d’un Mathieu Amalric, fait partie de ces acteurs qui prennent toute la place et en impose.

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Béliers, le film vrai.

Béliers est un drame islandais sorti sur les écrans en 2015 et réalisé par Grímur Hákonarson. Le film présenté à « Un certain regard » lors du festival de Cannes rencontre de bonnes critiques.

 

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Je suis allée voir le film Béliers tout à fait par hasard. Ma sœur avait des places de cinéma gratuites et le terme de cette offre arrivait à sa fin. Je n’avais pas le choix, ce dimanche soir serait ciné ou ne serait pas. Elle me dit alors qu’un film tourné en Islande la tente. Je dis « Béliers? », elle me répond « oui ». Chose extrêmement rare, je suis allée voir le film sans regarder la bande annonce. J’avais juste entendu dire qu’il s’agissait d’un film où deux frères ne s’entendent pas.

Happée
Dès le début du film j’ai été prise par l’histoire, que je sentais lente, que je sentais forte. Le fait de ne pas avoir vu d’images avant ce film faisait que je découvrais chaque couleur, chaque plan, chaque personnage. Je n’attendais pas une scène, je n’en anticipais pas une autre. J’étais dans la découverte. Il y avait la nature, il y avait des animaux, il y avait des personnes âgées. Tout ce que j’aime. J’ai été amusée que le réalisateur témoigne, lors d’une interview, préférer les « vieux » aux jeunes. Je suis un peu comme cela également. Il y a chez les personnes d’un certain âge une douceur, un apaisement et une prise de distance sur le monde. J’ai donc été emportée et très vite éprise du scénario.

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Bouleversée
Je ne suis pas férue des critiques et de leurs adjectifs qualificatifs. J’ai toujours trouvé cela trop simpliste. Seul les rédacteurs de ces mots peuvent bien savoir ce qu’il se cache derrière eux. Je pense qu’une belle réalisation mérite au moins une phrase. Et bien grande première : je n’arrive pas à en dire autre chose qu’un seul mot. Bouleversant. Bien sûr, je peux vous exprimer mes sentiments. Je senti la tristesse de ces hommes, j’ai senti leur perte de repères, j’ai senti leur désespoir. Leur solitude, aussi. La fin est magnifique, si parlante. Le message est si fort et l’image est si belle. La jeune femme que je suis, peu enclin à verser des larmes au cinéma, s’est surprise à pleurer. A vraiment pleurer.

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Je ne vous raconterai pas l’histoire
Or de question de dévoiler l’histoire, à vous de le voir, car il faut découvrir ce chef d’oeuvre ! C’est un grand film avec un réalisateur prometteur. Grímur Hákonarson s’est inspiré de sa jeunesse et de son travail au sein de fermes. Comme quoi, rien de tel que le terrain pour vraiment être efficace. Les deux acteurs principaux joués par Sigurður Sigurjónsson et Theódór Júlíusson sont grandioses.

Si vous voulez voir du beau, du vrai, allez-y.

Interview du réalisateur Grímur Hákonarson

Les critiques

Le blog du cinéma
Télérama
à voir lire
> La belle critique d’Anne-Sophie DELAHAIS

 

 

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Changer d’altitude

Changer d’altitude est un livre de Bertrand Piccard paru aux éditions Stock en 2014. L’auteur, médecin psychiatre et aéronaute suisse, y expose les clés pour une vie plus apaisante et plus stimulante. Il nous invite également à nous détacher de nos certitudes qui nous ferment aux éventualités constructives.

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Cette lecture est née d’une rencontre, celle de Thibaud, un élève de la promotion bachelor 2015 à Sciencescom. C’est lors d’un dîner chez ce dernier que j’ai saisi ce livre bien à sa place dans le dérangement ordonné de ce jeune homme de 23 ans. « Changer d’altitude », du bleu sur fond blanc. Thibaud me parle alors de l’auteur et de son admiration pour ce dernier. Je découvre effectivement un homme qui ne ressemble pas aux autres. Brillant. Fils de l’océanographe Jacques Piccard et petit fils du physicien Auguste Piccard, ce sportif aimant les challenges est le premier homme, avec son coéquipier Brian Jones, à avoir fait le tour du monde en ballon, le Breitling Orbiter 3, en 1999.

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Quelques solutions pour mieux vivre sa vie
Ma première impression était assez froide. N’aimant pas les lectures « bien-être », j’ai mis du temps à ouvrir ce livre que j’avais pourtant emprunté depuis plusieurs mois. Puis, le parcours de cet homme m’a incité à entreprendre cette lecture. Je terminais alors un ouvrage de Michel Baroin, autre figure masculine que j’ai découvert et appréciée. Des hommes qui vont vers l’avant et qui ne cessent jamais de travailler pour faire toujours mieux. Des hommes qui ne considèrent rien comme acquis.

La relation à soi et aux autres
Les 298 pages du livre nous aident à comprendre pourquoi certains freins sont handicapants et nous invitent à les dépasser, tout du moins à les surmonter. Suivons-nous nos aspirations ou contentons nous de répondre à la norme ? Les pressions de notre environnement ne nous détournent-elles pas de nos envies ? Pouvons-nous nous en affranchir ? Quand un ouvrage m’interpelle, c’est qu’il soulève chez moi bien des questions, et c’est le cas ici. « Qui que nous soyons, avec notre chemin et nos aspirations, notre potentiel et nos handicaps, nous devrions au moins pouvoir nous dire une chose : « J’ai tout fait pour avoir une vie à la fois intéressante et utile. » » J’ai relevé ce passage à la fin du livre. Trop jeune pour pouvoir y répondre, elle me permet de l’appréhender.

« Il n’y a pas de performance et efficacité, de véritable capacité de décision et d’action sans la liberté d’abandonner ses convictions, de raisonner en dehors de tout ce que nous avons appris, de tout ce qui nous a conditionné à être ce que nous sommes. »

Se servir des expériences de chacun pour avancer
Si le médecin psychiatre est resté prudent vis-à-vis des attitudes à suivre et de ses visions subjectives, ses propos me parlent. Je réalise à travers ses expériences que j’ai déjà conscience de la plupart de ses témoignages.  J’ai par exemple pensé à la citation de Françoise Sagan, « quand on est mal parti, il faut essayer de continuer », lorsque j’ai lu ce passage sur les échecs : « un échec n’est un échec qu’à partir du moment ou l’on abandonne. Si l’on continu d’essayer, cela s’appelle une expérience, une preuve de persévérance, une étape pour atteindre le succès ». D’un caractère assez tenace, je ne peux qu’être en accord avec cet état d’esprit.

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L’ouverture comme tremplin
A plusieurs reprises, Bertrand Piccard met en avant tout le bénéfice qu’apporte le détachement et l’émancipation des jugements de notre entourage.  Avec cela, il pointe également le doigt sur toutes ces certitudes qui nous entourent. Il rejoint ma pensé lorsqu’il évoque la liberté ainsi : « la liberté, la vraie, ne consiste pas à pouvoir tout faire, mais à pouvoir tout penser. A penser dans toutes les directions et à tous les niveaux à la fois, sans restriction. »

– Si tu cherches la vérité, tu dois posséder une qualité plus essentielle que toutes les autres.
– Je sais. Une irrésistible passion pour la vérité.
– Non. La volonté d’admettre en tout temps que tu as peut-être tort.
Anthony de Mello, philosophe 

Hérétique : revendiquer le droit de choisir
De cette liberté évoquée par l’auteur découle la facilité à prendre en main son destin avec plus de conscience. L’éducation joue un rôle très important et à tout point de vue. Je suis entièrement d’accord avec le médecin psychiatre qui évoque le fait que notre éducation nous contraint à apprendre « quoi penser » plutôt que « comment penser ». Ayant eu des difficultés scolaire, ayant surtout eu des difficultés avec un système qui ne s’adapte pas aux élèves plus lents, mais pas moins intelligents, j’ai souffert du manque de concret dans mes apprentissages. En revanche, ma curiosité et mon sens critique m’aident à dépasser ces difficultés. « Les dogmes éducatifs, moraux et autres sont des boulets à traîner, des handicaps émotionnels pour la vie entière ». Vous comprendrez à présent pourquoi ces maux font écho aux miens.

« Il ne faut rien garder par habitude ou par automatisme, il ne faut rien conserver sans avoir au préalable envisagé de nous en débarrasser. »

La théorie et l’expérience
J’ai beaucoup appris en lisant la partie sur l’hypnose et la dissociation de soi, la notion de synchronicité, aussi appelée « coïncidence signifiante », la « métacommunication », la culture des différences,..etc. De nombreux passages du livre m’ont fait lever la tête et m’ont laissés songeuse. Je vais ici vous en présenter quelques-uns et finir en vous conseillant vivement cette lecture.

« Quelqu’un ne peut-être pleinement moral que s’il a eu l’occasion d’être immoral et qu’il a choisi sa voie. Tout le reste n’est que théorie bien pensant et bien intentionnée mais découplée de la réalité de la vie. »

« Il faut envisager de penser l’inverse de ce que l’on a appris à penser et à faire. »

« Les désaccords peuvent faire peur alors que les similitudes rassurent. »

« Il y a autant de réalités différentes que d’individus. »

« On communique véritablement quand on partage des expériences personnelles, pas quand on transmet des informations. »

« Tout ce que nous développons comme bonheur personne, familial, matériel, dépend de l’extérieur et sera tributaire des vents de la vie. Ils apparaîtront et disparaîtront au grès des rafales. Il n’y a que les qualités intérieurs de conscience, de bonté et de sagesse qui peuvent devenir permanentes et indépendantes des circonstances. Tout le reste peut nous être enlevé à n’importe quel moment. »

 

 

Le Petit Prince

Le Petit Prince, film d’animation adapté du célèbre livre de l’écrivain Antoine de Saint-Exupery, est dans les salles depuis le 29 juillet 2015. Le réalisateur Mark Osborne nous offre un décor lumineux et contrasté.

Dimanche 3 janvier 2016. J’ai une envie de film sur grand écran. Ce qu’il y a de pratique à vivre en face d’une salle de cinéma qui propose 4 films, c’est que le choix est vite fait. Je regarde les bandes annonces accompagnée d’un temps plombant qui m’invite à la chaleur ! Je me décide donc à aller voir « Le Petit Prince ».

Relation mère et fille
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Le début du film est consacré au rapport qu’entretiennent une mère et sa fille. La maman, souhaitant que son enfant intègre une prestigieuse école, fait travailler dur l’enfant au bandeau blanc. La discipline est stricte et ne laisse pas de place à l’improvisation. Ce qui coûtera à la fillette l’échec du premier passage d’examen. A s’être trop préparée à répondre à une question particulière, cette dernière restera muette face à une nouvelle (que serez-vous lorsque vous serez adulte?). Question pourtant affichée en grand dans un couloir lugubre où chacun attendait son tour.

La maman est bienveillante mais ne s’interroge pas sur les désirs de sa fille, persuadée qu’un prestigieux parcours la rendra heureuse. Elle décide alors de créer un « tableau de vie » où tout est organisé à la minute près. A l’aide d’une baguette, cette mère dicte ce que sa fille doit faire avec cette affirmation « tu deviendras une adulte exceptionnelle » . Qu’est-ce donc ?
Le tableau de vie est très significatif de ce que l’on peut dresser tout autour de nous pour parvenir à ce que nous souhaitons, et pour affirmer nos certitudes. C’est un avis personnel, bien entendu.
Une chose m’a intriguée chez cette femme, coiffée d’un chignon et doublée par la voix de Florence Foresti. Elle est impeccable sur elle et s’exprime très bien. En revanche, une mèche dépasse de sa coiffure parfaite. J’ai alors imaginé que cette mèche signifiait la rébellion d’un corps enfermé dans la rigueur. Une fois de plus, c’est une opinion qui m’est propre, mais ces cheveux ont suscité mon interrogation. Retenons que, contrairement aux autres « grandes personnes » du film, ce personnage est tout de même pétillant.

Un décor et un message
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Le décor est gris et carré. Les hommes et les femmes sont affairés derrière leur ordinateur, sans sourire, sans lumière. Les rues sont parallèles et perpendiculaires. Il n’y a pas de place pour des courbes et de l’aléatoire. Il n’y a pas de verdure, pas de fleurs, pas de couleurs. La chambre de la petite fille est également sans vie. Mark Osborne, le réalisateur, a sans doute souhaité marquer le contraste entre une vie sans fantaisie et une vie laissant de la place à l’incertitude.

En évoquant l’exploration, un voisin bien particulier va semer le trouble dans cet espace. Sa maison m’a fait pensé au film d’animation « La haut », de Pixar. Du désordre, des objets éparpillés, une nature indomptée. Ici, un vieil homme barbu est tout aussi dispersé que les biens de sa propriété. Il est fantasque, vif et curieux. La joie de vivre de Charles Trenet résonne dans son jardin, « boum, le monde entier fait boum. » Il est effectivement improbable qu’il prenne le thé avec des voisins aseptisés. L’esprit grégaire des adultes empêcherait-il ces derniers de passer les portes, alors qu’ils peuvent si facilement passer les frontières ?

Un aviateur et une fillette
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La petite fille reste une petite fille. Poussée par sa curiosité d’enfant, elle va être intriguée par un voisin qui ne ressemble pas aux adultes qu’elle a pour habitude de côtoyer. Alors qu’elle travaille sagement à son bureau, un avion en papier vient se poser sur son plan de travail. Elle le rejettera d’abord, puis s’intéressera à ce message. C’est de ce simple avion en papier que tout va commencer.

Si le cinéma et la littérature permettent d’illustrer nos utopies, ce film le fait tout aussi bien. Nous assistons souvent à des rencontres improbables à travers l’art. Que ce soit une question d’âge, d’origine ou de genre. La complémentarité de deux êtres complètement différents nous surprend toujours. Nous surprend, mais nous ravit également. C’est ce qui va se passer entre ces personnages que tout oppose. Chacun va alors apporter à l’autre ce dont il a besoin. Un peu d’ordre et de sérieux pour l’aviateur. Du lâcher prise et de l’amusement pour la fillette.
A l’image du petit prince et de son renard, la jeune fille va découvrir la joie de se lier à quelqu’un. Une joie certes dangereuse, mais essentielle et affirmée par de beaux aphorismes (dictés par le renard au sein du film) : « Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. » ou encore « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé. »

Une histoire et deux styles
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En évoquant la complémentarité des êtres, il y a la complémentarité des styles. Les images en stop motion accompagnant les images de synthèses apportent un rythme assez intéressant. On ne décroche pas. Les visages des personnages en infographie 3D sont apaisants et leurs discours me semblent être plus impactants qu’au sein d’une ambiance onirique. Beaucoup de douceur et une certaine lenteur apportent du poids aux propos. Je dis souvent que le voyage n’est pas que le fait de dépasser les barrages physiques, ce passage m’a par exemple particulièrement parlé :

« Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure. »

Un autre encore

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »


La possession et le partage
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Autre moment important. Celui de ce personnage, animé en volume, et doublé par Vincent Lindon. Ce dernier possède de nombreuses étoiles que le petit prince et l’aviateur recherchent. Le petit prince ne semble pas comprendre ce désir d’avoir. L’homme, lui, rigole de vive voix lorsqu’il voit le petit être blond étonné. Ce grand baraqué représenterait-il la quête du pouvoir ? Mais si l’aviateur amasse dans sa maison, quelle est la différence entre cet homme d’affaire souhaitant lui aussi amasser toutes les étoiles ? Le partage. L’un montre à l’autre et l’autre souhaite les laisser emprisonnées dans une cloche. Une cloche, comme celle qu’envoie le père de la petite chaque année pour son anniversaire. Un père absent du scénario.
Ce film a soulevé beaucoup de questions. Il y a celle du besoin de posséder, celle de nos relations à l’autre et du danger de s’attacher. L’amitié et les liens que l’on tisse avec le temps. Ce qui est essentiel dans la vie et ce qui l’est moins.

L’essentiel est invisible avec les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur
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Si le phrase « dessine moi un mouton » est très connue, il en est une autre également et c’est celle de cet intertitre. J’ai été bien longue pour exprimer les messages qui me semblent être importants. Il y a des films sans âme et il y a celui-là. Mon dimanche soir a été peuplé de questions. Des questions rhétoriques mais des questions quand même. Alors, pour ne pas perdre son âme d’enfant (message au cœur de ce film d’animation) tentons de nous montrer toujours ouvert aux autres et à leurs différences (classique n’est-ce pas, pourtant essentiel!).

Source des illustrations : http://bit.ly/1kHQEa9

Les petits plus :
La bande annonce
Le site officiel