Face à la mer : l’histoire vraie d’une femme à contre-courant

Inspiré d’une histoire vraie et d’un roman de Glen Stout, le film « Young woman in the sea » (nom dans sa version officielle) est réalisé par Joachim Rønning. Il retrace le parcours de la première femme à avoir traversé la manche à la nage, en 1926. Grâce au soutien sans faille de sa famille, et à contre-courant d’une société patriarcale, Gertrude Ederle (de son vrai prénom), accomplira la prouesse de traverser une mer de 33 kilomètres, en seulement 14 heures.

En quête d’un divertissement du dimanche, je découvre l’affiche de cette production Disney, sortie en mai 2024. Je m’arrête sur le visage d’une femme, dont je lis toute la détermination. Le regard est grave et la couleur rouge du bonnet donne le ton sur le tempérament de l’athlète en devenir. Férue d’eau et de nage, mon choix est donc fait.


Incarnée par Daisy Ridly, je découvre la porteuse du rôle, qui oscille entre le charme d’une Emma Watson et le sourire d’une Keira Knightley. Sa sœur, interprétée par l’actrice australienne Tilda Cobham-Hervey, a également les traits de Daisy Ridly. Une ressemblance troublante qui nous plonge tout de go dans cette histoire, qui mêle tendresse et courage. J’ai aimé découvrir un père au grand cœur et son clan de femmes soudées.

Le début est sombre, car nous découvrons une petite fille mourante des suites d’une rubéole. Alors que les médecins annoncent une fin imminente, le son de ses pas se fera entendre dans l’escalier. Cette future championne remportera sa première victoire : celle contre la maladie.

Des personnalités attachantes
La qualité de ce film est en partie liée à ses personnalités, de constitution enthousiaste et affirmée. Chaque profil est différent et fait sens dans la réussite de cette nageuse.

Au départ, il y a la mère. Elle va se battre pour que sa fille suive des cours de natation en cachette, car il n’était pas de bon ordre pour une femme d’apprendre les rudiments de ce sport.
Il y a ensuite cette sœur, qui elle aussi nagera et qui soutiendra sa cadette. Petites, les deux complices allaient au cinéma et découvraient sur grand écran les traversées de la manche. C’est à ces instants que Trude rêvera, elle aussi, de pouvoir un jour réaliser ce challenge.

Puis il y a la maitre nageuse, qui ne cessera de crier (même seule plus tard en écoutant à la radio les exploits de son élève) « pousse sur les pieds, pousse sur les pieds ».

S’il y en a plusieurs, Bill Burgess, interprété par Stephen Graham, détonera par sa personnalité très extravagante et par son souhait d’aider Trude à concrétiser son rêve, que lui aussi a déjà réalisé.  

La réussite de Trude Ederle est constituée d’un ensemble de personnes l’encourageant, la soutenant, l’aidant sans cesse à relever les défis. Et si au départ le père ne souhaitait pas que sa fille s’adonne à la natation, nous sommes touchés quand ce dernier cède face au souhait de la mère. On le comprendra, quand cette dernière expliquera un jour à sa fille avoir perdu sa sœur, âgée de 7 ans, de noyade. On peine à réaliser qu’à une époque une fille ne pouvait pas apprendre à nager. Le chef de famille est, pour le début du 20ème siècle, en avance sur son temps, car c’est lui qui lui apprendra et l’aidera à accéder au cours, dans une piscine clandestine.

Défier les hommes avant la mer
Le succès de cette championne est aussi celui du combat contre des hommes souhaitant la voir échouer. Si les photos d’archives les montrent assister à ses départs en eau, nombre sont ceux qui ont tenté de lui dissuader de nager. L’un de ses entraineurs ira même jusqu’à empoisonner son thé lors d’une de ses traversées, ou encore à lui dire de nager uniquement la brasse.

Le film montre bien qu’il est impossible, dans l’esprit de certains hommes, qu’une femme réalise un tel exploit. D’autant se serviront de sa Rubéole, lui préconisant de ne pas nager sous réserve de devenir sourde (ce qui sera en effet le cas). Persévérante et déterminée (que le regard de Daisy Ridly revêt tellement bien), Gertrude gagnera donc bien d’autres combats avant d’affronter le tumulte de la mer.

Il est aussi question des impératifs financiers et du rôle de l’Association Américaine de Natation Féminine, dont elle perdra le soutien lors des premières tentatives inachevées (et pourtant liées aux vicissitudes d’un entraineur véreux). Avant la performance sportive, il fallait batailler pour pratiquer régulièrement, trouver un bon entraineur et les équipes nécessaires pour mener à bien la traversée.

Participation aux JO de 1924
Au début du siècle dernier, les Jeux Olympiques étaient principalement réservés aux hommes. C’est à Paris, en 1924, que cette femme marquera les esprits. À cette époque, il n’y avait que 135 athlètes femmes contre 2 954 hommes. Aussi, des filets étaient bien souvent mis dans les jambes de ces sportives. Le film le montre bien, lorsque les femmes sont interdites d’entrainement sur le bateau les menant en France. Elles doivent rester dans leur chambre, quand les hommes passent leurs journées à parfaire leur musculature. Même si elle reviendra déçue de notre continent, elle remportera dans ses valises 3 médailles : or pour le relai 400 mètres nage libre, une en bronze sur 100 mètres nage libre, et une autre en bronze sur le 400 mètres nage libre.

Une reconstitution historique au plus près de la vie de Gertrude
Beauté des personnages, teintes à la tonalité des clichés d’époque, reconstitution au plus près de la réalité (merci les photos d’archives), sont autant d’atouts pour ce film réalisé par un habitué des films historiques. Il est notamment connu pour son long-métrage Kon-Tiki,  qui retrace la traversée de Thor Heyerdahl à bord du Kon-Tiki. Le film sera nommé aux Oscars 2013 et Golden Globes 2013 dans la catégorie du meilleur film étranger. Cela donne envie de découvrir ses autres réalisations.

J’espère que vous aussi soutiendrez du regard cette femme, son histoire et la force de son entourage.

Je m’étonne du peu de reportages en français de cette femme (sauf radio). Histoire qui mériterait, comme d’autres, qu’on parle d’elles. Pour la peine, voici quelques images d’archives :

Sources : article RTBF

Lovely Bones

Réalisé par Peter Jackson et sorti en salle en février 2010, Lovely bones est un film qui mêle la vie après la mort et les vivants endeuillés. Ce dernier est tiré d’une histoire vraie et du livre « la nostalgie de l’ange », de Alice Sebold. C’est le triste récit d’une jeune fille de 14 ans, Susie Salmon, cruellement assassinée en 1973 lorsqu’elle rentre de l’école. Si en anglais le titre semble angélique, littéralement il signifie « adorables ossements ». Pour ce qu’il reste d’un corps meurtri après le pire qu’un être humain puisse commettre.

Un sujet bien réel et terrifiant

Il y a des sujets qui nous touchent plus que d’autres, pour ne pas dire nous affectent plus que d’autre. Il en est un qui me poigne et me pétrifie : celui des enlèvements et assassinats d’enfants. Je me souviens de la surprotection de mon père à ce sujet. De ses angoisses dès que nous sortions de la maison, de ses inquiétudes sur nos sorties après les cours et de ses multiples recommandations si nous venions à croiser un inconnu. Je me souviens des noms « Julie et Mélissa », qui résonnent encore dans ma tête. J’étais petite et nous vivions à la campagne lorsque cette affaire éclate. De ce monstre de Dutroux et de ce qu’il y a de pire en l’homme.

L’horreur et le rêve s’entremêlent

Briand Eno, Cocteau Twins et This Mortal Coil signent une bande originale qui transporte et qui mêlera, tout au long du film, une ambiance à la fois sereine et mélancolique. Si Susie Salmon est partie, elle reste présente du début à la fin. Elle est dans un autre monde fait de couleurs, accompagnée par d’autres victimes de son meurtrier. Encore faut-il y croire. Il se trouve que je crois à une certaine existence après la mort, à une âme qui « vie » une autre expérience. « Song to the siren » m’enivre et je pense à l’au-delà. À ces questions qui ne trouveront jamais de réponses. Ce genre de scénario détournera le regard des gens qui ne croient en rien, mais il rendra songeur les autres.

La funeste trame d’un fait divers

J’aime les films qui retracent de vraies histoires, mais je voudrais pourtant que celle-ci soit fictive. Susie Salmon a 14 ans en 1973. Elle aime la photographie et use ses pellicules à tout capturer, avec le plaisir de l’attente et la joie de la découverte. Malgré un fond sombre, le réalisateur a mis beaucoup de lumière dans ce film. Cette jolie petite fille blonde aux yeux bleus est insouciante et entourée d’amour. Ses parents, sa grande sœur et son petit frère comblent les journées de cette adolescente en devenir. Mais à l’aube d’un premier rendez-vous galant, en traversant un champ après l’école, sa route et son expérience sur terre s’arrêtent. Elle fera la mauvaise rencontre et suivra innocemment un homme, son voisin. Ce dernier lui dit avoir une chose incroyable à lui montrer. Elle hésite puis se laisse guider par sa curiosité. Le spectateur sait que c’est un malade. Stanley Tucci joue à merveille un rôle ô combien difficile : celui d’un pervers et d’un tueur. Sa solitude, son air sinistre et son regard vicieux ne trompent pas : c’est le mal. À cet instant du film on crie intérieurement. Cette scène marque la fin de Susie. De ces scènes que l’on ne verra jamais et qui ont marqué d’autres fin de vie. À ces questions sans réponses : que lui a t’il fait subir ? Combien de temps a t’elle souffert ? Où est ce corps que l’on ne retrouvera jamais ?

S’en suivra des parents éplorés. Un père en colère et une sœur en quête de vérité. Au fil des années, le papa développera les photos de sa fille et sur l’une d’elle : monsieur Harvey, l’assassin. Il y a deux histoires en parallèle, celle de parents qui se reconstruisent comme ils le peuvent, et celle de Susie qui est au ciel et accède tout doucement à ce que nous appelons le paradis. Dans un entre deux, elle observe sa famille et envoie des messages à ses proches.

Dans l’univers de Susie les tons sont vifs et l’atmosphère pacifique. Sur terre, la douleur prend toute la place mais la vie continue, même après l’insoutenable. Parce que nos morts sont présents. Parce que nous n’avons pas le choix.

Un entre-deux monde onirique

Si le souhait pour ce réalisateur néo-Zélandais est de représenter l’entre-deux monde, je suis quelque peu dérangée par l’image qu’il donne à voir de cet univers. Le numérique y prend trop de place avec des changements d’environnements trop brutaux. Comme lorsque Susie passe d’un champ de fleurs à un prés enneigé. Il semblerait, d’après les critiques, que le livre ne fasse pas état de cet entre-deux, trop exploité par Peter Jackson. Malgré cela, Saoirse Ronan, qui interprète Susie Salmon, est incroyable. Douce et céleste. Dans les limbes, cette dernière peine à comprendre qu’elle est morte et porte encore ses vêtements du jour fatidique. On laisse de côté le crime pour se plonger dans son regard.

Les intermèdes oniriques permettent de prendre de la hauteur sur ce drame qui nous est raconté et qui en raconte tant d’autres. C’est aussi pour cela que je suis touchée. Car dans les yeux de Susie, je vois ceux de ces enfants qui ont un jour croisé la pulsion destructrice d’un malade. Je regrette la fin de ce dernier, qui mourra bêtement. Je m’interroge également : peut-on de toute façon punir un « être » dépourvu d’affect ?

Un film rayonnant

Ce film reste néanmoins rayonnant malgré son scénario et c’est en cela que c’est du beau travail avec de très bons acteurs (on retrouve également Mark Wahlberg). La BO est sublime et je vous conseille d’écouter certaines musiques. Pas de pathos ici, on ne pleure pas à chaudes larmes car Susie est toujours là : c’est la force de Lovely Bones, car la personne assassinée ne disparaît pas. C’est l’absence qui bouleverse, mais ici le spectateur peut suivre ce qu’il advient de cette jeune victime.

« Hors Normes », ou le film-documentaire époustouflant

 Le film français Hors normes est sorti au cinéma en mai 2019. À l’affiche : Vincent Cassel et Reda Kateb. Le duo souriant engage les amoureux du cinéma à voir cette comédie dramatique réalisée par Olivier Nakache et Éric Toledano. Vous les connaissez bien, puisqu’ils ont réalisé Les Intouchables. Un autre genre complète cette production : le documentaire. Ici, les réalisateurs dressent le combat de deux associations qui s’occupent d’enfants avec autisme que les institutions ne peuvent plus prendre en charge.

Je découvre « Hors normes » presque 1 an après sa sortie en salle. Cette œuvre époustouflante met en lumière le défi que se sont lancés deux vrais hommes. Vrais, car nos deux acteurs interprètent Stéphane Benhamou, de l’association  « Le silence des justes », et Daoud Tatou, du « Relais île de France ».  Deux personnalités investies d’une mission : « accompagner dans les meilleures conditions possibles le développement des enfants, adolescents et adultes avec autisme ou atteints de Troubles apparentés »1, et « aider à la réinsertion sociale et professionnelle d’animateurs, au départ non diplômés, via la prise en charge de personnes en situation de handicap »2.

Là ou la fraternité prend tout son sens

Si le film aux 8 Césars détourne le vrai nom des associations et de leurs personnages, les curieux peuvent découvrir en quelques clics l’ampleur des actions que mènent dans le scénario Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Ketab). Le début nous plonge directement dans l’action. Une jeune fille court dans la rue, essoufflée et apeurée, les bras ballants.  Plusieurs hommes lui emboîtent le pas. L’avantage de ne rien savoir d’un film est que l’on s’immerge complètement. Je me suis souvent crue dans l’univers de « Police », réalisé par Maïwenn. Ici, ce n’est pas le travail des policiers qui est mis en avant, mais celui des éducateurs. Les plans sont parfois serrés, accompagnés d’une BO qui nous ramène à l’ambiance d’Intouchables : une musique douce et discrète de Grandbrothers. On s’interroge : de quoi nous parle-t-on ? Et l’on comprend vite, en suivant la cadence de Bruno, que nous découvrirons le quotidien de ces surhommes.

« Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes »

J’ai pu lire cette critique, qui me semble être la bonne, même si le terme « hors normes » à cela de dérangeant qu’il signifie que donner sa vie pour les autres n’est pas normal. Après réflexion, c’est effectivement le cas. De plus, Hors normes désigne surtout la manière d’accueillir ces malades, qui n’est pas protocolaire. En parallèle de l’histoire, deux inspecteurs se chargeront de mener des entretiens afin de remettre en cause cette association qui ne dispose pas d’agrément. L’un d’eux, interprété par Frédéric Pierrot, dira même ne pas être ce qu’ils sont tout de même : des services froids qui ne connaissent pas la réalité du terrain. Ce que ce long métrage nous montre, c’est qu’il y a des règles, mais aussi des exceptions à des règles qui fonctionnent mal parfois.

On retrouve dans le film les paroles de Médecins interrogés dans le cadre du documentaire « hors-normes documentaire »3. Comme c’est le cas pour l’actrice Catherine Mouchet, qui reprend les expressions du Médecin Moïse Assouline lorsqu’il y mentionne les pratiques innovantes qui ne répondent pas aux conventions de Stéphane et Daoud : « Ils s’engagent avec leur cœur et leur foi, donc ils innovent. À certains moments, et pour avancer, on leur disait « soyez-prudents  », mais ils n’en faisaient qu’à leur tête et cela marchait ! ».

Une distribution parfaite

Vincent Cassel interprète à merveille l’implication de Stéphane Benhamou. Dès le début, le profil de cet homme est planté lorsque son comptable lui demande d’arrêter de dire à tout le monde « on va trouver une solution ». À cela, Bruno répond « qu’il tentera de trouver une…de voir ce qu’il pourra faire  ». Avec son regard clair et son air franc, Vincent Cassel ajoute une douceur que je lui avait peu vue jusqu’alors. Sa barbe poivre et sel et sa casquette campée maladroitement sur la tête finissent de rendre cet homme attendrissant, car toujours habillé d’une tolérance et patience poussées à l’extrême envers certains cas. Prenons celui de Joseph. L’enfant est interprété par Benjamin Lesieur, un jeune autiste jouant son propre rôle. Alors que l’on se dit qu’il n’y a rien à faire, Bruno persévère encore et toujours pour que Joseph ne déclenche plus le signal d’alarme des réseaux de transports lorsqu’il se déplace. Si Bruno prend le temps pour Joseph, il le prend également pour sa mère, jouée par Hélène Vincent (que j’aime beaucoup !).

La beauté de l’union entre Bruno et Malik, c’est que l’un forme des jeunes défavorisés à devenir de bons accompagnateurs, et l’autre s’en sert pour protéger « ses » enfants et adolescents. La complémentarité est forte entre les deux associations et chacun peut y trouver sa place, comme ce sera le cas pour Dylan, qui devra s’occuper du petit Valentin, atteins d’un autisme sévère et que plus aucun centre ne peut accueillir.

Un film qui traite d’un sujet grave avec humour

À l’écrire je me dis qu’il n’est pas possible de le faire, mais pourtant c’est bien le cas ici. Si le sujet est sérieux, la mise en scène nous invite plus d’une fois à sourire, voir à rire, tant Bruno et Malik ne se départissent pas d’une légèreté, essentielle pour le bien de leur mission. Bruno, s’il peine à s’adapter aux agendas partagés, peine aussi à rencontrer une femme. Si la vie personnelle des deux hommes n’est jamais abordée, celle d’un des deux est de toute façon toujours sabordée par des obligations professionnelles. Sa priorité, on le comprend vite, ce sont les enfants. Alors, les quelques femmes qu’il rencontrera essuieront toutes un échec, tant cet homme place en son cœur la vie des autres.

Il n’y a qu’à la toute fin qu’on découvre que Malik a une petite fille, qu’il prend soin d’aller coucher car elle dort déjà à l’arrivée de son père. Les réalisateurs ont certainement souhaité montrer qu’il y a peu de place pour la vie privée lorsque l’on s’investit comme le font Bruno et Malik.

Une seule pratique : l’aide à son prochain

Ce qui marque le film est également les religions qui y coexistent. Stéphane est pratiquant juif et Bruno pratiquant musulman, tout deux dépassent leurs origines pour ne faire qu’un dans le travail. Si les signes extérieurs nous indiquent la croyance, jamais il ne sera fait état de ces croyances durant le film. À une exception, le shabbat du vendredi lorsque Stéphane doit intervenir pour sauver un jeune en danger (shabbat qu’il ne respecte pas bien entendu). C’est pour moi une des grandes forces de frappe de Hors normes : plusieurs religions et personnalités travaillent ensemble pour un objectif commun qui transcende les différences.

Ce film peint l’accomplissement de gens hors normes et la prise en charge hors normes pour permettre à des enfants et adolescents de vivre une vie un peu près normale. C’est admirable et c’est une histoire vraie. Ce film réconcilie avec la nature humaine, dont les médias ne nous montrent pas toujours le meilleur alors qu’il y a tant de beaux récits à raconter. Tant de personnalités incroyables, mais inconnues, à incarner.

En savoir plus :

Découvrir la bande annonce :

Découvrez le documentaire à l’origine du film :

1. Définition officielle du site « Le silence des justes »

2.  Définition officielle du site « Relais île de France »

« Les invisibles », une comédie digne de son nom

Sortie en salle le 9 janvier 2019, la comédie « Les invisibles », réalisée par Louis-Julien Petit, mêle à l’écran comédiennes et femmes de la rue. Filmé dans le nord de la France, ce film/documentaire dresse sans pathos la vie des assistantes-sociales qui tentent d’aider des personnes accueillies par le centre de jour « L’ENVOL ». Le titre est fort, puisqu’il présente les femmes de l’ombre. Celles qui soutiennent et encouragent des femmes en grande précarité.

Je vois passer l’affiche sur mon écran une fois, deux fois, trois fois. Je mets le film en route, puis l’arrête. Une crainte m’anime : celle de tomber dans le misérabilisme et la tentative éplorée d’une prise de conscience. Celles qui me poussent à le regarder sont Corinne Masiero et Audrey Lamy. La première, je l’aime depuis le début. Authentique. Pour Audrey Lamy, j’ai souhaité la voir dans un autre registre en espérant qu’elle me surprenne. C’est peu dire, puisqu’elle est incroyable.

Une comédie sociale sous le signe de l’autodérision

Du début à la fin, ce film nous présente les méandres de femmes qui n’ont pas trouvé leur place. Pour autant, certaines ont fait des études et ont eu un emploi. Elles ont eu une vie « normale », avant de flancher. Pour les aider : une équipe d’assistantes-sociales. Elles sont différentes mais ont le même objectif : pousser chaque personne à trouver du travail et à réaliser quelque chose. Concevoir un CV, se présenter ou encore réparer une machine à laver sont les actions quotidiennes qu’elles mettent en place lors d’ateliers thérapeutiques. Elles sont tellement proches des femmes qu’elles aident, que l’on ne dissocie par très bien qui sont les unes et qui sont les autres. Le trait d’humour d’Angélique, jouée par Déborah Luku­muena, est excellent et anime dès le début ce long-métrage. Les SDF aussi ont de sacrés tempéraments, c’est d’ailleurs la force de cette comédie : traiter un sujet de société avec humour.

Je retiens le mot « personnalité » car les réparties fusent dans un scénario simple qui arrive à nous amuser de situations pourtant dramatiques. L’autodérision règne et on parvient à se dire que oui, on peut vraiment rire de tout.

France – 1h42 – Sortie 9 janvier 2019 – 2018 – Réalisateur: Louis-Julien Petit – Scénaristes: Louis-Julien Petit – Marion Doussot – Claire Lajeunie – D’après l’oeuvre de Claire Lajeunie – LEGENDE PHOTO: Corinne Masiero – Audrey Lamy – Déborah Lukumuena – Noémie Lvovsky – AVEC: Audrey Lamy: Audrey – Corinne Masiero: Manu – Noémie Lvovsky: Hélène – Déborah Lukumuena: Angélique.
(Jean-Claude Lother – Elemiah)

Les invisibles : rester digne jusqu’au bout

Pour préserver leur fierté, ces femmes s’inventent des noms de personnages célèbres. Comme pour masquer la peine et mettre du vernis sur une vie chaotique. Lady Di, Brigitte Macron, Dalida, Edith Piaf, Beyoncé, etc. L’autodérision commence là ou certaines scènes nous donnent le sourire quand des anonymes se présentent sous un nom qui fait rêver le temps de le dire. Ces femmes fortes portent à bout de bras des cabas, comme elles portent à bout d’épreuves un quotidien pénible, mais adoucie par les actions d’ENVOL.

On voit ici Audrey s’investir pleinement. Comme lorsqu’elle rappelle le 115 sans discontinuer jusqu’à obtenir des lits. Sa persévérance se poursuit même le week-end lorsqu’elle convit Chantal, interprétée par Adolpha Van Meerhaeghe, à venir participer à un match de foot avec ses amis. Adolpha joue son propre rôle et ce n’est pas la seule. Son personnage a fait de la prison et ne peut s’empêcher de le dire lors d’entretiens d’embauche. À rebours des recommandations d’Angélique et d’Audrey, elle ne pourra s’empêcher de dire sa vérité. Celle d’une femme battue qui a besoin d’assumer pour avancer. Car c’est aussi cela la dignité : savoir regarder son passé, l’affronter et avancer en écrivant de nouvelles pages. Chantal nous déride par sa franchise. Une peau rude au grand cœur.  La seule femme SDF interprétée par une actrice est Julie, jouée par Sarah Suco. J’ai été agréablement surprise car j’aime beaucoup cette actrice qui sait à chaque fois incarner avec justesse ses personnages. Elle se mêle délicatement dans ce groupe et interprète une jeune fille pommée qui peine à s’en sortir.

Audrey Lamy
Copyright JC LOTHER

Des aidantes et des aidées qui se battent comme elles le peuvent

J’ai pu lire cette critique : « Avec l’humour comme arme contre la misère, Les invisibles est avant tout un film de combattantes dans lequel la lutte est plus importante que l’objectif quasi utopique à atteindre ». Il est vrai que le personnage d’Audrey m’épate. La fonction qu’elle illustre ne peut se dégager d’une vie personnelle. Vie laissée de côté pour aller au bout d’une mission qui n’en a pas : augmenter le nombre de réadaptation et donc l’indépendance pour des femmes mises aux bancs cloutés de la société.
Certaines assistantes sociales peinent également dans leur vie privée. C’est le cas de Hélène, jouée par Noémie Lvovsky. Cette femme issue de la classe moyenne privilégiée fuit un mariage qui s’effrite. Ce qu’elle porte à bout de bras ? Son dénis. Le projecteur est donc également tourné vers les préoccupations des bénévoles qui aident les autres pour se sauver du cahot quotidien dans lequel elles vivent.

Telles des secondes mères, elles finiront illégalement par accueillir la nuit, dans le foyer de jour, ces femmes isolées. Elles se feront maladroitement trahir par l’une d’elle. La fin du film nous montre leur exclusion par des CRS. Une à une, ces femmes quittent l’ENVOL sur des matelas. Comme un long tapis déroulé jusqu’aux portes d’un bus, elles s’en vont. La  beauté de cette dernière scène ne nous fera pas tirer les larmes. La musique est  joyeuse et ces femmes ont la tête haute. Les sourires sont bien présents et ont sent que la lutte va se poursuivre. J’ai bien souvent pensé au film « Police », réalisé par Maïwenn. Des aidantes et des aidées qui se battent comme elles le peuvent.

Corinne Masiero
Copyright JC LOTHER

C’est l’histoire d’un mec…

J’écoutais en parallèle de cet article Audrey Lamy sur France Inter, dans l’émission « Boomerang ». Augustin Trapenard lui a fait remarquer qu’on entend peu la parole des personnalités médiatisées pour dénoncer un faussé qui se creuse, tout du moins qui ne faiblit pas. Car il ne suffit pas d’en parler pour s’engager. Il  faut le crier, il faut le répéter et en faire sa révolte. Il faut emporter les gens avec soit, comme le faisait Coluche en son temps. Je me questionne, tout comme le chroniqueur, sur le manque de courage de nos stars du moment. Certes elles peuvent se montrer aux enfoirés, mais ce n’est pas cela se battre et dénoncer. J’aimerais retrouver un humoriste comme Michel Colucci, qui osait dire ceci aux micros d’une radio nationale en 1981 :  « On est dans la merde en France. C’est-à-dire que moi personnellement ça va, j’ai gagné du pognon et  j’le dit tout l’temps j’en ai rien à foutre, je vais m’tirer, mais pour ceux qui sont obligés de rester c’est l’bordel. C’est vraiment pas bien. Y-a une pyramide sociale où Y-a un mec qui est en haut tout seul, Giscard, vous m’direz Y-a du vent la haut car Y-a beaucoup d’mecs qui veulent sa place. Et plus on descend plus on est nombreux. Et quand on arrive en bas on est vraiment dans la merde. Et moi c’que j’voudrais, c’est qu’on remue la merde et que l’odeur monte jusqu’au nez de ceux qui dirigent et qu’au lieu d’être tournés vers l’intérieur soient tournés vers l’extérieur, qu’ils se disent « tient qu’est-ce qu’il y a qu’est-ce qu’il se passe, ah oui on leur prend tout leur pognon ». ».

Coluche

Ce film nous montre la ténacité et la force. C’est pour moi un film sur la dignité, sur l’espoir et l’entraide. Il est simple, un peu gris peut-être, mais on s’y attache comme on s’attache aux personnages.

Je constate qu’il y a peu d’hommes, un parti-pris compréhensible, mais ne les oublions pas.

Quelques critiques et l’ITW de Audrey Lamy dans Boomerang : https://www.telerama.fr/cinema/films/les-invisibles,n5831838.php
https://www.avoir-alire.com/les-invisibles-la-critique-du-film >> https://www.franceinter.fr/emissions/boomerang/boomerang-08-janvier-2019

Pupille : film lumineux

L’affiche est bleue, accompagnée de couleurs crèmes. Ces couleurs, ce sont celles des comédiens. Une pâleur angélique illustre le film de Jeanne HERRY, qui met en avant ce qu’il advient des enfants nés sous X en France. Le casting est excellent, avec  Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Miou-Miou, Gilles Lellouche, Clotilde Mollet ou encore Olivia Côte. Sorti dans les salles en août 2018, c’est en avril 2019 que je le regarde pour la première fois et décide d’en écrire quelques mots.

Pupille est le nom donné aux enfants nés sous X en France. Ce terme, initialement utilisé pour les enfants orphelins de guerre (alors appelés « pupilles de la nation »), a par la suite été donné aux enfants que les parents abandonnent volontairement. Si l’abandon est difficile, c’est également un parcours du combattant pour celles et ceux qui souhaitent adopter.

J’ai vu l’affiche il y a déjà plusieurs mois, mais par peur d’un scénario trop laconique, j’ai remis au lendemain ce moment de cinéma. Contrariée par le duo Kiberlain et Lellouche, je ne pensais pas regarder ce film, qui me semblait être du « déjà vu ». Je me suis finalement lancée, souhaitant me détendre passivement après une journée de travail.

Un scénario au compte-gouttes

Le début commence par une jeune fille, dont on apprendra  par la suite qu’elle est étudiante. Elle souffle et se fatigue sur son scooter, en direction de l’hôpital. Je découvre qu’elle vient accoucher. Tout se passe rapidement. S’en suivent les étapes qui composent une naissance sous X. La première est celle d’une assistante sociale appelée. Interprétée à merveille par Clotilde Mollet, cette dernière se montre très à l’écoute de la jeune femme, encore allongée. Elle lui énonce toutes les possibilités, de la rétractation sous deux mois pour reprendre ses droits sur l’enfant, à l’abandon définitif. Sous des airs très classiques, je pense alors que l’assistante encouragera la jeune femme à garder le bébé, mais pas du tout. Elle se montre très tolérante et propose même à cette femme de 21 ans de laisser une lettre pour son bébé au dossier.

Clara, interprétée par Leila Muse, part et laisse aux mains d’une administration aseptisée ce petit être. On sent toute la difficulté, mais aussi la responsabilité, à le faire. Responsable de reconnaître qu’elle ne sera pas capable de l’élever. Je découvre un nourrisson qui m’illumine. La réalisation, si elle force un peu trop sur les plans serrés pour créer en environnement intimiste, le fait très bien avec le petit Théo. J’ai été extrêmement émue par sa beauté. Attendrie par ce tout jeune comédien. C’est avec une grande délicatesse qu’il nous est présenté.

À cela s’ajoute le jeu de Gilles Lellouche. Depuis son rôle dans les infidèles, et malgré un talent d’acteur indéniable, je n’avais plus de plaisir à le voir jouer, souvent dans le même registre du « vieux beaux ». Ici, il est magistral. Éducateur d’adolescents, Jean n’arrive plus à aider ceux dont le sort que l’état leur réserve dépasse. Il est sur le point de faire une pause quand la garde de cet enfant lui est confiée, jusqu’à son adoption. Sandrine Kiberlain, assistante familiale, orchestrera cette garde de l’enfant par l’éducateur avec qui elle travaille et qu’elle connaît bien. Seul bémol à la réalisation : l’amour que témoigne Karine à Jean, qui n’a pas sa place dans le scénario et qui jure quelque peu.

Copyright StudioCanal
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Tel un documentaire, le film expose ce qui se joue lorsque deux êtres en mal d’être aimer doivent se trouver.

Une femme en suspend  

À celles et ceux qui ne le savent pas encore, adopter un enfant est un parcours du combattant. Une armada de personnes se chargent, entre psychologues et conseils familiaux, de tout savoir, de convoquer et de traduire chaque mot ou chaque fait qui pourrait mettre à mal, ou favoriser, l’obtention d’un agrément. Ce sont des procédures longues qui peuvent fragiliser les plus motivés. Un dossier fait votre vie. Là où un rapport sexuel de quelques minutes vous donne la chance de procréer, l’administration vous impose le poids des années.

Alice, interprétée par Élodie Bouchez, suit ce parcours. Un flash-back nous montre, successivement, ses entretiens avec celle qui aura un rôle centrale : celui de se mettre au service d’une rencontre. Olivia Côte, au caractère entier et brut que j’aime tant, joue le rôle d’un personnage qui jongle entre fermeté et encouragement. Si les séquences sont très saccadées et peuvent hacher la pureté du film, on s’attache au personnage d’Alice. Au départ en couple, c’est ensuite seule qu’elle poursuivra sa démarche. Audio-descriptrice de théâtre pour les aveugles, elle ira jusqu’au bout de son envie née il y a 8 ans : devenir mère. On découvre un métier peu connu, comme on découvre un personnage pudique et fin. Son attente est aussi la nôtre, car si on s’étonne des années qui passent, on se demande quand elle finira par obtenir l’agrément. Circonspecte, son instabilité me mettra en doute concernant la possibilité d’élever un enfant seule. Mais Alice fait une mue et nous offre le visage d’une femme qui, si elle devient maman, se découvre et prend confiance en elle. Entre fragilité et persévérance, le coup de cœur avec l’enfant est immédiat. Le film trace alors, en fin de parcours, ses premières visites, quotidiennes, chez celui qui accueille dans son foyer le petit Théo.

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Mes belles surprises

Pour reprendre l’expression de la plus belle critique que j’ai pu lire sur ce film, Pupille est une « ode au collectif ». Toutes mes projections négatives se sont évanouies à la vue de cette œuvre accomplie mettant en lumière la bienveillance, l’émotion, les combats d’une « administration incroyablement humanisée », et la conscience professionnelle. Certains points m’interrogent, comme lorsque le bébé ne parvient pas à grandir normalement. J’étais étonnée, au début du  film, que l’assistante sociale insiste auprès de la maman pour que cette dernière lui fasse ses aurevoirs. Lui parle. Je ne comprenais pas pourquoi. Il semblerait que ce soit important, puisqu’elle ne le fera pas et que le bébé rencontrera des problèmes de « développement ». Dès lors, la simple intervention de Mathilde, seule personne ayant vu la maman et lu la lettre laissée, aidera par de simples mots le bébé à grandir.

« Tout est douceur, simplicité, tendresse. »

Le personnage d’une auxiliaire, interprétée par la belle Stéfi Celma, me touche également. Telle une mère, elle veillera sur le petit jusqu’à  la venue de Jean.

Tout est douceur, simplicité, tendresse et souci du détail. Certaines critiques me choquent. Comme celle du Monde, qui s’insurge de la trop grande « gentillesse » du film, ou encore de Libération, qui ira même jusqu’à noter « l’abus de bons sentiments ». Effectivement, pas de police, pas de violence, pas de méchant, pas de pervers, pas de bagarre, pas d’agitation inutile, pas d’excès,…nous n’avons pas l’habitude, dans un climat de violence et de défiance, qu’un film mette en avant l’homme et sa nature bienfaisante. Le scénario nous rappelle au contraire que des êtres extraordinaires existent. Ces hommes nous redonnent foi en l’humanité. Des défauts de scénario, il y en a. Mais comme je ne suis pas pour la perfection, qui ne caractérise pas le genre humain, je suis agréablement surprise par ce film aux contours de coton.

Le film rencontre un franc succès, à en juger les notes des internautes :

Dans le registre de la définition médicale, une pupille est « un diaphragme par lequel pénètre la lumière ». C’est l’effet du film : la lumière, autrement traduite l’étincelle, pénètre. Il nous rappelle les luttes menées dans l’ombre.

La saison des femmes

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Sorti en 2015,  « La saison des femmes » est un film écrit et réalisé par Leena Yadav. Est exploité dans ce drame la condition des femmes au sein de petits villages dans le nord de l’Inde, comme c’est le cas pour le Gujarat, où l’histoire s’inscrit. Le film oscille entre émancipation et dure retour à la réalité pour des jeunes femmes en mal de liberté.

Un film qui se démarque par son scénario
Dans le nord-ouest de l’Inde, une communauté vit au rythme des normes patriarcales. Les hommes s’y amusent et boivent beaucoup. Les femmes, isolées, cherchent elles aussi à prendre du plaisir dans un climat oppressant. Trois amies cultivent alors leur imagination pour une autre société possible. Celle du téléphone portable, de la télévision, du mariage consenti et de l’accès à l’éducation. Elles veulent disposer du droit des hommes et être indépendantes. Si la trame de fond fait partie des sujets dit « classiques », la forme l’est moins puisque le scénario apporte une touche plus romanesque que documentarisée. Les origines cinématographiques de la réalisatrice expliquent plusieurs passages très légers dans le dialogue et une atmosphère digne des productions Bollywoodiennes. L’aspect très juvénile de films pour jeunes filles et le romantisme naïf est présent du début à la fin et surprend. Cependant, tout cela est complété par d’autres séquences beaucoup mieux orchestrées et cela apporte quelque chose de neuf dans le cinéma ! Cette technique rompt le pathos et apporte beaucoup de dynamisme à un long métrage qui aurait pu prendre une tournure beaucoup moins accessible et tragique s’il n’y avait pas ces nombreux traits de légèreté.

Rani, Lajjo et Bijli : un trio surprenant
Dans les villages reculés et exposés de cette réalisation, la liberté n’a pas de prix car elle ne s’acquière pas. Sous le contrôle de leurs maris, de leurs chefs de village ou de leurs propres fils, les femmes font ce que l’on attend d’elles : faire à manger, effectuer les tâches ménagères et enfanter. Le déroulement du film expose les nombreuses difficultés de s’affranchir, comme la possibilité d’avoir un emploi ou de lire. La peur des hommes étant qu’une femme devienne plus intelligente en s’instruisant. L’autre atout du scénario est celui de la personnalité de ses personnages, trois femmes complètement différentes où chacune va trouver chez l’autre ce qui lui manque. Rani, interprétée par Tannishtha Chatterjee, est une veuve qui subit au quotidien un fils, Gulab, alcoolique et violent avec sa jeune épouse. Lajjo, interprétée par Radhika Apte, est sa plus fidèle amie. La première scène du film les montre dans un bus, Lajjo est plus délurée et aime rire fort et haut, sans remettre constamment son voile comme le fait Rani. Lajjo est battue et n’arrive pas à enfanter d’un mari alcoolique. Cependant, elle garde son sourire qui dévoile de belles dents, grandes et blanches, qui illuminent son visage. Puis, l’élément qui s’ajoute à ce trio est surprenant puisqu’il s’agit de Bijli, une danseuse prostituée très libérée interprétée par Surveen Chawla. Cette femme très séduisante et provocatrice apportera beaucoup de frivolité à ces femmes frustrées.

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Entre drame et comédie
L’appellation « drame » peut sembler surprenante tant on jongle régulièrement entre des moments de rire et des moments de violence. Au moment où l’on pense que la femme gagne un petit combat d’émancipation, elle replonge dans la minute suivante dans son quotidien voué à ne pas changer. Cette production est donc particulière et nous bouscule (mais n’est-ce pas là le rôle du cinéma ?). D’une scène déchirante où une femme supplie le chef de son village et ses parents de ne pas retourner vivre chez sa belle-famille où elle se fait violer de tous, on passe à une scène où deux amies complices rient aux éclats en rêvant d’un bel homme les caressant. Le rire règne et le courage de ces femmes force l’admiration. Même en sang, même boitant après un énième viol, elles gardent le moral et ne s’économisent pas sur les plaisanteries. À ce sujet, la cinéaste l’explique ainsi : « plus on est triste, plus on a besoin de rire, plus on a besoin de se sentir vivant ».

Un mélange de poussières et de couleurs
Le film est bien entendu destiné à défendre le droit des femmes. Ces trois actrices de fiction mettent en lumière la vie d’indiennes que Leena Yadav a pu rencontrer. Si la poussière a pris une grande place dans la maison de ces petits villages, à l’image des traditions ancestrales, la lumière donne un éclat particulier. Si le scénario est parfois sombre, les couleurs sont vives et le visage de ces épouses et mères, si belles et gracieuses, rappellent qu’il y a un espoir lorsque l’on s’y met à plusieurs. Si un couple d’instituteurs décide de quitter le village pour cause de maltraitance sur le maître progressiste et ouvert, les amies décideront, elles, de rester et de changer la donne. Il est très surprenant, à la fin du film, de voir Rani laissé sa belle-fille, qu’elle s’était lourdement endettée pour avoir, retrouver le chemin d’un amoureux transit.

Le besoin d’être touchée
Ce que l’on observe tout au long de ce film est le besoin chez les femmes, même voilées, même celles que l’on ne voit pas et que l’on doit deviner, d’être touchée. La plupart ne connaissent pas les vraies caresses et le sentiment d’amour profond envers un époux. C’est alors que le romantisme n’est que plus exacerbé et les sensations physiques recherchées. Des stratagèmes seront alors découverts et appréciés,  comme celui de placer un portable en mode vibreur sous sa culotte ou d’entretenir des conversations téléphoniques excitantes avec un inconnu. La joie des protagonistes n’en sera que plus intense. Une scène peut marquer, celle de deux femmes, seins nues, se caressant délicatement avec de l’eau pour apaiser des blessures infligées à l’une d’elle. Une fois de plus, d’un début de scène difficile fait de plais et de pleurs, deux amies respirent de plus en plus fort, explorant le désir physique.

Parcours de la réalisatrice Leena Yadav
Après avoir vu un tel film, on se demande si celle que nous ne connaissions pas jusqu’alors s’inscrit depuis longtemps dans la production de réalisations engagées. Ce n’est pas le cas. Leena Yadav est surtout connue pour la réalisation d’émissions de télévision. La cinéaste est plus célèbre en qualité de productrice et monteuse que de scénariste. « La saison des femmes » (Parched) est son premier film international, récompensé au Festival international du film à Toronto. Ses deux précédents films n’avaient pas cette envergure. C’est alors une lutte que cette femme de 45 ans a dû mener pour diffuser son film dans le pays, comme ce fut une lutte de le diriger sur place. On sort ici de Bollywood, où cette femme a eu le courage de capter la vraie vie de femmes vivant dans le viol et la violence. Comme l’exprime Leena Yadav dans une interview pour Télérama « il est temps de montrer ce qui fâche. Il faut briser les barrières, comme mes actrices l’ont fait ».

Ce film est à voir non seulement pour une réalisation éloignée de ce dont on a l’habitude, mais par son caractère profondément humain et encourageant. Les choses, au-delà de changer, peuvent évoluer, et c’est ce que présente Leena Yadav.

Bande annonce 

Reda Kateb, la force tranquille

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Arrêtez-moi là, film du réalisateur Gilles Bannier, est sorti dans les salles le 6 janvier 2016. Le scénario est celui d’une histoire vraie. Celle d’un homme aux prises d’un système judiciaire dans son plus sombre apparat.

Samson Cazalet est un homme discret et indépendant. Dans son taxi, accompagné de son chat Gershwin, il effectue de nombreuses courses, dont celle d’une femme, interprétée par Léa Drucker, se rendant à grasse. Une disparition inquiétante, des circonstances maladroites et un mauvais avocat commis d’office feront de ce chauffeur niçois le coupable idéal de l’enlèvement d’une fillette. Le rapport à l’autre est très présent dans ce film où la force tranquille de l’acteur Reda Kateb nous plonge dans une ambiance oppressante et captivante. L’impassibilité du personnage, au timbre grave et posé, donne à ce film une longueur agréable et une intensité particulière.

Seul contre tous
Les films mettant en lumière un individu éprouvé par une erreur judiciaire, il y en a plein. En ce sens, rien d’original ici. Si l’acteur ayant joué dans « Loin des hommes » en 2014 n’interprétait pas ce rôle, il n’y aurait probablement rien à en dire. Mais voilà, ses petits yeux vissés dans un visage dure nous oblige à chercher ce qu’il s’y passe et cela change tout. Reda nous impose l’attention. Son personnage ne va pas crier, ne va rien casser, ne va pas mettre un juriste minable à terre. Non, alors que nous voudrions hurler à sa place et nous insurger, il va intérioriser un espoir et nous transmettre une haine féroce, mais un calme constant envers une justice à mettre entre guillemet. Reda Kateb, à l’image d’un Mathieu Amalric, fait partie de ces acteurs qui prennent toute la place et en impose.

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Béliers, le film vrai.

Béliers est un drame islandais sorti sur les écrans en 2015 et réalisé par Grímur Hákonarson. Le film présenté à « Un certain regard » lors du festival de Cannes rencontre de bonnes critiques.

 

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Je suis allée voir le film Béliers tout à fait par hasard. Ma sœur avait des places de cinéma gratuites et le terme de cette offre arrivait à sa fin. Je n’avais pas le choix, ce dimanche soir serait ciné ou ne serait pas. Elle me dit alors qu’un film tourné en Islande la tente. Je dis « Béliers? », elle me répond « oui ». Chose extrêmement rare, je suis allée voir le film sans regarder la bande annonce. J’avais juste entendu dire qu’il s’agissait d’un film où deux frères ne s’entendent pas.

Happée
Dès le début du film j’ai été prise par l’histoire, que je sentais lente, que je sentais forte. Le fait de ne pas avoir vu d’images avant ce film faisait que je découvrais chaque couleur, chaque plan, chaque personnage. Je n’attendais pas une scène, je n’en anticipais pas une autre. J’étais dans la découverte. Il y avait la nature, il y avait des animaux, il y avait des personnes âgées. Tout ce que j’aime. J’ai été amusée que le réalisateur témoigne, lors d’une interview, préférer les « vieux » aux jeunes. Je suis un peu comme cela également. Il y a chez les personnes d’un certain âge une douceur, un apaisement et une prise de distance sur le monde. J’ai donc été emportée et très vite éprise du scénario.

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Bouleversée
Je ne suis pas férue des critiques et de leurs adjectifs qualificatifs. J’ai toujours trouvé cela trop simpliste. Seul les rédacteurs de ces mots peuvent bien savoir ce qu’il se cache derrière eux. Je pense qu’une belle réalisation mérite au moins une phrase. Et bien grande première : je n’arrive pas à en dire autre chose qu’un seul mot. Bouleversant. Bien sûr, je peux vous exprimer mes sentiments. Je senti la tristesse de ces hommes, j’ai senti leur perte de repères, j’ai senti leur désespoir. Leur solitude, aussi. La fin est magnifique, si parlante. Le message est si fort et l’image est si belle. La jeune femme que je suis, peu enclin à verser des larmes au cinéma, s’est surprise à pleurer. A vraiment pleurer.

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Je ne vous raconterai pas l’histoire
Or de question de dévoiler l’histoire, à vous de le voir, car il faut découvrir ce chef d’oeuvre ! C’est un grand film avec un réalisateur prometteur. Grímur Hákonarson s’est inspiré de sa jeunesse et de son travail au sein de fermes. Comme quoi, rien de tel que le terrain pour vraiment être efficace. Les deux acteurs principaux joués par Sigurður Sigurjónsson et Theódór Júlíusson sont grandioses.

Si vous voulez voir du beau, du vrai, allez-y.

Interview du réalisateur Grímur Hákonarson

Les critiques

Le blog du cinéma
Télérama
à voir lire
> La belle critique d’Anne-Sophie DELAHAIS

 

 

Crédits images dans l’ordre
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Le Petit Prince

Le Petit Prince, film d’animation adapté du célèbre livre de l’écrivain Antoine de Saint-Exupery, est dans les salles depuis le 29 juillet 2015. Le réalisateur Mark Osborne nous offre un décor lumineux et contrasté.

Dimanche 3 janvier 2016. J’ai une envie de film sur grand écran. Ce qu’il y a de pratique à vivre en face d’une salle de cinéma qui propose 4 films, c’est que le choix est vite fait. Je regarde les bandes annonces accompagnée d’un temps plombant qui m’invite à la chaleur ! Je me décide donc à aller voir « Le Petit Prince ».

Relation mère et fille
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Le début du film est consacré au rapport qu’entretiennent une mère et sa fille. La maman, souhaitant que son enfant intègre une prestigieuse école, fait travailler dur l’enfant au bandeau blanc. La discipline est stricte et ne laisse pas de place à l’improvisation. Ce qui coûtera à la fillette l’échec du premier passage d’examen. A s’être trop préparée à répondre à une question particulière, cette dernière restera muette face à une nouvelle (que serez-vous lorsque vous serez adulte?). Question pourtant affichée en grand dans un couloir lugubre où chacun attendait son tour.

La maman est bienveillante mais ne s’interroge pas sur les désirs de sa fille, persuadée qu’un prestigieux parcours la rendra heureuse. Elle décide alors de créer un « tableau de vie » où tout est organisé à la minute près. A l’aide d’une baguette, cette mère dicte ce que sa fille doit faire avec cette affirmation « tu deviendras une adulte exceptionnelle » . Qu’est-ce donc ?
Le tableau de vie est très significatif de ce que l’on peut dresser tout autour de nous pour parvenir à ce que nous souhaitons, et pour affirmer nos certitudes. C’est un avis personnel, bien entendu.
Une chose m’a intriguée chez cette femme, coiffée d’un chignon et doublée par la voix de Florence Foresti. Elle est impeccable sur elle et s’exprime très bien. En revanche, une mèche dépasse de sa coiffure parfaite. J’ai alors imaginé que cette mèche signifiait la rébellion d’un corps enfermé dans la rigueur. Une fois de plus, c’est une opinion qui m’est propre, mais ces cheveux ont suscité mon interrogation. Retenons que, contrairement aux autres « grandes personnes » du film, ce personnage est tout de même pétillant.

Un décor et un message
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Le décor est gris et carré. Les hommes et les femmes sont affairés derrière leur ordinateur, sans sourire, sans lumière. Les rues sont parallèles et perpendiculaires. Il n’y a pas de place pour des courbes et de l’aléatoire. Il n’y a pas de verdure, pas de fleurs, pas de couleurs. La chambre de la petite fille est également sans vie. Mark Osborne, le réalisateur, a sans doute souhaité marquer le contraste entre une vie sans fantaisie et une vie laissant de la place à l’incertitude.

En évoquant l’exploration, un voisin bien particulier va semer le trouble dans cet espace. Sa maison m’a fait pensé au film d’animation « La haut », de Pixar. Du désordre, des objets éparpillés, une nature indomptée. Ici, un vieil homme barbu est tout aussi dispersé que les biens de sa propriété. Il est fantasque, vif et curieux. La joie de vivre de Charles Trenet résonne dans son jardin, « boum, le monde entier fait boum. » Il est effectivement improbable qu’il prenne le thé avec des voisins aseptisés. L’esprit grégaire des adultes empêcherait-il ces derniers de passer les portes, alors qu’ils peuvent si facilement passer les frontières ?

Un aviateur et une fillette
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La petite fille reste une petite fille. Poussée par sa curiosité d’enfant, elle va être intriguée par un voisin qui ne ressemble pas aux adultes qu’elle a pour habitude de côtoyer. Alors qu’elle travaille sagement à son bureau, un avion en papier vient se poser sur son plan de travail. Elle le rejettera d’abord, puis s’intéressera à ce message. C’est de ce simple avion en papier que tout va commencer.

Si le cinéma et la littérature permettent d’illustrer nos utopies, ce film le fait tout aussi bien. Nous assistons souvent à des rencontres improbables à travers l’art. Que ce soit une question d’âge, d’origine ou de genre. La complémentarité de deux êtres complètement différents nous surprend toujours. Nous surprend, mais nous ravit également. C’est ce qui va se passer entre ces personnages que tout oppose. Chacun va alors apporter à l’autre ce dont il a besoin. Un peu d’ordre et de sérieux pour l’aviateur. Du lâcher prise et de l’amusement pour la fillette.
A l’image du petit prince et de son renard, la jeune fille va découvrir la joie de se lier à quelqu’un. Une joie certes dangereuse, mais essentielle et affirmée par de beaux aphorismes (dictés par le renard au sein du film) : « Mais si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. » ou encore « Tu es responsable de ce que tu as apprivoisé. »

Une histoire et deux styles
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En évoquant la complémentarité des êtres, il y a la complémentarité des styles. Les images en stop motion accompagnant les images de synthèses apportent un rythme assez intéressant. On ne décroche pas. Les visages des personnages en infographie 3D sont apaisants et leurs discours me semblent être plus impactants qu’au sein d’une ambiance onirique. Beaucoup de douceur et une certaine lenteur apportent du poids aux propos. Je dis souvent que le voyage n’est pas que le fait de dépasser les barrages physiques, ce passage m’a par exemple particulièrement parlé :

« Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure. »

Un autre encore

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »


La possession et le partage
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Autre moment important. Celui de ce personnage, animé en volume, et doublé par Vincent Lindon. Ce dernier possède de nombreuses étoiles que le petit prince et l’aviateur recherchent. Le petit prince ne semble pas comprendre ce désir d’avoir. L’homme, lui, rigole de vive voix lorsqu’il voit le petit être blond étonné. Ce grand baraqué représenterait-il la quête du pouvoir ? Mais si l’aviateur amasse dans sa maison, quelle est la différence entre cet homme d’affaire souhaitant lui aussi amasser toutes les étoiles ? Le partage. L’un montre à l’autre et l’autre souhaite les laisser emprisonnées dans une cloche. Une cloche, comme celle qu’envoie le père de la petite chaque année pour son anniversaire. Un père absent du scénario.
Ce film a soulevé beaucoup de questions. Il y a celle du besoin de posséder, celle de nos relations à l’autre et du danger de s’attacher. L’amitié et les liens que l’on tisse avec le temps. Ce qui est essentiel dans la vie et ce qui l’est moins.

L’essentiel est invisible avec les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur
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Si le phrase « dessine moi un mouton » est très connue, il en est une autre également et c’est celle de cet intertitre. J’ai été bien longue pour exprimer les messages qui me semblent être importants. Il y a des films sans âme et il y a celui-là. Mon dimanche soir a été peuplé de questions. Des questions rhétoriques mais des questions quand même. Alors, pour ne pas perdre son âme d’enfant (message au cœur de ce film d’animation) tentons de nous montrer toujours ouvert aux autres et à leurs différences (classique n’est-ce pas, pourtant essentiel!).

Source des illustrations : http://bit.ly/1kHQEa9

Les petits plus :
La bande annonce
Le site officiel

L’avis d’Elsa

Pourquoi ce titre? Et bien parce-que je viens de lire un article sur le site de Radio Prun’ où une femme retranscrit très bien les émotions éveillées par le film « La vie d’Adèle ».

« Adèle grandit, mûrit, vieillit sous nos yeux ébahis, Adèle s’épanouit, s’émancipe, se construit, survit à une passion, de celles qui vous marquent au fer rouge, de celles qui vous façonnent, qui vous assomment, qui vous bastonnent le cœur et le corps, qui vous laissent sur le bord de la route avec des bleus à l’âme, mais après tout, comme le souligne la bande-dessinée dont est inspiré le film : le bleu est une couleur chaude »

« De la peau de l’autre comme exutoire exalté, comme échappatoire incontrôlée, comme apprentissage intellectuel, aussi »

« Le cinéma réussit à prendre le dessus, arguant insolemment, revendiquant à juste titre que la fiction est ce qu’elle est, indépendante et salvatrice, dominatrice dans sa liberté d’expression, face à l’inconsistance de la polémique des Hommes. »

Cet article est celui de la journaliste Elsa Gambin.

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La vie d’Adèle, film de Abdellatif Kechiche, grand succès en cette fin d’année 2013. J’y suis allée par curiosité et sans enthousiasme particulier. J’ai beaucoup aimé. Les scènes du quotidien, celles des interrogations, de la séduction, du plaisir, de la souffrance. Celles du retour à une vie plus…normale. Ce qui m’a touché est le désarroi amoureux de la jeune femme. Poitrine serrée, mal être qui vous prend dans tout le corps, oppression et impression que tout est à reconstruire. C’est aussi la liberté, les premiers essais, les premiers échecs. Les désirs maladroits et incontrôlables. Cette histoire ne parle pas seulement de l’ homosexualité, mais de toutes les formes d’ amour. Le réalisateur nous montre à quel point nous pouvons nous sentir rien lorsque la personne aimée nous renvoie du désamour et de l’indifférence. Outre cette relation entre les deux jeunes femmes, l’aspect social est traité. Ses incidences et son importance mettent une fois de plus en exergue les altérités de l’autre. Leurs différences ont eu raison de leurs ambitions. Là où Adèle se contente d’une vie simple, sa compagne voit grand et ne comprend pas, ne comprend plus, ses aspirations…

…Parce qu’il y aura toujours des musiques, des livres, des films et différents scénarios pour interroger ce qui nous comble au plus profond comme ce qui peut nous affaiblir : l’amour.