Le Petit Prince

Le Petit Prince, film d’animation adapté du célèbre livre de l’écrivain Antoine de Saint-Exupery, est dans les salles depuis le 29 juillet 2015. Le réalisateur Mark Osborne nous offre un décor lumineux et contrasté.

Dimanche 3 janvier 2016. J’ai une envie de film sur grand écran. Ce qu’il y a de pratique à vivre en face d’une salle de cinéma qui propose 4 films, c’est que le choix est vite fait. Je regarde les bandes annonces accompagnée d’un temps plombant qui m’invite à la chaleur ! Je me décide donc à aller voir « Le Petit Prince ».

Relation mère et fille
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Le début du film est consacré au rapport qu’entretiennent une mère et sa fille. La maman, souhaitant que son enfant intègre une prestigieuse école, fait travailler dur l’enfant au bandeau blanc. La discipline est stricte et ne laisse pas de place à l’improvisation. Ce qui coûtera à la fillette l’échec du premier passage d’examen. A s’être trop préparée à répondre à une question particulière, cette dernière restera muette face à une nouvelle (que serez-vous lorsque vous serez adulte?). Question pourtant affichée en grand dans un couloir lugubre où chacun attendait son tour.

La maman est bienveillante mais ne s’interroge pas sur les désirs de sa fille, persuadée qu’un prestigieux parcours la rendra heureuse. Elle décide alors de créer un « tableau de vie » où tout est organisé à la minute près. A l’aide d’une baguette, cette mère dicte ce que sa fille doit faire avec cette affirmation « tu deviendras une adulte exceptionnelle » . Qu’est-ce donc ?
Le tableau de vie est très significatif de ce que l’on peut dresser tout autour de nous pour parvenir à ce que nous souhaitons, et pour affirmer nos certitudes. C’est un avis personnel, bien entendu.
Une chose m’a intriguée chez cette femme, coiffée d’un chignon et doublée par la voix de Florence Foresti. Elle est impeccable sur elle et s’exprime très bien. En revanche, une mèche dépasse de sa coiffure parfaite. J’ai alors imaginé que cette mèche signifiait la rébellion d’un corps enfermé dans la rigueur. Une fois de plus, c’est une opinion qui m’est propre, mais ces cheveux ont suscité mon interrogation. Retenons que, contrairement aux autres « grandes personnes » du film, ce personnage est tout de même pétillant.

Un décor et un message
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Le décor est gris et carré. Les hommes et les femmes sont affairés derrière leur ordinateur, sans sourire, sans lumière. Les rues sont parallèles et perpendiculaires. Il n’y a pas de place pour des courbes et de l’aléatoire. Il n’y a pas de verdure, pas de fleurs, pas de couleurs. La chambre de la petite fille est également sans vie. Mark Osborne, le réalisateur, a sans doute souhaité marquer le contraste entre une vie sans fantaisie et une vie laissant de la place à l’incertitude.

En évoquant l’exploration, un voisin bien particulier va semer le trouble dans cet espace. Sa maison m’a fait pensé au film d’animation « La haut », de Pixar. Du désordre, des objets éparpillés, une nature indomptée. Ici, un vieil homme barbu est tout aussi dispersé que les biens de sa propriété. Il est fantasque, vif et curieux. La joie de vivre de Charles Trenet résonne dans son jardin, « boum, le monde entier fait boum. » Il est effectivement improbable qu’il prenne le thé avec des voisins aseptisés. L’esprit grégaire des adultes empêcherait-il ces derniers de passer les portes, alors qu’ils peuvent si facilement passer les frontières ?

Un aviateur et une fillette
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La petite fille reste une petite fille. Poussée par sa curiosité d’enfant, elle va être intriguée par un voisin qui ne ressemble pas aux adultes qu’elle a pour habitude de côtoyer. Alors qu’elle travaille sagement à son bureau, un avion en papier vient se poser sur son plan de travail. Elle le rejettera d’abord, puis s’intéressera à ce message. C’est de ce simple avion en papier que tout va commencer.

Si le cinéma et la littérature permettent d’illustrer nos utopies, ce film le fait tout aussi bien. Nous assistons souvent à des rencontres improbables à travers l’art. Que ce soit une question d’âge, d’origine ou de genre. La complémentarité de deux êtres complètement différents nous surprend toujours. Nous surprend, mais nous ravit également. C’est ce qui va se passer entre ces personnages que tout oppose. Chacun va alors apporter à l’autre ce dont il a besoin. Un peu d’ordre et de sérieux pour l’aviateur. Du lâcher prise et de l’amusement pour la fillette.
A l’image du petit prince et de son renard, la jeune fille va découvrir la joie de se lier à quelqu’un. Une joie certes dangereuse, mais essentielle et affirmée par de beaux aphorismes (dictés par le renard au sein du film) : « Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. » ou encore « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé. »

Une histoire et deux styles
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En évoquant la complémentarité des êtres, il y a la complémentarité des styles. Les images en stop motion accompagnant les images de synthèses apportent un rythme assez intéressant. On ne décroche pas. Les visages des personnages en infographie 3D sont apaisants et leurs discours me semblent être plus impactants qu’au sein d’une ambiance onirique. Beaucoup de douceur et une certaine lenteur apportent du poids aux propos. Je dis souvent que le voyage n’est pas que le fait de dépasser les barrages physiques, ce passage m’a par exemple particulièrement parlé :

« Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure. »

Un autre encore

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »


La possession et le partage
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Autre moment important. Celui de ce personnage, animé en volume, et doublé par Vincent Lindon. Ce dernier possède de nombreuses étoiles que le petit prince et l’aviateur recherchent. Le petit prince ne semble pas comprendre ce désir d’avoir. L’homme, lui, rigole de vive voix lorsqu’il voit le petit être blond étonné. Ce grand baraqué représenterait-il la quête du pouvoir ? Mais si l’aviateur amasse dans sa maison, quelle est la différence entre cet homme d’affaire souhaitant lui aussi amasser toutes les étoiles ? Le partage. L’un montre à l’autre et l’autre souhaite les laisser emprisonnées dans une cloche. Une cloche, comme celle qu’envoie le père de la petite chaque année pour son anniversaire. Un père absent du scénario.
Ce film a soulevé beaucoup de questions. Il y a celle du besoin de posséder, celle de nos relations à l’autre et du danger de s’attacher. L’amitié et les liens que l’on tisse avec le temps. Ce qui est essentiel dans la vie et ce qui l’est moins.

L’essentiel est invisible avec les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur
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Si le phrase « dessine moi un mouton » est très connue, il en est une autre également et c’est celle de cet intertitre. J’ai été bien longue pour exprimer les messages qui me semblent être importants. Il y a des films sans âme et il y a celui-là. Mon dimanche soir a été peuplé de questions. Des questions rhétoriques mais des questions quand même. Alors, pour ne pas perdre son âme d’enfant (message au cœur de ce film d’animation) tentons de nous montrer toujours ouvert aux autres et à leurs différences (classique n’est-ce pas, pourtant essentiel!).

Source des illustrations : http://bit.ly/1kHQEa9

Les petits plus :
La bande annonce
Le site officiel

La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort

« Aujourd’hui, dans la nuit du monde et dans l’espérance de la Bonne Nouvelle, j’affirme avec audace ma foi dans l’avenir de l’humanité.

Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent les hommes incapables de faire une terre meilleure. Je refuse de croire que l’être humain ne soit qu’un fétu de paille ballotté par le courant de la vie, sans avoir la possibilité d’influencer en quoi que ce soit le cours des événements. Je refuse de partager l’avis de ceux qui prétendent que l’homme est à ce point captif de la nuit sans étoile du racisme et de la guerre, que l’aurore radieuse de la paix et de la fraternité ne pourra jamais devenir une réalité. Je refuse de faire mienne la prédiction cynique que les peuples descendront l’un après l’autre dans le tourbillon du militarisme vers l’enfer de la destruction.

Je crois que la vérité et l’amour sans conditions auront le dernier mot effectivement. La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort.
J’ose croire qu’un jour tous les habitants de la terre pourront recevoir trois repas par jour pour la vie de leur corps, l’éducation et la culture pour la santé de leur esprit, l’égalité et la liberté pour la vie de leur cœur. Je crois également qu’un jour, toute l’humanité reconnaîtra en Dieu la source de son amour. Je crois que la bonté salvatrice et pacifique deviendra un jour la loi. Le loup et l’agneau pourront se reposer ensemble, chaque homme pourra s’asseoir sous son figuier, dans sa vigne, et personne n’aura plus raison d’avoir peur.

Je crois fermement que nous l’emporterons. Amen. »

Martin Luther King, pasteur baptiste noir américain, assassiné en 1968.

Je ne suis pas celle que je suis

Cet été, je redécouvre une lecture passée. C’est en rangeant des affaires chez mes parents que je me suis penchée sur des livres, au fond d’un carton. J’ai survolé des couvertures et je me suis arrêtée sur l’une d’elles : Je ne suis pas celle que je suis, de Chahdortt Djavann. Je ne me souvenais absolument plus de l’histoire, mais il me revenait à l’esprit le plaisir que j’avais eu à le lire. Étrange.

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Je me suis alors replongée dans ces pages. Ici, la narratrice met en parallèle deux histoires de femmes avec un même prénom : Donya. Il y a la Donya qui suit une psychanalyse à Paris, tentant de comprendre son passé en Iran. Et il y a l’autre Donya, qui vit à Bandar Abbas. Cette dernière est étudiante et souffre de devoir se cacher sous un voile. Elle souffre de cette privation de liberté. De devoir ramper, le soir, pour rejoindre son petit-ami. Elle cherche alors des plans d’émancipation, des plans de liberté. Mais c’est une femme entière, et épouser un homme pour quitter son pays, elle n’y arrive pas. J’aime beaucoup le profil de cette dernière. Entière. J’ai partagé son histoire d’amour, la souffrance de son amant assistant à son éloignement. Ce passage, page 225, m’a particulièrement touché :

« Que dire, lorsque la passion, le désir qui vous enflammaient corps et âme à la vue, à la seule pensée de votre amant, se sont éteints à jamais, cédant la place à la tendresse ? Que dire lorsque l’autre brûle encore de désir et, pour cela même, vous hait de l’abandonner ? »

Bien qu’il y ait une impossibilité de passer de l’amour à la haine après des étreintes et des sentiments, il y a une souffrance telle qu’on ne peut s’empêcher de prendre ses distances. Distances amères. Finalement, ces deux-là réussiront à se parler et à entrevoir un avenir sous le signe d’une complicité amicale.

À l’heure où j’écris ces quelques mots, je n’ai pas terminé ma lecture. Ma relecture. En revanche, je peux déjà écrire que c’est un réel plaisir. On devient vite dépendant de ces deux histoires. Certes, je suis déroutée et parfois exaspérée par les problèmes psychiques de la Donya parisienne. Si inconstante, changeante, voir même schizophrène. Elle l’est, d’ailleurs, schizophrène. Enfin je crois, le diagnostic n’est pas posé. Je suis aussi fortement agacée par l’attitude du psychanalyste. Si froid, si distant, ne disant pas un mot. Il parait que c’est le principe. Vous êtes là, assis, et vous parlez. Je peux comprendre qu’au fil des séances elle devienne encore plus perturbée. Il ne lui dit rien. C’est un mur. Comment peut-on guérir sans échange ? J’assiste au désarroi du personnage et ça me met mal à l’aise. Je poursuis tout de même cette lecture. Espérant qu’une s’y retrouve dans ses séances et se guérisse de ses maux qui l’encombrent. Et que l’autre s’émancipe, vive sa vie de femme.

« Face aux archipels du passé, solides et insubmersibles, le présent incertain et précaire perd toute consistance. Le réel ne résiste pas aux reflux de la mémoire. Il faut arriver à un âge mûr pour admettre que rien n’est plus insaisissable que l’existence du présent »

L’une des critiques que j’ai pu consulter évoque le « dérangement ». Je suis plutôt d’accord. Entre les méandres de la jeunesse d’une Iranienne et une réflexion sur le bien-fondé d’une psychothérapie, ces Donya suscitent ma curiosité et il est difficile de fermer le livre. « À 40 ans passés, ce livre est une tentative de vie, comme on fait une tentative de suicide ». Dès le départ, la narratrice nous interpelle. Faire une tentative de vie, est-ce tenter de retrouver goût aux choses simples que le quotidien nous offre ?

Épilogue de Chahdortt Djavann

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Certains demanderont pourquoi ce livre et pourquoi maintenant. Effectivement, j’aurais pu attendre mes quatre-vingts ans et mes cheveux blancs pour aborder des sujets si délicats. Mais voyez-vous, j’ai vécu, si je puis dire, une vie bien plus âgé que mon âge. À quatorze ans, j’avais l’âge de mon grand-père ! L’âge de sa mort. Je pourrais faire mien les vers de Baudelaire : « J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans. »

Rien n’était moins probable qu’un exil en France, rien ne me destinait à une vie française. Dans mes fantasmes des après-midi moites d’été, à Téhéran, adolescent, lorsque je lisais les sagas d’Alexandre Dumas, les romans de Victor Hugo, de Balzac, de Tolstoi, de Dostoievski ou de Dickens traduit en persan, un élan de folie, nourri par des heures de lecture, m’emportait : un jour moi aussi je serai écrivain et mes livres seraient traduits et lus dans des pays étrangers. Même dans mes rêves les plus osés, j’étais à mille lieues de m’imaginer écrivain de langue française. La vie et le hasard en ont décidé ainsi. Moi, je n’ai fait que me laisser guider par l’instinct. Je me souviendrai toujours de la nuit où, en 1993, à peine arrivée à Paris, sur le Pont-Neuf, enthousiaste, je m’écriai en persan : « je serai écrivain en français. » « Apprends déjà à parler ; pour les livres, on verra après », répliqua du tac au tac ma voix intérieur, toujours un peu moqueuse.

Ce livre est le premier volume d’une histoire à suivre. Pour l’amour du ciel, qu’on ne vienne pas me demander si cette histoire est la mienne, si tel ou tel épisode a vraiment eu lieu, si j’ai vécu telle ou telle expérience, si le livre est, finalement, autobiographique.

Je ne crois pas à l’autobiographie. Nul ne se voit comme il voit les autres et comme les autres le décrivent et le jugent. En outre, la vérité de la fiction n’est pas celle de la réalité. Flaubert n’était pas plus Madame Bovary que Tolstoi n’était Anna Karénine, mais la phrase de Flaubert « Madame Bovary, c’est moi », possède sa vérité, même irréelle.

Je suis mon personnage et je ne le suis pas. Je ne pourrais être mon héroïne, même si je le désirais, car elle existe dans votre imaginaire, alors que moi, écrivain, j’existe ici-bas, sur terre, parmi vous. Je serai morte depuis longtemps qu’elle sera toujours jeune, toujours là, entre les pages, à rêver son avenir.

Je confesse cependant que certaines de ces expériences me sont familières, mais vous me reconnaîtrez le droit de ne pas dire lesquelles.

Je vous remercie tous.

Imad MKDM : blog coup de coeur


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« Je suis profondément convaincu que ces choses qui nous lient naissent dans la question et, plutôt que de mourir, s’accomplissent dans la réponse.

Je ne conçois pas un monde viable, répondant à des lois physiques, à des besoins biologiques et à beaucoup d’autres axiomes inconnus, où une espèce telle que la nôtre ne partage pas cette humanité, cette force.

Mais pour la retrouver, il faut se poser des questions, il faut interroger le monde qui nous entoure, celui que nous bâtissons chaque jour d’avantage. Quelle sera le visage du monde de demain ? Quels atouts lui donnera-t-on ?…etc.

Ces réponses se trouvent en chacun de vous, dans votre part d’humanité. Mais il ne faut pas que ces dernières vous empêchent de vous en poser d’autres.

Questionnez le monde, questionnez vos réponses ; questionnez-vous et je suis persuadé que vous ferez de vous-même quelque chose de plus grand que vous ne pouvez l’imaginer. »

Je rentre dans le vif du sujet avec un article d’une jeune plume souhaitant restée anonyme. Un camarade de mon école, avec qui j’échange depuis quelques semaines, m’a envoyé le lien de ce blog : Imad MKDM. J’ai particulièrement aimé son expression, sa finesse. La manière dont il exploite les questions et les réponses. La manière dont il questionne le monde. Ce jeune homme n’est pas un codeur, mais un littéraire. C’est dès le début qu’il l’impose : « Ma science à moi, c’est l’encre, le papier ; c’est la littérature et la poésie« .

Toute question ne mérite pas de réponse
Avançons-nous avec plus de questions que de réponses ? Il évoque cette problématique au sein d’une partie « la petite histoire ». Un jeune garçon rétorque à un vieil homme ‘’Oh ! non, répondit le gamin, mais je n’échangerai jamais une question contre une réponse !’’

N’a-t-il pas raison ? Ce jeune homme justifie sa position avec cette réflexion : « Eh bien, pour moi, une réponse est un fragment de réalité, c’est un point de vue sur une réalité, et la réalité est en perpétuel changement… Elle dépend non seulement de qui la ressent mais aussi de son contexte. Une question, elle, évolue avec le temps, avec cette même réalité que l’on cherche à interroger… En fait, je pense que la valeur d’une réponse se perd avec le temps qui passe… Une réponse n’est vite plus à même de refléter la réalité… Pourquoi collectionner quelque chose qui perdra de toute façon de sa valeur avec le temps ?’’

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Je suis heureuse de découvrir ce blog et ses auteurs ! De jeunes gens curieux avec l’engouement pour la nouveauté et la rencontre. Bonne lecture !

Comment rater sa vie amoureuse ?


“L’amour meurtrier. L’amour infâme. L’amour funeste. Amour. Amour. Unique vie en ce monde.” Anne Hébert

Pas très enjoué ce titre de chronique signée France Inter. Ici, le journaliste Ali Rebeihi évoque auprès d’invités comme Bruno Humbeeck et Saverio Tomasella les clés pour réussir une vie amoureuse. En outre, l’inverse de ce qui est annoncé. Si l’intitulé est au négatif, c’est parce-qu’ils tentent d’exposer pourquoi la cherche d’une personne est parfois compliquée. La recherche, mais aussi la vie de couple.

Photographe : Steve Mc Curry

Photographe : Steve Mc Curry

Pourquoi est-ce difficile de trouver quelqu’un à l’heure où internet incite à la rencontre et au changement ? Pourquoi ça fait mal d’être seul(e), mais aussi d’être en couple ? Pourquoi tant d’auteurs en parlent (comme Fabienne Kraemer avec « solo no solo » ou encore Pascal Bruckner avec « le paradoxe de l’amour« , etc.) ? Pourquoi avons-nous peur de l’engagement ? Pourquoi sommes-nous si exigeants ? Pourquoi l’adultère ? Pourquoi supportons-nous des situations « amoureuses » difficiles ? Pourquoi la servitude en amour ? Pourquoi tant de questions et d’incertitudes ?

Photographe : Steve Mc Curry

Photographe : Steve Mc Curry

Les journalistes et invités s’interrogent et explorent la thématique de l’amour. Thématique qui nous intriguera et nous animera toujours.

>> Cliquez sur l’image pour écouter l’émission

Citations de Stig Dagerman

Ce qui est beau, dans notre quotidien, c’est d’apprendre de nouvelles choses ! Choses qui nous parlent et choses qui nous portent ! Aujourd’hui, j’en ai fais une. J’ai découvert Stig Dagerman, journaliste libertaire suédois, née en 1923 et mort en 1954.

J’ai passé ma première matinée à Paris au sein de la Bibliothèque François Mitterrand, dans le 13ème arrondissement. J’y ai passé la matinée pour préparer ma soutenance de mémoire. En fait, j’ai surtout écrit pour mon blog. J’ai profité de la climatisation et c’est le froid qui m’a fait quitter une pièce, somptueuse, où le calme régnait. Je me suis alors dirigée vers la librairie. Deux cartes postales ont attirées mon attention.

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En caisse, j’effectue deux autres achats : « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » de Stig Dagerman et « de l’essence du rire » de Baudelaire.

StigJ’ai terminé S.Dagerman et survolé C.Baudelaire (son ouvrage ne me ravit pas et j’en écrirai quelques mots plus tard). Concernant le texte édité par Actes Sud, c’est une très bonne surprise. Cet auteur était très perturbé par la finitude des choses, par la mort. Il expose, dans cet écrit trouvé en 1981, la difficulté de vivre sans comprendre le sens et la valeur du temps. Je vais ici mettre en exergue des passages que j’ai aimé, en espérant susciter la curiosité :

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« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. »

« Je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier (…) et comme je sais que la consolation ne dure que le temps d’un souffle de vent dans la cime d’un arbre, je me dépêche de m’emparer de ma victime. »

« Je vois ma vie menacée par deux périls : d’un côté par les bouches avides de la gourmandise, de l’autre par l’amertume de l’avarice qui se nourrit d’elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l’orgie et l’ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. »

« Lorsque mon désespoir me dit : perds confiance, car chaque jour n’est qu’une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : espère, car chaque nuit n’est qu’une trêve entre deux jours. »

« Mais l’humanité n’a que faire d’une consolation en forme de mot d’esprit : elle a besoin d’une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c’est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu’il y parvient. »

« La vie n’est pas un problème qui puisse être résolu en divisant la lumière par l’obscurité et les jours par les nuits, c’est un voyage imprévisible entre des lieux qui n’existent pas. »

« Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroitre mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites. »

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« La liberté commence par l’esclavage et la souveraineté par la dépendance.»

« Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l’indépendance. »

« On dirait que j’ai besoin de l’indépendance, pour pouvoir finalement connaître la consolation d’être un homme libre, et c’est certainement vrai. »

« Et il me semble comprendre que le suicide est la seule preuve de la liberté humaine. »

« Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome. »

« Au fond, le temps est un instrument de mesure sans valeur (…) tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule complètement en dehors du temps. »

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« Une vie humaine n’est pas non plus une performance, mais quelque chose qui grandit et cherche à atteindre la perfection. Et ce qui est parfait n’accomplit pas de performance : ce qui est parfait œuvre en état de repos. »

« Ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n’aurai plus que mon silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant. »

« Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu’une consolation et plus grande qu’une philosophie, c’est-à-dire une raison de vivre.»

Reportage : ce que mes gènes disent de moi


La science et la conscience 

« Ce que mes gênes disent de moi ». Ce reportage diffusé sur Arte cette semaine nous invite à comprendre d’où viennent nos traits de caractère. La réalisation est signée Lone Franck, journaliste scientifique danoise. Cette femme intrigue. Tout en elle exprime le malaise. On sent chez elle une profonde mélancolie. Cette tristesse est d’ailleurs à l’origine de sa démarche. Celle de comprendre d’où viennent nos névroses. Quelles sont leurs origines. Ainsi, cette neurologue va à la rencontre de nombreux experts à travers le monde qui tentent d’élucider le mystère de notre personnalité. Tous les enfants battus deviennent-ils dangereux ? Tous les enfants choyés deviennent-ils bienveillants ?

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Le regard : essence de nos vies
J’ai un réel coup de cœur pour ce reportage. La qualité de l’image, les plans, le mouvement. J’ai l’impression d’être aux côtés de cette femme et aimerais partager ses interrogations. C’est sans complexe qu’elle dit voir uniquement le négatif et ne pas aimer le monde. Si Lone m’est familière, c’est parce-que j’ai déjà vécu ce genre de période ou les hommes me semblaient être uniquement mauvais et destructeurs. Sans chercher à voir et à connaître ceux qui œuvrent pour aider les autres, les accompagner, les soigner, les cultiver, les faire grandir. Si Alexandre Jollien (que j’aime beaucoup) ne croit pas au bonheur, moi oui. Je pense, en revanche, qu’acquérir la force d’ignorer les mauvaises ondes pour se concentrer sur les bonnes et rester positif en toute situation est très difficile.

Certaines personnes y arrivent, non sans mal. Depuis quelques mois, sans prétendre avoir « changé », je me sens soulagée d’un poids. Quelques séances chez une sophrologue au bord de la mer et un voyage en Inde m’ont apaisée. Les choses que je savais, j’ai enfin pu les mettre en pratique. À 25 ans il était temps. Je comprends Lone Franck, je comprends ses interrogations. Pourquoi allons-nous parfois mal alors que nous possédons bien plus que nos ancêtres ? Pourquoi des hommes sont bons et d’autres si mauvais ? Si ces questions peuvent sembler légères, des scientifiques se les posent également. À l’image de James H.Fallon, que Lone Franck a rencontré. J’ai vraiment aimé assister à leur rencontre. Ce neurologue semble doué d’un humour incroyable. À ses côtés j’entrevois le sourire de la réalisatrice. J’aurais aimé être avec eux, dans ce cadre magnifique d’Albany du nord (USA).

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Je me fais la réflexion, en regardant le regard lumineux de Lone Franck, qu’elle n’a peut-être pas fait les bonnes rencontres dans sa vie. Car tout est une question de rencontre et d’acceptation. D’ailleurs, l’un des experts le formule très clairement. Le jour où nous considérons nos forces et nos faiblesses et que nous les acceptons sans jalouser l’autre, nous sommes guéris d’un poids considérable. Je pense que c’est aussi cela qui m’a aidé ces derniers mois. Il y a certains traits que j’accepte, alors qu’avant je pouvais me mentir. Aujourd’hui je m’impose mieux. J’expose mes défauts et mes difficultés sans problème, non sans honte, mais sans problème. Un exemple : je fais beaucoup de fautes d’orthographes. Je ne comprends pas vraiment pourquoi car je lis et écris beaucoup, mais j’en fais. Un mélange de mauvaise mémoire ou d’étourderie me fait oublier les règles les plus élémentaires. Avant, je n’aurais jamais écrit ça. Ce qui est dure dans l’acceptabilité est la fatalité qui peut en résulter. Pour les fautes, non bien sûr. Pour d’autres facteurs, il n’y a pas d’issue et c’est aussi cela qu’il faut accepter.

« Dans la balance de la destinée, le muscle ne pèse jamais autant que le cerveau ». James Russel Lowell

Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgée des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ?

Tous les entretiens furent passionnants. J’ai ici relevé un passage de l’un d’entre eux. Jay Belsky, un psychologue américain, va à l’encontre de certains prérequis justifiant nos caractères.

« Un des problèmes lié à l’étude du développement enfant et humain est que nous sommes trop restés influencés par les lumières. Nous sommes devenu des idéalistes romantiques qui pensons que les humains sont des êtes perfectibles. Qu’il suffit d’aimer ses enfants, de s’en occuper et de les stimuler pour instaurer la paix sur terre. Un biologiste évolutionniste vous le dira, ça n’a pas de sens. Il ne faut pas avoir une vision romantique du développement car l’objectif des êtres vivants est de se reproduire et de transmettre leurs gènes. Comment les expériences nous façonnent ? Ça c’est un mystère bien plus important mais bien plus compliqué à analyser. Le fait est que nos premières expériences nous construisent, que ce soit lors des 5 premières secondes, des 5 premiers mois ou des 5 premières années de notre vie. Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgé des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ? Car si les vents tournent, ils tombent tous à l’eau et c’est la fin. J’en ai déduis qu’on devrait étudier une variabilité de la sensibilité aux influences environnementales. J’ai supposé que cette variabilité était plus ou moins innée… »

Sans titre

J’aurai pu continuer longtemps à relever ses propos. L’inné et l’acquis sont ici évoqués. Sans être scientifique, c’est une logique imparable. Qui n’a jamais connu une personne née d’un milieu favorisé et ne réussissant (ou ne souhaitant) pas à réussir comme ses parents ? Qui n’a jamais connu une personne venant d’un milieu défavorisé faire de longues études et s’élever socialement ? Nous avons tous pu l’observer. Me concernant, dans les deux cas je prends plaisir à constater que nos chemins ne sont pas tout tracés. Bien sûr, en règle générale, je constate que « les chiens ne font pas des chats ». C’est très simple mais c’est un constat. Je l’ai observé chez les autres et dans ma propre famille. Ma maman est juriste et mes deux sœurs ont fait de longues études de droit. Mon parcours scolaire fut compliqué, mais ma famille m’a toujours soutenue et je crois que sans eux je ne serai pas allée au bout de ces 5 années d’études. Une pression m’a quelque peu incitée à ne pas être loin derrière ces deux sœurs que j’adule.

Parlons lecture. À la maison il y en a toujours eu. J’aimais regarder les livres de mes parents. Je constate aujourd’hui que mes sœurs et moi-même aimons la lecture et l’écriture. Bien sûr, et à mon plus grand enchantement, l’accès aux études a été facilité pour tous et beaucoup de gens ont pu s’élever d’un milieu dans lequel ils ne se sentaient pas à l’aise. Je ne formulerai pas l’expression « sortir de son milieu » car je pense qu’on n’en sort pas vraiment. Il nous appartiendra toujours. Il sera toujours là et nous y avons évolué. On évolue, on côtoie et on appréhende une nouvelle sphère, mais on ne peut pas vraiment s’émanciper d’un contexte social.

Les faits sont-ils justifiables ?
Pouvons-nous justifier tous nos actes ? Nous aimerions parfois le faire pour nous dédouaner de nos fautes. À contrario, on s’enorgueillira de nos succès pour des causes plus louables. S’il est possible de le faire, il est aussi bénéfique d’accepter la fatalité de nos agissements. Parfois j’agis mal alors que je pense être quelqu’un de bien, mais je ne l’explique pas vraiment. La science a beau avoir fait d’énorme progrès, elle ne pourra jamais tout expliquer. L’un des experts (James H.Fallon) le prouve lorsqu’il fait l’étude de scanners. Les psychopathes ont un IRM différents des gens dit « normaux ». Il en étudie énormément et le constat est bien souvent le même. Un jour, alors qu’il étudiait l’un d’entre eux, il conclut que la personne est dérangée. En fait, il s’agissait de son propre scanner. C’est avec beaucoup d’humour qu’il l’a pris. Ce qui est intéressant et qui est exposé dans ce film, c’est de constater qu’il y a eu beaucoup de meurtriers dans sa famille. Lui et ses frères n’en sont pas. James H. Fallon le justifie par l’amour familial important, un encadrement et une bienveillance qui les a protégé de ces pulsions meurtrières. Sans cela, il concède qu’il aurait été possible qu’il agisse mal.

En outre, bien qu’un encadrement familial ne justifie pas tout et que bon nombre de personnes ont eu un parcours complètement différent de celui de leurs parents, l’amour et la bienveillance soulagerons toujours nos maux. Sans pour autant atténuer les expériences que la vie nous impose.

Après ces quelques lignes, place au reportage :

Rien ne vaut la peine d’être vécu qui n’est pas d’abord une oeuvre d’imagination

Lors de mes nombreuses pérégrinations sur le web je fais de belles découvertes. Celles de personnalités, comme aujourd’hui Vladimir Pozner dans 28 minutes (Arte), et celles d’émissions, comme cette semaine « Le Divan de Marc-Olivier Fogiel » avec pour invité Alexandre Jollien. J’ai toujours été admirative de son parcours. De sa détermination. D’un sourire dont on se demande si ce n’est pas un rictus lié au handicape ou à la joie d’être là.
Il y a aussi, lors de mes curiosités, la satisfaction de lire des auteurs qui me parlent. Des citations et des passages qui m’apaisent. Comme celui-ci. Il s’agit du passage d’un livre.

Rien ne vaut la peine d’être vécu qui n’est pas d’abord une oeuvre d’imagination, ou alors la mer ne serait plus que de l’eau salée… Tiens, moi, par exemple, depuis cinquante ans, je n’ai jamais cessé d’inventer ma femme. Je ne l’ai même pas laissée vieillir. Elle doit être bourrée de défauts que j’ai transformés en qualités. Et moi, je suis à ses yeux un homme extraordinaire. Elle n’a jamais cessé de m’inventer, elle aussi. En cinquante ans de vie commune, on apprend vraiment à ne pas se voir, à s’inventer et à se réinventer à chaque jour qui passe. Bien sûr, il faut toujours prendre les choses telles qu’elles sont. Mais c’est pour mieux leur tordre le cou. La civilisation n’est d’ailleurs qu’une façon continue de tordre le cou aux choses telles qu’elles sont

« Les cerfs-volants » de Romain Gary

Cela m’inspire également une citation que j’aime beaucoup :

[…] et n’oublie pas ceci : c’est que souvent l’amour meurt parce qu’on ne fait pas, pour le conserver, tout ce qu’on avait fait pour l’inspirer.
Alfred de Musset