« Hors Normes », ou le film-documentaire époustouflant

 Le film français Hors normes est sorti au cinéma en mai 2019. À l’affiche : Vincent Cassel et Reda Kateb. Le duo souriant engage les amoureux du cinéma à voir cette comédie dramatique réalisée par Olivier Nakache et Éric Toledano. Vous les connaissez bien, puisqu’ils ont réalisé Les Intouchables. Un autre genre complète cette production : le documentaire. Ici, les réalisateurs dressent le combat de deux associations qui s’occupent d’enfants avec autisme que les institutions ne peuvent plus prendre en charge.

Je découvre « Hors normes » presque 1 an après sa sortie en salle. Cette œuvre époustouflante met en lumière le défi que se sont lancés deux vrais hommes. Vrais, car nos deux acteurs interprètent Stéphane Benhamou, de l’association  « Le silence des justes », et Daoud Tatou, du « Relais île de France ».  Deux personnalités investies d’une mission : « accompagner dans les meilleures conditions possibles le développement des enfants, adolescents et adultes avec autisme ou atteints de Troubles apparentés »1, et « aider à la réinsertion sociale et professionnelle d’animateurs, au départ non diplômés, via la prise en charge de personnes en situation de handicap »2.

Là ou la fraternité prend tout son sens

Si le film aux 8 Césars détourne le vrai nom des associations et de leurs personnages, les curieux peuvent découvrir en quelques clics l’ampleur des actions que mènent dans le scénario Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Ketab). Le début nous plonge directement dans l’action. Une jeune fille court dans la rue, essoufflée et apeurée, les bras ballants.  Plusieurs hommes lui emboîtent le pas. L’avantage de ne rien savoir d’un film est que l’on s’immerge complètement. Je me suis souvent crue dans l’univers de « Police », réalisé par Maïwenn. Ici, ce n’est pas le travail des policiers qui est mis en avant, mais celui des éducateurs. Les plans sont parfois serrés, accompagnés d’une BO qui nous ramène à l’ambiance d’Intouchables : une musique douce et discrète de Grandbrothers. On s’interroge : de quoi nous parle-t-on ? Et l’on comprend vite, en suivant la cadence de Bruno, que nous découvrirons le quotidien de ces surhommes.

« Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes »

J’ai pu lire cette critique, qui me semble être la bonne, même si le terme « hors normes » à cela de dérangeant qu’il signifie que donner sa vie pour les autres n’est pas normal. Après réflexion, c’est effectivement le cas. De plus, Hors normes désigne surtout la manière d’accueillir ces malades, qui n’est pas protocolaire. En parallèle de l’histoire, deux inspecteurs se chargeront de mener des entretiens afin de remettre en cause cette association qui ne dispose pas d’agrément. L’un d’eux, interprété par Frédéric Pierrot, dira même ne pas être ce qu’ils sont tout de même : des services froids qui ne connaissent pas la réalité du terrain. Ce que ce long métrage nous montre, c’est qu’il y a des règles, mais aussi des exceptions à des règles qui fonctionnent mal parfois.

On retrouve dans le film les paroles de Médecins interrogés dans le cadre du documentaire « hors-normes documentaire »3. Comme c’est le cas pour l’actrice Catherine Mouchet, qui reprend les expressions du Médecin Moïse Assouline lorsqu’il y mentionne les pratiques innovantes qui ne répondent pas aux conventions de Stéphane et Daoud : « Ils s’engagent avec leur cœur et leur foi, donc ils innovent. À certains moments, et pour avancer, on leur disait « soyez-prudents  », mais ils n’en faisaient qu’à leur tête et cela marchait ! ».

Une distribution parfaite

Vincent Cassel interprète à merveille l’implication de Stéphane Benhamou. Dès le début, le profil de cet homme est planté lorsque son comptable lui demande d’arrêter de dire à tout le monde « on va trouver une solution ». À cela, Bruno répond « qu’il tentera de trouver une…de voir ce qu’il pourra faire  ». Avec son regard clair et son air franc, Vincent Cassel ajoute une douceur que je lui avait peu vue jusqu’alors. Sa barbe poivre et sel et sa casquette campée maladroitement sur la tête finissent de rendre cet homme attendrissant, car toujours habillé d’une tolérance et patience poussées à l’extrême envers certains cas. Prenons celui de Joseph. L’enfant est interprété par Benjamin Lesieur, un jeune autiste jouant son propre rôle. Alors que l’on se dit qu’il n’y a rien à faire, Bruno persévère encore et toujours pour que Joseph ne déclenche plus le signal d’alarme des réseaux de transports lorsqu’il se déplace. Si Bruno prend le temps pour Joseph, il le prend également pour sa mère, jouée par Hélène Vincent (que j’aime beaucoup !).

La beauté de l’union entre Bruno et Malik, c’est que l’un forme des jeunes défavorisés à devenir de bons accompagnateurs, et l’autre s’en sert pour protéger « ses » enfants et adolescents. La complémentarité est forte entre les deux associations et chacun peut y trouver sa place, comme ce sera le cas pour Dylan, qui devra s’occuper du petit Valentin, atteins d’un autisme sévère et que plus aucun centre ne peut accueillir.

Un film qui traite d’un sujet grave avec humour

À l’écrire je me dis qu’il n’est pas possible de le faire, mais pourtant c’est bien le cas ici. Si le sujet est sérieux, la mise en scène nous invite plus d’une fois à sourire, voir à rire, tant Bruno et Malik ne se départissent pas d’une légèreté, essentielle pour le bien de leur mission. Bruno, s’il peine à s’adapter aux agendas partagés, peine aussi à rencontrer une femme. Si la vie personnelle des deux hommes n’est jamais abordée, celle d’un des deux est de toute façon toujours sabordée par des obligations professionnelles. Sa priorité, on le comprend vite, ce sont les enfants. Alors, les quelques femmes qu’il rencontrera essuieront toutes un échec, tant cet homme place en son cœur la vie des autres.

Il n’y a qu’à la toute fin qu’on découvre que Malik a une petite fille, qu’il prend soin d’aller coucher car elle dort déjà à l’arrivée de son père. Les réalisateurs ont certainement souhaité montrer qu’il y a peu de place pour la vie privée lorsque l’on s’investit comme le font Bruno et Malik.

Une seule pratique : l’aide à son prochain

Ce qui marque le film est également les religions qui y coexistent. Stéphane est pratiquant juif et Bruno pratiquant musulman, tout deux dépassent leurs origines pour ne faire qu’un dans le travail. Si les signes extérieurs nous indiquent la croyance, jamais il ne sera fait état de ces croyances durant le film. À une exception, le shabbat du vendredi lorsque Stéphane doit intervenir pour sauver un jeune en danger (shabbat qu’il ne respecte pas bien entendu). C’est pour moi une des grandes forces de frappe de Hors normes : plusieurs religions et personnalités travaillent ensemble pour un objectif commun qui transcende les différences.

Ce film peint l’accomplissement de gens hors normes et la prise en charge hors normes pour permettre à des enfants et adolescents de vivre une vie un peu près normale. C’est admirable et c’est une histoire vraie. Ce film réconcilie avec la nature humaine, dont les médias ne nous montrent pas toujours le meilleur alors qu’il y a tant de beaux récits à raconter. Tant de personnalités incroyables, mais inconnues, à incarner.

En savoir plus :

Découvrir la bande annonce :

Découvrez le documentaire à l’origine du film :

1. Définition officielle du site « Le silence des justes »

2.  Définition officielle du site « Relais île de France »

Ne me libérez pas, je m’en charge

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« Ne me libérez pas, je m’en charge », est un documentaire diffusé en avril 2009. La réalisatrice, Fabienne GODET, donne la parole à un ancien braqueur fiché au grand banditisme. Pendant 1h47, nous sommes face à un homme s’arrogeant des règles et des codes. Ce film met en exergue ses errances et sur ce qui peut encore faire tenir, quand tout semble perdu.

Sur l’affiche, le visage d’un homme en noir et blanc. Si une partie est apaisée, comme pour prendre le temps de respirer enfin, l’autre semble nous délivrer un message à travers un clin d’œil discret. Ce message c’est : enfin libre.

« On apprend les choses par ce qui nous manque ». Le début de ce documentaire commence par ses propos. J’écoute en toile de fond les paroles de cet évadé multirécidiviste. De cet épris de liberté sans ancrage, « un enfant de rien » comme il le dit lui-même. La fuite en avant de cet homme, ses difficultés et ses échappées, l’ont obligées à se regarder en face et à se questionner sur le sens de sa vie. Ce documentaire, s’il est pauvre visuellement, est riche des paroles pleines de sens de Michel Vaujour. Au-delà des faits pour lesquels il a été jugé, cet ancien évadé a une telle distance sur la vie qu’il jette un jugement serein sur son passé, déclarant que pour lui, « il n’en a pas ». Fils de « fonctionnaires dociles », il aura pris des chemins opposés et a basculé. Les raisons: un cadre familial violente et sans structure. Sa vie en prison, il l’a décrit comme cela: « Tu es seul, seul, seul. Ton humanité se résume au fait qu’un homme t’ouvre la porte et la ferme. Tu n’as que le temps de penser. Penser, penser, penser. Tu ne ressembles plus à ce que tu es. » Cette solitude aura été sa force, et vous le comprendrez au fil du documentaire.

Michel Vaujour

« J’avais repris une liberté qui n’était pas joyeuse, car je ne savais pas aimer ». Le retour à la vie civile, lors de ses cavales, n’était pas forcément source de joie pour cet homme parfois plus enclin aux risques qu’à une vie bien rangée. Même en fuite, le quotidien n’a pas de relief pour que, comme il le dit, « ça en vaille la peine ». Alors Michel Vaujour recommence les délits, comme pour combler un vide et défier la mort ; « ce n’était pas pour l’argent, mais pour l’ivresse et le goût de planifier une action, un braquage. Faire irruption dans un espace et en devenir le maître absolu pendant un temps déterminé.» À la question de Fabienne Godet « avez-vous intégré le fait que vous auriez pu blesser une femme comme votre mère », il répond « non, je ne tuais personne, pour le reste je n’y pensais pas ».

« La justice est une vaste fumisterie pour les pauvres gens ». Michel Vaujour fait partie de ces hommes chez qui la représentation des autres est très abstraite. C’est en cela qu’il s’est bien souvent arrogé des lois et des codes. Cet homme est un homme cassé, aimant ses parents mais ne trouvant pas le sens à sa vie et refusant les injustices qui régissent entre ceux qui n’ont rien et les autres. Si cet ancien gangster assume tout ce qu’il a fait, il ne s’enorgueillit jamais de ses actes. Nous ne sommes pas face à un Mesrine, scandant ses prouesses. Nous sommes face à un homme simple, fumant cigarette sur cigarette, au-dessus d’une toile ciré. Retenu à rien, ne souhaitant pas mettre de vernis sur son histoire et ses actions, sa parole est authentique. Simple, lente et grave. À plusieurs reprises il mentionne « les mentons », « les poulets », avec beaucoup de mépris. Pour autant, et comme la réalisatrice le dit, ces rencontres avec ces forces de l’ordre il les provoquait. Malgré la carapace de cet être à la voix éraillé, je suis touchée par la sincérité de ses propos. Finalement, il a espéré mourir à de nombreuses reprises. Sa vie n’est pas le goût du risque, mais celui de la mort. Comme un suicide déguisé. Et quand la mort ne survient pas car la vie s’attache, les murs servent à attendre le pire. Pour autant, et malgré les souffrances et les difficultés, Michel Vaujour s’en est sortie.

« L’amour, comme remède à l’enfermement ». Si Michel Vaujour a connu l’isolement, cela ne l’aura pas empêché de connaître l’amour. Comme le cite son avocat ; « c’est vrai qu’il y a toujours les mêmes sentiments autour des évasions de Michel Vaujour. De l’amitié, de l’affection et pour certain de l’amour ». Dans le cadre de ses études, une visiteuse de prison, Jamila, tombera amoureuse de Michel Vaujour. C’est en quartier d’isolement qu’elle le rencontrera pour la première fois. À travers cet amour, elle connaîtra également les barreaux qui l’a séparaient au départ de Michel. Elle aussi participera à une tentative d’évasion et ne rechapera pas à la justice.  Jamila écrit dans ses lettres « mon amour, ma brulure », et ces quatre mots en disent long sur les liens qui les unissent et la douleur d’être séparés.

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« Un déni d’humanité m’était donné et pour me donner le sens que j’avais besoin, parfois et même souvent, j’entamais un simulacre de pendaison comme ultime issue. Un choix, cette liberté-là. Savoir qu’il y a une fin possible qui m’appartient à moi et que personne ne peut m’enlever. »

Pourquoi regarder ce film ? Pour se mettre face avec un être en déni d’humanité bien souvent, mais libéré pour autant. Libéré par le cheminement de la pensée et de la réflexion. Je reste tout de même étonnée, pour ne pas dire épatée, par cet homme qui ne s’est pas écroulé malgré les épreuves. Un homme qui aujourd’hui a trouvé la paix avec des projets plein la tête.

À la dernière question « quelle trace a laissé cet enfermement », Michel Vaujour répond, les yeux fixés sur le plafond avec un sourire au coin : « l’expérience de la balle dans la tête ». Après 27 ans d’emprisonnement, dont 17 ans en isolement total, 5 évasions, 3 cavales, Michel Vaujour a obtenu 16 ans de remise de peine. Il est libre depuis septembre 2003.

>> Découvrez la bande annonce

>> Je vous invite également à lire mon article sur le livre de Michel Vaujour, paru en 2018 aux éditions XO.

La fabrique du citoyen, une histoire républicaine de la ligue de l’enseignement

Public Sénat a diffusé en mars 2016 un documentaire du journaliste Jean-Michel Djian. Ce dernier évoque l’histoire de la ligue de l’enseignement et son engagement pour une éducation populaire. Ligue, trop peu connue et reconnue pour son travail. Ce que rappellera Alexandre Jardin, écrivain et fondateur de l’association « J’aime lire »,  dès le début de ce film.

L’éducation. L’école. La culture. Peut-on vraiment prendre pleinement conscience de ce qu’est la vie si nous ne sommes pas armés pour la comprendre ? Pour la comprendre, encore faut-il s’être assis sur un banc d’école. Sur plusieurs bancs d’école. Quelle chance de pouvoir avoir accès à l’enseignement. Si aujourd’hui cela semble simple, une inscription à l’école et nous voilà élève, cela n’a pas toujours été le cas. Des hommes se sont battus pour que chaque citoyen puisse apprendre et se forger une opinion basée sur des connaissances.
Ces hommes, ce sont Jules Ferry, Léon Gambetta, Léon Bourgois, Ferdinand Buisson, Jean Zay, Claude Julien ou encore Vincent Peillon aujourd’hui. Tous à leur manière, dans leur fonction, ont milité pour éduquer le  peuple et pour institutionnaliser l’élévation de la pensée. J’ai par là-même appris la signification du mot instituteur. C’est donc cela, « institutionnaliser l’élévation de la pensée ».

Autre grande figure dans la ligue : Jean Macé

Il a accompagné la révolution de 1948 et la défense de la république. Jean Macé va écrire des ouvrages de vulgarisation, comme L’histoire d’une bouchée de pain. Cette lettre à une petite fille sur la vie et l’homme et ses animaux connaît un grand succès et le nom de son auteur deviendra connu. Jean Macé va alors entreprendre un combat militant abandonné en 1851. Il fondera la première bibliothèque communale, puis en 1863 une société des bibliothèques communales. L’éducation populaire est au cœur de ses ambitions. Pour ce journaliste et professeur de jeunes filles, c’est par l’éducation qu’un citoyen « digne de ce nom », comme il l’exprimera, pourra exister. Il va créer la ligue en 1866 pour que les jeunes avides de savoir s’émancipent et s’enrichissent intellectuellement.

Ouvriers et notables vont se réunir au sein de cercles pour penser cette émancipation. Une énergie collective va naître de ces réunions et avec les années d’autres hommes, comme ceux cités plus haut, s’inscriront dans cette démarche.

Instruction gratuite, obligatoire, laïque

Nous parlons beaucoup de laïcité aujourd’hui, mais cette dernière est inscrite depuis longtemps dans notre société. Comme le rappelle ce documentaire « la république doit donner des occasions de partager mais surtout de penser par soi-même, l’idéal des lumières ». Ce projet éducatif est au cœur de l’éducation nationale. Parce qu’un citoyen impliqué et pouvant participer au débat contribuera forcément à ne pas rester dans l’égoïsme de l’individualisme. Victor Hugo ne croyait lui qu’à une école : l’école publique. À l’époque, quand les catholiques s’attachent à la responsabilité du père de famille, les républicains considèrent que l’éducation passe par la mise en œuvre de la responsabilité de l’État.

Jean Jaurès

Comme de nombreux discours portés par Jean Jaurès, celui qui est présenté dans ce documentaire reflète parfaitement la pensée de ce leader socialiste. Il s’agit  du débat parlementaire sur la loi de séparation de l’église et de l’État de mars à juillet 1905, à la chambre des députés.  Prononcé le 20 avril 1905, le discours sera très applaudi.

 « C’est sans équivoque, c’est sans ambiguïté, c’est en respectant dans la limite même de leur fonctionnement les principes d’organisation des églises, qui ne deviennent plus qu’un des éléments de la liberté civile générale, et c’est en dressant contre ces églises la grande association des hommes travaillant au culte nouveau de la justice sociale et de l’humanité renouvelée, c’est par là et non par des schismes incertains que vous ferez progresser ce pays conformément à son génie. Voilà pourquoi l’œuvre que la commission nous soumet, œuvre de liberté, œuvre de loyauté, œuvre hardie dans son fonds mais qui ne cache aucun piège, qui ne dissimule aucune arrière-pensée, est conforme au véritable génie de la France républicaine ».

À noter que vous pouvez retrouver les grands discours de Jean Jaurès via ce site : Jaurès où la nécessité du combat

La force de la ligue depuis 1866

Jean-Michel Djian a souhaité montrer la puissance de la ligue de l’enseignement où de grandes personnalités ont porté la république derrière l’État. Question importante en ces temps incertains : la ligue est-elle fragilisée ? En tous les cas, l’héritage de Jean Zay n’est pas partagé par tous ceux qui encouragent le consumérisme et l’individualisme. Ce documentaire nous remet à l’esprit le capital qui a permis à la ligue de prospérer. Ce capital c’est l’héritage de Jules Ferry et de Jean Zay. « L’école, c’est notre sanctuaire républicain ». Des hommes et femmes se sont battus pour elle. Le mouvement populaire compte aujourd’hui 2 millions de membres et 30 000 associations. Les activités périscolaires y sont très importantes.

Après l’histoire, place aux discours

Ce que je retiens de ce documentaire, outre les plans entraînants, les quelques notes d’accordéon, les images d’archives agrémentées d’une voix off nous rappelant les grandes lignes de cette ligue, c’est aussi les témoignages d’hommes et de femmes. Ceux qui prennent la relève.

——————————->> Voici quelques extraits :

Meirieu« Jean Zay avait un point de vue fort, qui considérait que l’éducation nationale était le devoir de l’état mais qui était toujours menacé de suffisance. Alors la suffisance c’est aux deux sens du mot. Il y a la suffisance avec les suffisants qui font peur au peuple, ceux qui éloignent le peuple de la culture car ils donnent le sentiment qu’ils sont seuls à pouvoir la posséder. Et il y a la suffisance de ceux qui croient que leur institution peut à elle seule totaliser l’ensemble des missions de transmission. Jean Zay proposait donc que l’éducation populaire soit comme un engagement de la nation ».  Philippe Meirieu, Professeur en sciences de l’éducation.

Cyntia fleury« La ligue a été pionnière sur la compréhension que l’éducation n’est pas circonscrite à l’école. C’est plus vaste que ça, ça rappelle que toute notre vie ce sera ce pas de plus. Nous devons donc beaucoup aux enseignants qui portent les élèves. La ligue fait des choses bien, mais ne le fait absolument pas savoir. Elle s’est constituée par l’engagement des « hussards noirs » de la république. Instituteurs de l’école publique très engagés dans la vie de la cité. Il y a eu un dessaisissement de la sphère politique ne serait-ce que par la sphère économique ». Cynthia Fleury, psychanalyste et philosophe.

Sans titre« J’entends quelques arrogants, qui disent que les jeunes ne sont pas cultivés comme nous l’étions nous-même. Moi j’ai travaillé avec beaucoup de ministres. J’en ai vu des fautes d’orthographes, par des gens qui étaient sortis de l’École Nationale d’Administration ou même agrégés de philosophie, docteurs. Mais qu’est-ce donc cette façon de parler des autres ? C’est précisément l’inverse d’une démarche d’hommes et de femmes cultivés. Moi les grands esprits que j’ai rencontré, j’ai eu la chance d’en croiser dans ma vie, les Georges Charpak, les Jean-Pierre Vernant, les grands esprits qui font le rayonnement français, jamais ils n’avaient de mépris pour personne. Is ne pensaient pas qu’une faute d’orthographe méritait de faire la UNE du journal sur « ce sont tous des ânes ». C’est le contraire qu’il faut faire ».  Vincent Peillon, homme politique français, Parti socialiste.

Danièle Sallenave« L’idée de se vider la tête est toujours un mot qui m’a fait horreur, car une tête n’est pas faite pour rester vide. Si elle est vide, elle doit se remplir d’autres choses. La république doit former les citoyens, mais le citoyen est mis à toutes les sauces. Il ne faut jamais oublier que le mot citoyen est premier. Cité découle de citoyen et non citoyen de cité. Les citoyens c’est l’ensemble de ceux dont va découler une cité. Il y a aujourd’hui, concernant la politique, une faiblesse d’analyse et de solutions qu’ils peuvent apporter ». Danièle Sallenave, écrivaine membre de l’académie française.

Pour le reste, vous découvrirez les différentes séquences de ce documentaire très riche et très documenté. Il donne envie d’en savoir plus, de connaître l’avis d’autres experts, mais également de regarder d’autres films du journaliste Jean-Michel Djian.

Il y a une empreinte, une sensibilité toute particulière qui est une belle promesse à d’autres réalisations à caractère culturel alliant le style et le fond.

🎬 Cliquez ici pour regarder le documentaire 🎬

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Les temps de la radio

RadioLCP diffuse actuellement un documentaire de Paul-Stéphane Manier sur la genèse du média radiophonique. Présenté par le journaliste Jean-Pierre Gratien et ses invités, l’ascension de la radio y est retracée.

L’essor des ondes
Si la presse papier a longtemps dominé dans la diffusion de l’information, la radio a su largement s’imposer ces dernières années en proposant une autre forme de langage. Plus spontané et complémentaire à une actualité intellectualisée par les professionnels de l’information. Comme il est souligné dans ce documentaire, la radio a multiplié les échanges et a libéré la parole. Dans les années cinquante, c’est même la principale source de divertissement. Une émission rencontre à cette période un franc succès, « quitte ou double » animée par Zappy Max. Elle est diffusée sur radio Luxembourg, aujourd’hui appelée RTL. Le 29 mars 1952, un invité bien particulier va bouleverser l’émanation de ce média. Cet invité, c’est l’abbé Pierre. Des personnalités, comme ce prêtre catholique, souhaitent toucher les gens et provoquer des manifestations contre la misère. La radio est donc un excellent moyen d’agir. En 1954, une femme meurt de froid dans la rue. Excédé, l’abbé Pierre lancera cet appel historique : « Mes amis, au secours. Chaque nuit, ils sont plus de 2000 recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Il faut que ce soir même dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent et qu’on lise ces simples mots : toi qui souffre qui que tu sois entre, dors, mange, reprends espoir, ici on t’aime ». Ses propos auront un retentissement inimaginable. Quelques heures après ces mots scandés sur les ondes, la gare d’Orsay est assaillie de personnes amenant sacs de nourritures et de vêtements. En quelques jours seulement, 8 millions d’euros seront récoltés. La radio contribuera alors aux grandes causes à défendre.

POrte voix grandes causes

De Salut les copains aux prouesses techniques
Outre les actions solidaires et citoyennes, un autre programme marque à tout jamais l’histoire de la radio en 1959 avec l’émission Salut les copains. L’audience de cette émission sera estimée à 5 millions de jeunes ! C’est un vecteur essentiel pour des artistes, à l’image de Johnny Hallyday qui s’est fait connaître grâce à cela. Le sociologue Edgar Morin leur donnera même un nom : les « yéyés ». Cette effervescence, aidée et impulsée par le média radiophonique, va affirmer la période transitoire entre l’enfance et l’âge adulte. L’époque est à la découverte.  Jean-Marie Périer, journaliste et photographe, perçoit les grandes différences entre hier et aujourd’hui : « il y avait un grand besoin de rire et de faire du bruit de la part de ces jeunes gens. La radio a insufflé un nouvel état d’esprit avec une envie de revendication. Aujourd’hui les gens ont peur, ils ont même peur d’avoir peur. Rien à voir avec l’époque ». Les années soixante marquent également les grandes évolutions techniques avec les transistors et les magnétophones portables. Pour la première fois, la radio interfère en direct avec la réalité. Grace au Nagra (premier magnétophone à bande magnétique), les journalistes peuvent couvrir de nombreux événements, comme les déferlements de foules de mai 1968. Les montages de cet appareil ne permettent pas la censure. Nouvel élan pour le média, le départ du général Charles de Gaulle et l’arrivée de Jacques-Chablan Delmas, qui supprime le ministère de l’information et le ministère qui contrôle la radio et la télévision. Puis, l’éclatement de l’ORTF marquera le début de la concurrence. Enfin, la loi du 29 juillet 1982 déclarera la communication audiovisuelle libre.

Les femmes de la radio
La radio marquera de nouveau son temps par l’éducation qu’elle aura auprès des citoyens. Des journalistes, à l’image de Ménie Grégoire, s’intéresseront aux problèmes qui touchent tout le monde. À l’époque, cette libre antenne permet aux auditrices d’écrire des lettres lues par l’animatrice et son assistante. Cette émission est prépondérante sociologiquement et contribuera même à la recherche.

Ménie Grégoire 2

Ménie 4

À l’image de Caroline Dublanche sur Europe 1, Ménie Grégoire écoute et conseille. Autre figure féminine importante : Françoise Dolto. En 1976, cette femme Médecin psychiatre apparaît sur les ondes de France inter avec des chroniques régulières. Les parents vont alors découvrir ce qui se passe chez leurs enfants. Les travaux de Françoise Dolto, datant de 1935, seront alors révélés 35 ans plus tard au grand public. Ses collègues disaient d’elle qu’« Elle rendait les gens qui l’écoutent intelligents ».

L’ingrédient pour qu’une émission marque son temps
Jérôme Garcin, journaliste et présentateur de la très célèbre émission « Le masque et la plume », exprime ce qui peut inscrire une émission dans le temps. Il l’expose ainsi : « Le parler vrai et le côté spectacle et comédie. Une émission peut devenir une petite mythologie nationale là où les français se reconnaissent ». À cela, le réalisateur de ce documentaire ajoute : « Parler de ce qui concerne d’auditeur, ce qui l’éveille, ce qui l’émeut et le sensibilise, ce qui le rend intelligent. La radio peut être populaire, culturelle, musicale, informative, peu importe. Elle doit s’adresser, par-delà les ondes, à des personnes et à des esprits. Pour cela, tous les temps sont possibles ».

Le documentaire :

Informations complémentaires :
La théorie des yéyés (influences)
Mon nagra et moi : souvenir émue d’une reporter radio

Reportage : ce que mes gènes disent de moi


La science et la conscience 

« Ce que mes gênes disent de moi ». Ce reportage diffusé sur Arte cette semaine nous invite à comprendre d’où viennent nos traits de caractère. La réalisation est signée Lone Franck, journaliste scientifique danoise. Cette femme intrigue. Tout en elle exprime le malaise. On sent chez elle une profonde mélancolie. Cette tristesse est d’ailleurs à l’origine de sa démarche. Celle de comprendre d’où viennent nos névroses. Quelles sont leurs origines. Ainsi, cette neurologue va à la rencontre de nombreux experts à travers le monde qui tentent d’élucider le mystère de notre personnalité. Tous les enfants battus deviennent-ils dangereux ? Tous les enfants choyés deviennent-ils bienveillants ?

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Le regard : essence de nos vies
J’ai un réel coup de cœur pour ce reportage. La qualité de l’image, les plans, le mouvement. J’ai l’impression d’être aux côtés de cette femme et aimerais partager ses interrogations. C’est sans complexe qu’elle dit voir uniquement le négatif et ne pas aimer le monde. Si Lone m’est familière, c’est parce-que j’ai déjà vécu ce genre de période ou les hommes me semblaient être uniquement mauvais et destructeurs. Sans chercher à voir et à connaître ceux qui œuvrent pour aider les autres, les accompagner, les soigner, les cultiver, les faire grandir. Si Alexandre Jollien (que j’aime beaucoup) ne croit pas au bonheur, moi oui. Je pense, en revanche, qu’acquérir la force d’ignorer les mauvaises ondes pour se concentrer sur les bonnes et rester positif en toute situation est très difficile.

Certaines personnes y arrivent, non sans mal. Depuis quelques mois, sans prétendre avoir « changé », je me sens soulagée d’un poids. Quelques séances chez une sophrologue au bord de la mer et un voyage en Inde m’ont apaisée. Les choses que je savais, j’ai enfin pu les mettre en pratique. À 25 ans il était temps. Je comprends Lone Franck, je comprends ses interrogations. Pourquoi allons-nous parfois mal alors que nous possédons bien plus que nos ancêtres ? Pourquoi des hommes sont bons et d’autres si mauvais ? Si ces questions peuvent sembler légères, des scientifiques se les posent également. À l’image de James H.Fallon, que Lone Franck a rencontré. J’ai vraiment aimé assister à leur rencontre. Ce neurologue semble doué d’un humour incroyable. À ses côtés j’entrevois le sourire de la réalisatrice. J’aurais aimé être avec eux, dans ce cadre magnifique d’Albany du nord (USA).

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Je me fais la réflexion, en regardant le regard lumineux de Lone Franck, qu’elle n’a peut-être pas fait les bonnes rencontres dans sa vie. Car tout est une question de rencontre et d’acceptation. D’ailleurs, l’un des experts le formule très clairement. Le jour où nous considérons nos forces et nos faiblesses et que nous les acceptons sans jalouser l’autre, nous sommes guéris d’un poids considérable. Je pense que c’est aussi cela qui m’a aidé ces derniers mois. Il y a certains traits que j’accepte, alors qu’avant je pouvais me mentir. Aujourd’hui je m’impose mieux. J’expose mes défauts et mes difficultés sans problème, non sans honte, mais sans problème. Un exemple : je fais beaucoup de fautes d’orthographes. Je ne comprends pas vraiment pourquoi car je lis et écris beaucoup, mais j’en fais. Un mélange de mauvaise mémoire ou d’étourderie me fait oublier les règles les plus élémentaires. Avant, je n’aurais jamais écrit ça. Ce qui est dure dans l’acceptabilité est la fatalité qui peut en résulter. Pour les fautes, non bien sûr. Pour d’autres facteurs, il n’y a pas d’issue et c’est aussi cela qu’il faut accepter.

« Dans la balance de la destinée, le muscle ne pèse jamais autant que le cerveau ». James Russel Lowell

Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgée des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ?

Tous les entretiens furent passionnants. J’ai ici relevé un passage de l’un d’entre eux. Jay Belsky, un psychologue américain, va à l’encontre de certains prérequis justifiant nos caractères.

« Un des problèmes lié à l’étude du développement enfant et humain est que nous sommes trop restés influencés par les lumières. Nous sommes devenu des idéalistes romantiques qui pensons que les humains sont des êtes perfectibles. Qu’il suffit d’aimer ses enfants, de s’en occuper et de les stimuler pour instaurer la paix sur terre. Un biologiste évolutionniste vous le dira, ça n’a pas de sens. Il ne faut pas avoir une vision romantique du développement car l’objectif des êtres vivants est de se reproduire et de transmettre leurs gènes. Comment les expériences nous façonnent ? Ça c’est un mystère bien plus important mais bien plus compliqué à analyser. Le fait est que nos premières expériences nous construisent, que ce soit lors des 5 premières secondes, des 5 premiers mois ou des 5 premières années de notre vie. Le futur est par essence incertain, alors pourquoi la nature aurait-elle forgé des êtres dont l’avenir est tributaire du sens dans lequel souffle le vent ? Car si les vents tournent, ils tombent tous à l’eau et c’est la fin. J’en ai déduis qu’on devrait étudier une variabilité de la sensibilité aux influences environnementales. J’ai supposé que cette variabilité était plus ou moins innée… »

Sans titre

J’aurai pu continuer longtemps à relever ses propos. L’inné et l’acquis sont ici évoqués. Sans être scientifique, c’est une logique imparable. Qui n’a jamais connu une personne née d’un milieu favorisé et ne réussissant (ou ne souhaitant) pas à réussir comme ses parents ? Qui n’a jamais connu une personne venant d’un milieu défavorisé faire de longues études et s’élever socialement ? Nous avons tous pu l’observer. Me concernant, dans les deux cas je prends plaisir à constater que nos chemins ne sont pas tout tracés. Bien sûr, en règle générale, je constate que « les chiens ne font pas des chats ». C’est très simple mais c’est un constat. Je l’ai observé chez les autres et dans ma propre famille. Ma maman est juriste et mes deux sœurs ont fait de longues études de droit. Mon parcours scolaire fut compliqué, mais ma famille m’a toujours soutenue et je crois que sans eux je ne serai pas allée au bout de ces 5 années d’études. Une pression m’a quelque peu incitée à ne pas être loin derrière ces deux sœurs que j’adule.

Parlons lecture. À la maison il y en a toujours eu. J’aimais regarder les livres de mes parents. Je constate aujourd’hui que mes sœurs et moi-même aimons la lecture et l’écriture. Bien sûr, et à mon plus grand enchantement, l’accès aux études a été facilité pour tous et beaucoup de gens ont pu s’élever d’un milieu dans lequel ils ne se sentaient pas à l’aise. Je ne formulerai pas l’expression « sortir de son milieu » car je pense qu’on n’en sort pas vraiment. Il nous appartiendra toujours. Il sera toujours là et nous y avons évolué. On évolue, on côtoie et on appréhende une nouvelle sphère, mais on ne peut pas vraiment s’émanciper d’un contexte social.

Les faits sont-ils justifiables ?
Pouvons-nous justifier tous nos actes ? Nous aimerions parfois le faire pour nous dédouaner de nos fautes. À contrario, on s’enorgueillira de nos succès pour des causes plus louables. S’il est possible de le faire, il est aussi bénéfique d’accepter la fatalité de nos agissements. Parfois j’agis mal alors que je pense être quelqu’un de bien, mais je ne l’explique pas vraiment. La science a beau avoir fait d’énorme progrès, elle ne pourra jamais tout expliquer. L’un des experts (James H.Fallon) le prouve lorsqu’il fait l’étude de scanners. Les psychopathes ont un IRM différents des gens dit « normaux ». Il en étudie énormément et le constat est bien souvent le même. Un jour, alors qu’il étudiait l’un d’entre eux, il conclut que la personne est dérangée. En fait, il s’agissait de son propre scanner. C’est avec beaucoup d’humour qu’il l’a pris. Ce qui est intéressant et qui est exposé dans ce film, c’est de constater qu’il y a eu beaucoup de meurtriers dans sa famille. Lui et ses frères n’en sont pas. James H. Fallon le justifie par l’amour familial important, un encadrement et une bienveillance qui les a protégé de ces pulsions meurtrières. Sans cela, il concède qu’il aurait été possible qu’il agisse mal.

En outre, bien qu’un encadrement familial ne justifie pas tout et que bon nombre de personnes ont eu un parcours complètement différent de celui de leurs parents, l’amour et la bienveillance soulagerons toujours nos maux. Sans pour autant atténuer les expériences que la vie nous impose.

Après ces quelques lignes, place au reportage :

Ceux qui sèment

Ceux qui sèment. Un charmant calembour pour un très beau documentaire. Avec ce dernier je vous invite à découvrir l’agriculture familiale autour du monde ! Ce concept repose sur une main d’œuvre ou l’unité de production est le foyer. Elle s’attache à protéger l’environnement, à améliorer les revenus et le bien-être de la famille.

C’est un film de 52 minutes en HD qui se cache derrière « Ceux qui sèment », documentaire réalisé par 40 étudiants en agronomie de Montpellier (Sup’Agro). L’agriculture familiale est au cœur de cette production encadrée par le jeune réalisateur Pierre Fromentin. Exposer les enjeux de ce mode de production est le fil rouge du projet mené par ces étudiants, à l’époque tous en stage au sein d’une communauté différente. C’est agro et sac à dos, une association créé dans le cadre de ce travail ambitieux, qui a aidé au financement. Les uns et les autres ont cherchés des aides et tout a commencé. Les nations-unies soutiennent également le projet.

Ceux qui sèment

Ces étudiants sont partie aux 4 coins du monde (5 pays et 4 continents) pour présenter un modèle qui produirait actuellement 80 % de l’alimentation mondiale. C’est une très belle qualité qui est proposée aux spectateurs. Ainsi, nous suivons les expéditions comme si nous y étions. La mission est ambitieuse : montrer qu’une agriculture familiale est possible. D’ailleurs, elle emploie à ce jour 40% des actifs mondiaux. Ce documentaire nous apprend que produire de la nourriture à petit échelle est une pratique que l’on retrouve partout dans le monde, qu’il faut donc en explorer les avantages et les limites. Vous voyagerez en Inde, au Canada ou encore au Cameroun. Emporté dans un flot de couleurs et de rencontres

Porteurs du projet

Porteurs du projet

Les Nations Unies ont désigné 2014 comme l’Année Internationale de L’Agriculture Familiale mettant ainsi en lumière son importance

Ce film, profondément humain, nous questionne sur les circuits de consommations et le nombre d’intermédiaire entre nous et nos assiettes. C’est au téléphone que j’interroge Hugo Lehoux, l’un des nombreux étudiants ayant participé au film. Il évoque au micro de Prun’ les messages à véhiculer. Ses beaux souvenirs en Inde. Les projets d’expositions et de livres dans la continuité de ce documentaire.

Pour un moment enrichissant, c’est ici >> http://agriculturefamiliale.com/
Mon interview à écouter sur Radio Prun’ (début d’émission) >> ITW Hugo Lehoux

Nucléaire, énergie de l’avenir qui appartient au passé

Cette semaine j’ai regardé « Le monde d’après » sur France 5. Le sujet du débat se prête bien au nom de l’émission, puisqu’il s’agit du nucléaire.

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Pour cet entretien d’envergure, Franz-Olivier GIESBERT est entouré de nombreux invités : Colette LEWINER (directrice énergie/CAPEGMINI), Corinne LEPAGE (ancien ministre de l’environnement), Philippe CHALMIN (économiste, Université Paris/Dauphine), Denis BAUPIN (député Europe Ecologie Les Verts), Julia CAGÉ (économiste), Jean-Marie BOURDAIRE (ingénieur et économiste), Fabrice D’ALMEIDA (historien).

Le ligne directrice de l’émission porte sur une question ambitieuse et peut-être utopiste: Peut-on se passer du nucléaire? Plusieurs thématiques sont alors traitées lors de ces échanges: Démantèlement des centrales nucléaires, gaz de schiste, pétrole, diesel et réseaux locaux.

Le cas Fukushima

En début d’émission Anne-Laure BARRAL (journaliste chez France Info) est là pour faire un point sur le cas Fukushima. Depuis l’accident, les rejets du nucléaire n’ont pas cessé. Des études épidémiologiques sont toujours en cours car certains cas de cancers, autre maladies et malformations, ont été avérés. Paradoxalement, j’apprends que le Japon ne renonce pas au nucléaire. En 1 an, 50 réacteurs avaient pourtant arrêté de fonctionner, mais la balance commerciale du pays étant déficitaire (suite aux exportations), le pays décide de faire volte-face.

Que représente l’énergie nucléaire en France?

La consommation du nucléaire sur le sol français représente un chiffre de 77,7%. Soit 19 centrales et 58 réacteurs. Deux alternatives peuvent être envisagées: les énergies fossiles, qui sont non-renouvelables et en quantités limitées (gaz, pétrole, charbon), et les énergies propres (parc éolien, solaire, biomasse). Pour Colette LEWINER, directrice énergie/CAPEGMINI, la solution réside dans le mixte énergétique et électrique afin d’optimiser les coûts. Constat flagrant : 8 millions de Français sont aujourd’hui en pénurie énergétique. Un parallèle avec l’Allemagne va être fait: nous consommons environ 35% de chauffage électrique en plus que notre voisin et nous sommes équipés de la même manière. La politique va donc être remise en cause.

« Nous nous retrouvons face à une éducation de mensonges« , Corinne LEPAGE

Quelques chiffres

Le prix du gaz a doublé depuis les années 2000, le pétrole a triplé entre 1983 et aujourd’hui et le prix de l’électricité ne cesse d’augmenter depuis 2008. Ces dernières semaines plusieurs médias annoncent qu’une hausse de 30% est à prévoir d’ici 2017. Nos factures vont même doubler d’ici 2050!

La charge des centrales nucléaire représente depuis 1945 170 milliards d’euros. Jusqu’à 2025, les coûts de maintenance sont estimés à 3,7 milliards. 79,4 milliards serait le prix d’un démantèlement. Au total, ce sera 300 milliard d’euros sur 80 ans, soit 4 milliards par an d’investissement pour le nucléaire. En revanche, bonne nouvelle, tout cela nous a fait gagner quelques milliards sur l’industrie pétrolière.

Il faut également prendre conscience qu’un accident dit « normal » comme Fukushima nous coûterait 117 milliards d’euros, et si celui-ci est grave : 421. Il est estimé à un accident tous les 22 ans, sachant que la France contient 15% du parc des centrales au monde, cela nous laisse imaginer les dégâts.

Philippe CHAMIN, économiste et spécialiste du marché des matières premières, rappelle que le risque 0 n’existe pas, et qu’il faut être réaliste. Pour ce spécialiste, les trois « petits » accidents du nucléaire ( rappel: Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011) ne doivent pas être pris en exemple pour noircir le tableau du nucléaire (qui pour lui est une énergie propre). Les assurances sont donc remises sur la table, avec une supposition d’être inscrites dans l’assurance civile. L’Institut de Recherche et Sûreté du Nucléaire se pose sérieusement la question.

Jean-Marie BOURDAIRE tente également d’adoucir le débat en rappelant que Fukushima fut laissé entre les mains d’un savant fou et que beaucoup d’erreurs ont été commises pour cette centrale.

Un peu d’histoire

Un reportage expose les étapes d’un démantèlement. La durée de vie d’une centrale est d’une quarantaine d’années et le nucléaire est le fer de lance de notre économie. En temps de guerre celui qui dispose de la bombe nucléaire est en position de pouvoir. Pour asseoir sa puissance la France en a donc fait l’acquisition.  C’est au bord de la Loire que la première centrale voit le jour. Depuis, les besoins en énergie doublent tous les 10 ans.

Certains pays pensent aujourd’hui quitter le nucléaire : le Japon (30 ans), et l’Allemagne (10 ans). Pour la France, l’arrêt de la plus vieille centrale est annoncée pour 2016.

Les énergies renouvelables

Ce modèle là est fait pour durer. Il faut l’étudier, le comprendre et le cultiver. Le développement durable, c’est par exemple 380 milles emplois en Allemagne (le système Allemand sera souvent comparé). Beaucoup de technologies sont pensées, comme les smart Grid. Gérer les réseaux électriques et les optimiser pour diminuer l’hégémonie du nucléaire.

Telle est la mission de ce nouveau système. Il s’agirait de faire fusionner les énergies internet et les énergies renouvelables. Un réseau intelligent, à l’aide de l’outil informatique, servira à produite et à réinjecter sur un réseau local l’énergie produite et non consommée de chacun. Interconnecter les maisons entre elles serait l’idée. Philippe CHALMIN, toujours avec véhémence, intervient: « on se croirait au coeur d’un village gaulois ». C’est alors que vient une citation pour appuyer son propos:

« Il ne faut pas regarder demain avec les yeux d’aujourd’hui » Paul ELUARD

D’après lui, on ne peut pas prévoir l’avenir en se basant sur nos technologies actuelles. Julia CAGÉ, économiste qui est pour l’innovation et la désindustrialisation, contre ce dernier : « Ce modèle gaulois a fait faire 10% d’économie d’énergie aux Etats-Unis soit 80 milliards de dollars par an ».

Vers où allons-nous?

Comme beaucoup de débats, pléthore d’interrogations, remises en questions, inquiétudes, discours noirs et prédictions. Les deux camps se sont mis d’accord sur une chose : mutualiser les énergies.

Une centrale nucléaire représente 5000 éoliennes en énergie. Cela représente également 3000 kilomètres carré de panneaux photovoltaïque…Il est donc impossible de vivre uniquement, pour le moment, avec le renouvelable. De plus, depuis quelques années il est constaté une baisse des ventes pour les panneaux solaires, ce qui révèle la méfiance des français envers une éthique qui se transforme-parfois-en business.

« Changer nos habitudes et nos modes de vie est impératif. Jouer sur la peur n’est pas non plus la bonne solution : il faut agir maintenant. Nous pouvons donc doucement allers vers un mixte. »

L’émission

Amory LOVINS, auteur du titre de cet article, a-t-il raison lorsqu’il dit « Le nucléaire est une énergie de l’avenir qui appartient au passé »? L’avenir seul le dira. Je vous invite à regarder cette émission enrichissante via ce lien : Le monde d’après.